‹ Œuvres complètes. tome quatorzième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 142 sur 169 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

P. 512, 1. 2-P. 523, 1. 24. — (Même pièce chez les Tesman. Dans le salon, une lampe est allumée sur la table du coin à droite. La suspension de la chambre du fond est aussi allumée.)

(Hedda circule dans la chambre du fond et se rend à droite. On entend quelques accords de piano. Puis elle reparaît et entre dans le salon.)

(Berte entre par la droite dans la chambre du fond avec une lampe allumée qu'elle pose sur le secrétaire. Elle a les yeux gonflés et porte un ruban noir à son bonnet. Elle sort à droite doucement et sans bruit.)

(Un instant après Mlle Tesman en deuil, avec chapeau et voile, entre par le vestibule.)

Mademoiselle Tesman. — Oui, Hedda,... ma pauvre sœur a fini par s'en aller.

Hedda lui serre la main. — Je le sais déjà. Tesman m'a envoyé une carte.

Mademoiselle Tesman. — Il a dit qu’il le ferait. Mais il m’a semblé que je devais quand même l’annoncer moi-même.

Hedda. — C'est très aimable de votre part. Elle est morte très doucement.

Mademoiselle Tesman. — Oh, elle est partie d’une façon charmante,... si paisible. Et quel grand bonheur pour elle qu’elle ait pu voir Jôrgen ncore une fois. Et lui ait vraiment fait ses adieux. Il n’est peut-être pas encore rentré?

Hedda. — Non ; il a écrit que je ne devais pas l'attendre si tôt. Mais asseyez-vous.

Mademoiselle Tesman. — Non, merci. J’ai si peu de temps. Il va falloir l’habiller maintenant et l’arranger le mieux que je pourrai.

(Jôrgen Tesman entre par la porte du vestibule.)

Hedda. — Comme tu es resté longtemps.

Tesman. — Tu es là, tante Julie !

Mademoiselle Tesman. — J’allais partir. Eh bien, as-tu fait tout ce que tu m’as promis?

Tesman. — Non, j’ai tout à fait oublié. J’ai la tête à l'envers. Je ne peux pas assembler deux idées.

Mademoiselle Tesman. — Mais il ne faut pas te faire tant de mauvais sang.

Tesman. — Ne pas me faire de mauvais sang I

Mademoiselle Tesman. — Tu devais t’y attendre. Et c’est le mieux pour elle d’en avoir fini.

Tesman. — Ah, vraiment ! Oui, sans doute...

Mademoiselle Tesman. — Et maintenant tu as autre chose à penser.

Tesman. — Oui, en effet.

Mademoiselle Tesman. — Ainsi va le monde, Hedda. Chez moi, c’est la maison de la mort, et ici... ici celle de la vie.

Hedda. — De la vie ! Ici !

Mademoiselle Tesman. — Chez moi, nous allons coudre le

linceul pour Rina. Et ici, on va coudre aussi, j'imagine. Mais ce sera un autre genre d'ouvrage... Dieu merci.

Hedda. — Oh, est-ce qu'il est allé le dire.

Tesman. — Oui, aussi serons-nous contents. De l'un comme de l'autre.

Hedda. — Vous serez bien isolée maintenant.

Mademoiselle Tesman. — Cela ne durera pas longtemps. La petite chambre de feue Rina ne restera pas vide.

Tesman. — Qui donc y mettras-tu?

Mademoiselle Tesman. — Oh, on trouve toujours quelque malade qui a besoin d'aide et de soins,... malheureusement.

Hedda. — Vous vous chargeriez vraiment encore d'une telle croix?

Mademoiselle Tesman. — Une croix ! Dieu vous pardonne, enfant,... ce n'a pas été une croix pour moi.

Hedda. — Oui, mais s'il devait venir un étranger.

