‹ Œuvres complètes. tome quatorzième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 65 sur 169 · n-13. — Manque · texte numérisé non relu

n-13. — Manque

1. 14. — (L’étranger franchit lentement la clôture du jardin et s’approche.)

1. 18-P. 240, 1. 13. — Tu demandes pourquoi je ne suis pas venu plus tôt. [Corrigé en : Je vois sur ta figure, E. C’est moi que tu choisis.]

[Biffé : Ellida. — Oui, je l’ai demandé.

L’étranger. — Il y a trois ans j’étais en route vers toi. J’étais enfin parvenu à pouvoir venir te chercher. T’emmener chez moi, Ellida.

Wangel. — Où est-ce, chez vous?

L’étranger. — Un peu partout. Sur toute la terre. Et toute la mer aussi, il me semble.

Ellida. — Et c’est vers ce vaste foyer que vous vouliez alors m’emmener !

L’étranger. — Je le voulais, oui. Mais le naufrage est survenu dans la Manche. Raflé, tout ce que j’avais amassé. Au travail, de nouveau. Pour toi, Ellida. Maintenant, me voici de nouveau. Pour la dernière fois. Veux-tu partir avec moi? Ou veux-tu rester ici chez lui?]

Wangel, la regarde. — Choisis ! [Corrigé en : Elle n’a pas de choix!] [Biffé : Ellida. — Oh! je ne peux pas... ! Je ne sais pas... !]

(Une cloche sonne au loin.)

L'étranger. — On sonne le premier coup à bord. Maintenant tu vas dire oui ou non.

Ellida. — Décision. Décision pour toute la vie ! Ne pouvoir jamais revenir sur elle !

L'étranger. — Jamais.

[Biffé : Ellida. — Si je partais maintenant avec vous...?

Wangel. — Si tu partais... !

Ellida. — ... Serait-ce pour moi trouver le bonheur !

L'étranger. — Il faut l'essayer. Je ne peux rien te dire de certain.]

Ellida. — Oh ! cette force qui attire et tente et entraîne... vers l’inconnu ! Toute la puissance de la mer y est condensée.

Wangel. — Je le vois. Je le vois. Pas à pas tu t’éloignes de moi. [Biffé : Ellida. — Si je le laisse partir seul... Si je reste ici chez toi,... Wangel,... oses-tu m'assurer que je ne le regretterai jamais?

Wangel. — Ne jamais regretter...?

Ellida. — Oui, oui, car je ne pourrai jamais revenir là-dessus. Oses-tu m’assurer que je ne le regretterai jamais?

Wangel. — Non, Ellida, je n'ose pas. (On entend de nouveau la cloche.)

L’étranger, à Ellida. — On sonne pour la seconde fois.

Ellida, va vers lui et lui pose la main sur le bras. — Je pars donc avec vous.

Wangel, à lui-même. — Je le savais.

L’étranger. — Enfin tu as choisi, Ellida.

Ellida. — Ce n’est pas un choix. Je pars avec vous parce qu’il le faut. Je ne peux pas faire autrement.

L’étranger. — Non. Car je suis le plus fort. Mais maintenant tu vas savoir ce que j’ai à t’offrir. Je n’ai pas voulu te le dire plus tôt. Car je ne voulais pas t’allécher. Il te fallait venir de bon gré là où je vais. Mais maintenant, écoute...

Ellida. — Je ne veux rien savoir. C'est l'inconnu qui m’attire. C’est vers lui que je veux aller.

Wangel. — Je te donnerai une obole pour la route, Ellida.

Ellida. • — Que veux-tu dire?

Wangel. — Je veux que ton bonheur ne soit pas troublé par des remords ou des regrets. Tu ne me quittes pas contre ta [ évidemment lapsus pour ma] volonté. Je te libère. Je résilie le marché.

Ellida. — Est-ce vrai, ce que tu dis là, Wangel. Le dis-tu du fond du cœur?

