PROMENADE AU CLAIR DE LUNE SUR LA MER
La pleine lune brille ; sur la vaste nappe dormante de la mer s’étalent mollement, apparition magique, éclatants et paisibles, les flots de lumière lunaire, et rien ne bouge ? les étoiles du ciel se baignent dans l’abîme, et leur lueur miroite de vague en vague ;
... léger, mon voilier glisse sur l’eau,... suivi des délicieux sillons que la lune illumine....
Là-bas, où les branches de bouleaux s’étendent et, familières, se penchent au dessus de la mer, je me reposais naguère sous la voûte touffue,
... quelle tranquillité,... oh, je voudrais mourir là,... je dormirais doucement sous le tertre funèbre, la vague y chanterait par les nuits d’orage, les esprits de l’abîme marin y pleureraient, rempliraient ma demeure d’une plainte langoureuse.
... Mais non,... il fait lourd, on étouffe, près de la rive Il faut que les vagues me portent loin de la terre. Là, le vent de mer souffle et rafraîchit le front, là, je veux éteindre ce feu du désir
qui consume mon cœur,... oh, là est le calme, là, s’éploie la plaine marine assoupie, morne, là, nul ne m’accompagne, les morts exceptés, dont les yeux si étrangement jouent sur les eaux.
Tu crois que ce sont des étoiles qui scintillent là, en-bas, et dont l’éclat est voilé de larmes ?
Ah, regarde, elles viennent, disparaissent, font signe, et tournent en désordre dans la danse mystique... Là, sûrement, je me sentirais chez moi,... je pourrais éteindre toute douleur poignante, apaiser tout chagrin qui me ronge le cœur !... oui, s’est splendide :... là, je pourrais oublier !...