Mademoiselle Tesman. — Oh avec des malades on est bientôt amis. Et j’ai tant besoin d'avoir quelqu'un pour qui vivre. Enfin, Dieu merci,... on trouvera bien aussi à s'employer ici dans la maison.

Hedda. — Oh, ne parlez pas de cela.

Tesman. — - Oh oui, comme tout pourrait être charmant...

Hedda. — Si...?

Tesman. — Oh rien. Cela s’arrangera.

Mademoiselle Tesman. — Oui, oui, vous devez avoir beaucoup à causer ensemble, je pense. Il faut que je rentre auprès de Rina.

(On se fait des adieux. Mlle Tesman sort.)

Hedda. — Je ne comprends pas cela. On dirait que cela te va au cœur plus qu’à elle.

Tesman. — Oh, ce n’est pas cela. C'est Ejlert Lôvborg qui m'inquiète.

Hedda. — Y a-t-il du nouveau à son sujet?

Tesman. — J'ai rencontré madame Elfsted cet après-midi.

Hedda. — Eh bien !

Tesman. — Et elle a dit qu'il est venu ici de bonne heure ce matin.

Hedda. — Oui, aussitôt après que tu es parti.

Tesman. — Il voulait me parler, sans doute?

Hedda. — Non, c'est madame Elfsted qu'il a demandée.

Tesman. — N'a-t-il pas demandé aussi après le manuscrit?

Hedda. — Non, il n’a pas eu l’idée que tu l'avais trouvé.

Tesman. — Je ne comprends pas cela. Il paraît qu'au dehors il a dit l'avoir mis en pièces.

Hedda. — Oui, c’est ce qu'il a dit.

Tesman. — Mais ne lui as-tu pas dit que je l'avais trouvé? Que tu l'avais mis de côté?

Hedda. — Non.

Tesman. — Mais, bon Dieu... ! Pense donc combien il a dû être désespéré.

Hedda. — Désespéré ! D'où le conclus-tu.

Tesman. — C'est naturellement la honte et son écrasement qui lui ont fait inventer cela. Qu'il l'avait détruit spontanément.

Hedda. — Oui, peut-être.

Tesman. — Il ne voulait pas reconnaître, naturellement, qu’il s’était mis dans un pareil état. Qu'il ne savait pas ce qu'il avait fait de ses propres affaires.

Hedda. — Et tu n'as pas dit à madame Elfsted que tu avais le paquet?

Tesman. — Non, j'ai eu honte pour lui.

Hedda. — Ne dis rien, surtout.

Tesman. — Oui, mais ça se saura tout de même. Il faut qu'il lui soit rendu le plus tôt possible. Où l'as-tu.

Hedda. — Je ne l'ai plus.

Tesman. — Tu ne l'as pas ! Que veux-tu dire par là. Qu'en as-tu fait.

Hedda. — Je l'ai brûlé.

Tesman. — Brûlé ! Brûlé son manuscrit !

Hedda. — Ne crie pas comme ça ! La bonne pourrait t'entendre.

Tesman. — Brûlé ! Mais grand Dieu... ! Non, non, non, c’est impossible !

Hedda. — Oui, c'est tout de même ainsi.

Tesman. — Mais sais-tu ce que tu as fait là. C’est un accaparement d’objet trouvé. Tu n’as qu’à demander au conseiller Brack, et tu seras fixée.

Hedda. — Ne parle de cela à personne. Ni au conseiller ni à aucun autre.

Tesman. — Mais la raison, Hedda ! Je veux savoir la raison ! Car je sens que tu me caches quelque chose. Réponds-moi.

Hedda. — Oui. Je l’ai fait pour toi.

Tesman. — Pour moi !

Hedda. — Lorsque tu es rentré et as parlé en termes si superbes de ce qu’il t’avait lu.

Tesman. — Oui, oui,... et alors?

Hedda. — Je n’ai pu supporter l’idée qu’il te porterait ombrage.

Tesman. — Hedda ! Est-ce vrai !

