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HILDE ET LE CONSTRUCTEUR D’ÉGLISES

De plus en plus, surtout depuis que le grand succès, en 1887, lui était venu en Allemagne, le temps d'Ibsen semblait absorbé, après l’envoi de chacun de ses manuscrits à son éditeur, par la publication et les représentations. Pour la correction des épreuves, il s’en remettait à August Larsen, qui était directeur de la fabrication chez Gyldendal. Mais des traductions allemande, française et anglaise paraissaient à peu près en même temps, et des traductions italienne et hongroise étaient annoncées. Et surtout il y avait les représentations, avec les précautions à prendre pour que les droits d’auteur fussent préservés, bien que le Danemark ni la Norvège n’eussent encore adhéré à la convention de Genève. Cela était important, car Ibsen avait fort peu profité de ses premiers succès en Allemagne et ailleurs, et les pays Scandinaves avaient jusqu’alors à peu près seuls contribué à l’assez large aisance qu’il avait acquise. C’est seulement vers la fin des « années 80 », semblet-il, qu’il est devenu vraiment riche. C’est sans doute pourquoi un ami d’enfance, que l’on ne nomme pas, et qui lui rendit visite peu après son soixantième anniversaire, fut très amusé

ŒUVRES DE KRISTIANIA

de le voir courir les magasins de Munich, avec sa femme, pour acheter un mobilier. Ils avaient rair, après trente ans de mariage, de nouveaux mariés qui vont s'installer K Ils avaient toujours vécu dans des appartements meublés, et il est clair qu'à ce moment, Ibsen ne songeait pas à quitter Munich.

Et chaque pièce nouvelle était aussi une cause de dérangement pour lui parce qu'il acceptait volontiers les invitations aux premières à propos desquelles diverses villes allemandes organisaient des fêtes en son honneur. Ce n'était pas qu'il lui fût agréable d'assister à la représentation de ses pièces. C'était plutôt le contraire, car il ne trouvait jamais ses personnages vraiment réalisés par les acteurs. Généralement il les subissait et leur adressait des compliments banals. Mais il jouissait de son succès.

Il assista le 31 janvier à la première des premières de Hedda Gabier qui eut lieu à Munich, puis, le 10 février, à la première de Berlin, au Lessing-Theater, représentations passables, devant un public qui comprenait mal la pièce, si l'on en juge d'après la critique allemande, mais on applaudissait de confiance l’auteur à la mode. Et cela lui suffisait. Il était habitué, en effet, à ce manque de compréhension. Sa femme disait qu'il fallait attendre dix ans avant que ses œuvres fussent comprises, et il est clair que le propos venait de lui.

Deux mois plus tard, il était à Vienne, le 8 avril, où une foule venait le saluer à son arrivée à la gare. Il assistait le lendemain à la répétition, puis, le n avril, à la première des Prétendants à la Couronne au Burgtheater. Après la représentation, dans une fête donnée par la jeunesse littéraire de Vienne, il fut proclamé le plus grand auteur dramatique vivant, et il répondit par quelques paroles assez banales, disant que le souvenir de cette fête deviendrait sans doute un poème 2 . L'idée que

1 D r Rudoiph Lothar, Ibsen , p. 143.

3 Wiener Allgemeine Zeitung, 14 avril 1P91.

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