SOIR D’AUTOMNE
Voici que le temps s’assombrit, la pluie fouette à grand bruit les vitres et s’unit au vent qui mugit, tandis que le ciel est traversé par des formes nuageuses, — telles des ombres venues du muet royaume de la mort :
au lointain grondement du tonnerre elles vont, viennent et disparaissent comme le souvenir du dernier amant dans le cœur d’une fille infidèle .
Assis tout près de la cheminée, je regarde en rêvant la flamme qui n’éclaire qu’à demi la chambre ; mais il est pour moi un monde où, dans les pores noirs du charbon, les formes aériennes de mes rêves se construisent en palais de feu (on aurait peine à trouver le pareil ; car, dans les salles qu’il enferme, je vois la fidélité de la femme.)
Sont-ce les jours passés de mon enfance, si chers à mon cœur, qui se reproduisent ici ?...
... Ou bien est-ce (j’en serais heureux !) le voile du lointain obscur, que, par une hâte désordonnée, quelque souffle avait écarté.
Skulda fait-elle signe de son doux
amènent le cœur oppressé à bien sentir ce qui lui manque ;...
de la société ?... Médiocre secours pour un esprit découragé !...
Comme tout le monde a la sienne, moi aussi j’ai ma bien-aimée !...
Hélas, elle n’est pas une femme terrestre, celle que j’appelle mienne ;...
d’un désir inassouvi, irréalisable, peut-être !...
(Supposez l’ardeur amoureuse étouffée dans la prison du cœur, n’étant, comme elle, qu’une belle idée
Ah, c’est une fille terrestre que tu crois aux traits de mon aimée reconnaître.
Tout ce dont je l’ai parée, j’aurais été le prendre sur terre !
A l’une j’aurais pris le front lourd de pensées, à une autre cette mer des sentiments qu’a le regard de ma maîtresse ?...
Non, oh non, ce n’est pas sur terre que j’ai pris ce que je lui ai donné ! .
Viens, idéal de mon cœur ; je veux soupirer près de toi, dans ton regard tendre, suave, chercher une fraîcheur calmante pour l’ardeur qui me consume, l’ardeur qui nourrit mes rêves, qui ne sera jamais assouvie, qui seulement brûlera, paisible, quand, un jour, je trouverai sur terre l’idéale fiancée de mes rêves ! .