Hedda. — Rappelle-toi... que ces temps-ci... C'est que je ne suis pas comme d’habitude...

Tesman. — Oh, bon Dieu... ! C'était par amour pour moi î

Hedda. — Ne crie pas comme ça. La bonne peut t’entendre.

Tesman. — Bon, qu’elle entende. Je le dirai moi-même à Ber te.

Hedda. — Oh, je n'en peux plus de tout cela.

Tesman. — De quoi?

Hedda. — De tout... ce ridicule.

Tesman. — Ridicule. Bien bien. Peut-être ne convient-il pas de rien dire à Berte.

Hedda. — Oh si,... pourquoi pas.

Tesman. — Non, non, je me rends compte. Mais il faut cer-

tainement que tante Julie le sache. Oh, elle sera contente, contente...

Hedda. — Quand elle saura que j'ai brûlé les papiers d’Ejlert Lôvborg?

Tesman. — Non, c’est vrai. Cette histoire de brûlage... il ne faut pas que personne la connaisse. Mais que l’amour s’est ainsi éveillé en toi...

Hedda. — Ne parle pas de cela.

Tesman. — Non,... il faut que tante Julie y ait part. Oh, je suis si content... si fier...

Hedda. — Oui, sois-le donc. Mais garde-le pour toi.

Tesman. — Je ne peux pas, Hedda. La moitié du plaisir serait ainsi perdu. D'ailleurs je voudrais bien savoir s’il est habituel que les jeunes femmes s’éveillent de la sorte.

Hedda. — Cela aussi, tu pourras le demander à tante Julie.

Tesman. — Oui, je le lui demanderai à l’occasion. Car elle connaît ces questions-là.

(Mme Elfsted, en manteau, entre par la porte du vestibule. Elle paraît fortement émue.)

Madame Elfsted. — Oh, chère Hedda, ne m'en veux pas si je reviens...

Hedda. — Que t’est -il arrivé, Thea?

Tesman. — Est-ce encore au sujet d’Ejlert Lôvborg?

Madame Elfsted. — Oh, j’ai affreusement peur qu’il lui soit arrivé un malheur...

Hedda. — Ah,... tu crois?

Tesman. — Mais, mon Dieu,... d’où peut vous venir cette idée î

Madame Elfsted. — J’ai entendu que l’on parlait de lui à la pension, au moment même où je suis entrée...

Tesman. — Oui? Que disait-on?

Madame Elfsted. — Oh, je n’ai pu rien savoir. Ou bien ils n’étaient pas très renseignés, ou bien... Ils se sont tu quand ils m’ont vue.

Tesman. — Vous avez sûrement mal entendu...

Madame Elfsted. — Non, non, je suis sûre que c’est de lui qu'ils parlaient. Et j’ai entendu qu’il était question de l’hôpital. Tesman. — De l’hôpital !

Hedda. — C’est impossible.

Madame Elfsted. — J’ai eu mortellement peur pour lui. Et alors... songez donc...

Tesman. — Alors?

Madame Elfsted. — Je suis allée chez lui et j’ai demandé de ses nouvelles.

Hedda. — Comment as-tu pu te décider à pareille démarche ! Madame Elfsted. — Oui, car je n’en pouvais plus. Tesman. — Mais vous ne l’avez donc pas trouvé.

Madame Elfsted. — Non. Et les gens ne savaient rien sur son compte. Il n’avait pas été chez lui depuis hier après-midi, ont-ils dit. Oh, ce n’est pas possible autrement, il doit lui être arrivé quelque chose !

Tesman. — Hedda,... si j’allais en ville et ramenais Brack... Hedda. — Non, pas dans cette affaire.

P. 523, 1. 27-28. — et salue en silence] Manque .

L 30. — Hein?] Manque .

P. 524, 1. 2. — ce soir] Manque .

L 9. — dites?] Manque.

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