‹ Œuvres complètes. tome premier, Œuvres de GrimstadChapitre 53 sur 103 · APPEL AUX FRERES NORVEGIENS ET SUEDOIS · texte numérisé non relu

APPEL AUX FRERES NORVEGIENS ET SUEDOIS

Chut, entendez-vous ce fracas de tonnerre au Sud ? Son grondement roule, sourd, sur le Kattegat C’est le corps à corps de deux forces ennemies qui sur le Dannevang répandent la nuit !...

Nuit terrible, grosse d’effusions de sang, au moment où le jeune arbre de liberté se pare de boutons de fleurs printaniers, mais où la paix lui manque pour s’épanouir.

L’agresseur allemand se dresse pour ravir une partie du sol danois, l’arme à la main ; une terre sacrée pour la race nordique !

Debout frères,... nous ne devons plus hésiter,.,, ainsi l’ordonne l’esprit fraternel du Nord, qui unit Norvégiens, Suédois et Danois !

Depuis longtemps c’était notre intime désir,... notre âme vola au devant des frères danois, quand ils se résolurent, d’un ardent enthousiasme, à saigner pour la grande cause commune du Nord.

Mais si nous restons, muets, sans saisir l’épée, sans marcher hardiment sur la bande allemande, alors nous ne sommes pas dignes de nos pères, pas dignes de nos frères des rives danoises.

Si nous nous retranchons derrière nos montagnes, si nous nous croyons garantis par nos rochers,... oh, puisse cette confiance n’être pas trop tôt déçue.

Mais n’oubliez pas, Norvégiens, que l’aigle avec force ouvre les serres,... souvenez-vous qu’il n’est pas loin,... ...Songez y : s’il avait déjà choisi sa proie ?

Le Slesvig n’est-il pas une terre sacrée, une possession commune au Nord tout entier, une barrière contre l’invasion du germanisme, et après... quand ce rempart sera perdu ?

Quand l’Eider baignera des rives allemandes, quand la langue et l’esprit nordiques en seront bannis, quand le peuple au pouvoir de l’Allemand pleurera son Danemark, sa mère chérie perdue ?

Quand la plainte danoise frémira ici avec le vent, et se fera chemin jusqu’au fond de notre cœur, tandis que menacera la nuée d’orage au loin :

Gardez alors, le rouge de la honte sur vos joues, vous à qui le pouvoir était donné, et qui n’avez pas saisi le glaive pour la défense des droits du Nord !

Le Slesvig sera-t-il pour le peuple danois ce qu’est la Finlande pour les vaillants fils de la Suède, un pays pour lequel, muets interprètes de douleur, les pleurs amers tremblent lourds dans les yeux.

Si le Slesvig est destiné au vol germanique, si l’enfant doit être arraché de force à sa mère ...Mais non, frères, non, il est une loi sainte au fond de l’âme, elle dit : Sauve ton frère !

Elle dit : Secoure ce que toujours la nature a lié par de beaux liens étroits serrés sur ton cœur, malheur à toi, si tu trahis à l’heure du danger !

Skulda, exacte et rigoureuse, lit ta saga,

elle exige que tes sentiments se muent en actes,

et non en tirades éclatantes seulement....

La Norvège va-t-elle ternir d’un acte infâme l’aube lumineuse de sa jeune liberté ?

Dites, qui a glissé au sein du peuple ce conseil de repos, alors que les Danois donnent leur sang.

Etait-ce les hommes que le peuple a choisis pour veiller ici au Thing sur sa gloire ?

Pourquoi n’avez-vous pas suivi le bel ordre de l’honneur, pourquoi avez-vous appelé l’opprobre sur vous-mêmes ?

Le choix était-il douteux quand il tenait à vous d’obéir à la voix de l’amour fraternel.

Dites, n’avez-vous pas entendu le cri du peuple P

Déjà l’Allemand s’avançait de plus en plus près, et vous avez pu oublier ceux qu’il menaçait, qui plaçaient encore en nous un espoir confiant.

Dites, frères suédois, pourquoi hésitez-vous ? Pourquoi ne vous hâtez-vous pas sur les eaux du Sund Les Danois vous sont aussi chers qu’à nous, vous aimez le Sjælland aux forêts claires.

Dites, ce bruit ne pénètre-t-il pas jusqu’à vos âmes quand, sur le Sund, vous regardez vers le Danemark,., le cri de victoire allemand n’est-il pas une lâche nargue orgueilleuse que vous aimeriez réprimer ?

Ha, est-ce vrai, ce que l’on chuchote tout bas.

Vers l’est vos regards se tournent, craintifs,

les fils de Svea sont-ils donc esclaves de barbares ?