Wangel. — Oui, du plus profond de mon cœur, je le peux [Corrigé en : je le dis.]

Ellida. — Et tu le peux aussi !

Wangel. — Je le peux parce que je t'aime.

Ellida. — Tu m’aimes d’un si vrai et profond amour.

Wangel. — Les années et la vie commune ont fait cela.

Ellida. — Et moi qui l’ai si peu compris.

Wangel. — Tes pensées étaient ailleurs. Écoute-moi donc, Ellida. Il m’eût été facile de t’empêcher de partir avec cet étranger. Je ne t’empêche pas. Tu es maintenant une femme libre, qui as plein droit d’aller où tu voudras.]

Ellida. — Cela change tout.

(La cloche du vapeur sonne pour la troisième fois.)

L’étranger. — Tu entends ! Viens donc.

Ellida. — Jamais je n’irai avec vous après cela.

L’étranger. — Tu ne viens pas !

Ellida, à Wangel. — Jamais je ne te quitterai après cela.

Wangel. — Ellida... !

L’étranger. — Alors, c’est fini.

Ellida. — Oui, irrévocablement.

L’étranger. — Je vois qu’il y a une force plus grande que ma volonté.

Ellida. — Votre volonté n’a plus sur moi aucune puissance.

Pour moi vous êtes un mort venu de la mer. Mais je n’ai plus peur. Et ne suis plus attirée.

L’étranger. — Adieu, Ellida ! (Il saute par-dessus la clôture.) Désormais tu n’es rien qu’un rêve [Corrigé en : naufrage] à demi oublié dans ma vie.

(Il sort à gauche.)

Wangel. — Comment est venu ce changement?

Ellida. — Oh 1 ne comprends-tu pas qu’il est venu par la libération?

Wangel. — Et l’inconnu ne t'attire plus.

Ellida. — Non. J’ai pu le choisir. C’est pourquoi j’ai pu y renoncer.

Wangel. — Et alors, reviens-tu à moi, Ellida?

Ellida, se jette à son cou. — Oui, Wangel,... je reviens à toi. Maintenant je le peux. Car maintenant je viens à toi en liberté.

Wangel. — Ellida ! Ellida ! Se dire que nous allons pouvoir vivre l’un pour l’autre...

Ellida. — ... et pour nos souvenirs. Les tiens, comme les miens.

Wangel. — Oui, n’est-ce pas, chérie !

Ellida. — ... et pour nos deux enfants, Wangel î

[Après la réplique est ajouté après coup : Eux dont je n’ai pas, mais dont je saurai gagner l’affection.]

Wangel. — Nos (Enchanté, il lui baise vite les mains.) Oh ! merci infiniment pour ce mot !

(Arnholm, Annette, Lyngstrand, Frida, Ballested et de nombreuses gens de la ville, plus des estivants, paraissent dans le sentier.)

Frida. — Non, voyez comme [Écrit d’abord : père est galant] père et elle ont l’air amoureux...

Ballested. — C'est l'été, ma [Ajouté après coup : petite] demoiselle.

Arnholm. — Voilà l'Anglais qui part.

Lyngstrand. — Dernier voyage de l'été.

Ballested. — Toutes les passes seront bientôt fermées, comme dit le poète. C'est triste, madame Wangel. Mais j'en reste à ma formule. Les gens peuvent réellement s'acclam... s'acclimater.

Ellida. — Oui, en liberté ils le peuvent.

(Le grand vapeur glisse sans bruit sur le fjord. On entend la musique plus près de la côte.)

Les deux notes qui suivent sont celles qui se trouvent sur les feuillets du manuscrit II. La première se rattache au texte de la p. 71, l. 1-5/ la seconde , aux dernières répliques de l'acte premier , pp. 102- 103.

Frida. — - Vous devez être bien à l'hôtel?

L. — Je ne suis plus à l'hôtel. C'était trop cher pour moi. F. — Où donc habitez-vous maintenant?

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