Biffé : C’ét] (la regarde). C’était donc cela
1. 23-P. 465, 1, 18. — LôVborg. — Mais pourquoi cela n’a-t-il pas pu continuer entre nous. Tel que c’était. Pourquoi avezvous tout rompu d’un seul coup.
Hedda. — Ai-je besoin de vous le dire.
Lôvborg. — Certainement. Dites-le-moi !
Hedda. — Avez-vous peut-être oublié votre scandaleuse conduite... dans une certaine circonstance? La dernière fois que nous avons été seuls.
Lôvborg. — Oh, ne me rappelez pas cela ! Mais j’ai l’impression que ce n’est pas ce qui a causé la rupture.
Hedda. — Non, pas exactement cela. Mais d’un homme tel que vous étiez alors, je pouvais bien... autant dire... m’attendre à n’importe quoi.
Lôvborg. — Oh, vous n’aviez sûrement pas à craindre que je recommence.
Hedda. — Le pis était que toute la ville était au courant de la vie que vous meniez. Savait quelle société vous fréquentiez.
Lôvborg. — Je crois d’ailleurs que je ne m’en cachais guère. Je le faisais par défi !
Hedda. — Aussi toutes les meilleures familles vous ont-elles fermé leurs portes.
LôVborg. — Oui, les autres. Mais que vous,..- vous, Hedda... !
Hedda. — Ce que faisaient les autres, nous devions bien entendu le faire aussi.
LôVborg. — Oui, voyez- vous, . ... c'est justement ce que je n'aurais jamais imaginé.
Hedda. — Enfin... heureusement vous n'avez pas tardé à vous consoler là-haut, à la campagne,
Lôvborg. — Pas si vite que ça.
Hedda. — Non.
Lôvborg. — Mais comme je n'entendais jamais plus aucune nouvelle de vous,... n'avais jamais un mot de réponse à mes lettres...
Hedda. — Il est imprudent de livrer rien d'écrit. Et de plus... finalement... je vous ai donné réponse assez claire... en action.
Lôvborg. — Oui, quand vous vous êtes mariée avec un autre. Lorsque je l'ai appris, il est bien naturel que j'aie cherché à me consoler, comme vous dites.
Hedda. — C'est vraiment aussi ce que je trouve.
Lôvborg. — Mais d'où savez-vous cela? C'est sûrement Mme Elfsted qui vous a raconté quelque chose.
Hedda. — Mme Elfsted a raconté... à peu près la plus grande partie... Peut-être n'aurait -elle pas dû le faire?
Lôvborg. — Si, à vous, Hedda,... bien volontiers.
Hedda. — Mais... puisque... heureusement... vous êtes donc revenu au calme... Savez- vous ce qui me semble singulier de votre part?
Lôvborg. — Quoi donc?
Hedda. — Que vous vous lamentiez sur une vieille histoire. Sur une histoire qui devrait, il me semble, être pour vous un... comment dirai-je... une affaire de souvenir.
Lôvborg. — Gardez-vous aussi ce préjugé qu'un homme ne peut éprouver d’amour que pour une seule femme... à la fois?
Hedda regarde un instant devant elle. — Oui, vous avez
peut-être raison de... (inclinant à demi vers lui). Que croire au juste... à ce sujet?
LôVborg. — Oh, j'oubliais complètement que vous ne croyez pas qu’il existe d’amour.
Hedda feuillette l’album. — Il ne faut pas non plus prendre me paroles tellement à la lettre.
Lovborg la regarde un instant et chuchote avec passion. — Oh, Hedda I Hedda Gabier ! Je devine maintenant un sens caché sous tout ce que tu as dit.