Non, non, vous ne craignez nul jugement étranger ;.. chaque page de votre histoire aux temps passés porte à ce sujet les plus beaux témoignages.

Et si enfin quelque troupe isolée s’en va là-bas des côtes de la Suède ou des monts de Norvège, à quoi bon ? Plus tard, la postérité à son sévère tribunal condamnera le peuple.

Quand depuis long, longtemps nous serons sous la terre les successeurs, tout honteux, avoueront :

“ Nous descendons d’une race abâtardie”, et tourneront bien vite notre page d’histoire.

Car le peuple vit-il pour le seul temps présent ?

Le souvenir du passé n’est-il pas une fleur amie dont nous parons bien des torts d’aujourd’hui ?

Bientôt la “ fidélité nordique ” sera dans notre bouche une amère ironie ou rhétorique creuse, à nos neveux manquera le support du souvenir.

L’amour fraternel se muera-t-il en haine ?

Le frère rougira-t-il, honteux, de son frère ?

Ne nous joindrons nous plus, joyeux, comme autrefois, pour jouir dans l’union des bienfaits de la paix ?

Ce que cache l’avenir enveloppé est encore incertain,... mais bientôt le voile se déchirera et si, alors, l’infidélité envers notre ami, le Danemark, en fait d’exploit du peuple était notre dernier ?

Qu’est-ce qui nous enflammera pour la lutte suprême, où irions nous chercher le courage et la force, si l’honneur du peuple est enfoui dans sa tombe ?

Oh, malheur à nous, alors, qui n’aurons pas couru là,... où de chauds coeurs fraternels brûlaient pour nous malgré le froid de la Norvège, ses rochers et sa mer !

Oscar ! Tu étais depuis longtemps l’espoir du Nord, nous tournions vers toi des regards confiants.

Ne sois pas sourd aux cris de trois nations, qui de ta lèvre attendent la parole royale !

Ta promesse, Oscar, est une dette sacrée, par toi le Danemark peut encore être sauvé, ...conduis-nous, vaillant roi ! pour le salut du Nord, un seul chemin existe où Ton peut le trouver.

Pourquoi ne convoques-tu pas les délégués du peuple en conseil ?

Ils te suivront, roi ! à ton premier appel, car la flamme du passé luit encore chez Nor !

Il est temps encore,... une action rapide peut sauver le beau Danemark avant qu'il ne tombe, déçu dans sa confiance en... la parole royale !...

Ordonne au peuple de se réveiller, de te suivre, avant que la langueur n'ait enchaîné son esprit, mène-le sur le chemin de l’honneur et du devoir avant que tout ne soit perdu à jamais.

Alors s’agenouilleront reconnaissants au pied de ton trône

deux peuples frères par toi excités au combat, et la gloire du Nord, le sang danois épargné, seront la récompense du secours porté au Danemark.

Alors, roi ! tu auras renouvelé l’éclat de l’antique gloire des royaumes du Nord, et le peuple enthousiaste acclamera ton nom ;

les frères tomberont joyeux aux bras de leurs frères et pareront la double couronne d’une auréole d’amour et de foi qui jamais ne s’effacera.

Mais si l’espoir est déçu, si c’était faux-semblant,... si le Danemark en détresse est laissé sans secours,

Si Nor et Svea trahissent la cause commune, tandis que maint Danois meurt en héros pour elle ;

alors écoutez, Danois, la parole d’un Norvégien : n’accusez pas tout le peuple innocent, sachez-le, beaucoup d’entre nous auraient bouclé avec joie

leur ceinturon pour combattre à vos côtés.

Dans les monts de Norvège saignent bien des poitrines, bien des cœurs s’y enflamment pour vous, et jamais ne s’éteindra cette ardeur fraternelle.

Seule la bassesse sème le grain de haine, et excite la colère niaise de la sottise en menaçant le peuple de dangers imaginaires !

Encore une fois,... ô nobles fils de Norvège, ô fiers frères suédois ! Réveillez-vous enfin !

Ecoutez, du Danemark le bruit du combat gronde encore,

bientôt la page tourne au livre du destin.

Rappelez-vous que le Slesvig, depuis des temps antiques, fut un beau rameau du chêne géant du Nord,

...bientôt du Danemark ne restera peut-être que sa gloire, telle une pierre levée d’autrefois.

Rappelez-vous que la postérité nous jugera, n’oublions pas le haut commandement du cœur, ne brisons pas le beau lieu fraternel du Nord ;

qu’on agisse hardiment par la parole, l’écrit, l’épée, écoutez la voix de l’honneur, du devoir et de la raison, tendez au peuple frère une tendre main fraternelle !

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