‹ Œuvres complètes. tome quinzièmeChapitre 32 sur 98 · II · texte numérisé non relu

II

Cette tour-là, j’irai la voir de bonne heure demain matin.

SOLNESS, assis , la joue appuyée sur sa main , la regarde.

Dites-moi, mademoiselle Wangel..., comment vous appelez-vous? Quel est votre prénom, je veux dire.

HILDE

Je m’appelle Hilde.

SOLNESS, comme précédemment.

Hilde? Vraiment?

HILDE

Ne vous le rappelez-vous pas? Car vous-même m'avez appelé Hilde. Le jour où vous avez été inconvenant.

SOLNESS

J'ai fait cela aussi?

HILDE

Mais cette fois-là vous avez dit petite Hilde. Et je n’aimais pas ça.

SOLNESS

Ah ! vous n’aimiez pas ça, mademoiselle Hilde.

HILDE

Non. Pas à cette occasion... D’ailleurs... princesse Hilde... Ça fera tout à fait bien, je trouve.

SOLNESS

Parfaitement. Princesse Hilde de... de... Comment donc devait s’appeler le royaume?

Ouiche ! Je ne veux rien savoir de ce stupide royaume* J’en veux un tout autre, moi !

ŒUVRES DE KRISTIANIA

Ïl8

SOLNESS, s’est renversé dans son fauteuil et continue à la regarder.

N’est-ce pas curieux?... Plus j’y pense maintenant..., c’est pour moi comme si, au cours de longues années, je m’étais ici torturé à... hm !...

HILDE

A quoi?

SOLNESS

A rattraper le souvenir... de... d’un fait vécu, qu’il me semblait avoir oublié. Mais jamais je ne parvenais à saisir ce que c’était.

HILDE

Vous auriez dû faire un nœud à votre mouchoir, maître.

SOLNESS

Alors je me serais demandé ce que ce nœud signifiait.

HILDE

Ah ! oui, le monde renferme aussi des trolds de ce genre.

SOLNESS, se lève lentement.

C’est vraiment bien que vous soyez venue me trouver maintenant.

HILDE, le regarde profondément.

C’était bien?

SOLNESS

Car j’étais ici tellement seul. Et j’étais si désemparé à contempler tout cela.

(Plus bas.)

Je vais vous dire..., j'ai commencé à prendre peur... une peur terrible de la jeunesse !

HILDE, souffle.

Pfuh !..., la jeunesse a-t-elle de quoi faire peur !

SOLNESS, ACTE PREMIER

ÏI 9

SOLNESS

Oui, justement. C'est pourquoi je me suis enfermé à clef.

( Mystérieusement.)

Vous saurez que la jeunesse va frapper ma porte à grands coups ! Envahir ma maison !

HILDE

Eh bien ! je trouve que vous devriez sortir et ouvrir à la jeunesse.

SOLNESS

Ouvrir?

HILDE

Oui. En sorte que la jeunesse puisse s'introduire chez vous. Comme ça, en douceur.

SOLNESS

Non, non, non ! La jeunesse..., c'est l'expiation, voyezvous. Elle arrive en tête du revirement. Comme sous un nouveau drapeau.

HILDE, se lève, le regarde, et dit avec une crispation autour de la bouche.

Pouvez-vous m'employer à quelque chose, maître? SOLNESS

Oui, je le peux, certes, maintenant ! Car vous arrivez aussi... comme sous un nouveau drapeau, il me semble. Donc, jeunesse contre jeunesse!...

(Le docteur Herdal entre par la porte de Vantichambre.)

Tiens..., vous êtes encore là, vous et mademoiselle?

Oui, nous avons eu beaucoup à nous dire, tous les deux.

ŒUVRES DE KRISTIANIA

HILDE

Du vieux et du nouveau.

LE DOCTEUR HERDAL

Non, vraiment?

HILDE

Oh ! c'était tout à fait amusant. Car le constructeur Solness... il a une mémoire prodigieuse. Tous les détails possibles lui sont immédiatement présents.

(Mme Solness entre par la porte à droite.) MADAME SOLNESS

Voilà, mademoiselle Wangel, votre chambre est prête.

HILDE

Oh ! comme vous êtes aimable pour moi !

SOLNESS, à sa femme .

Chambre d'enfant?

MADAME SOLNESS

Oui. Celle du milieu. Mais nous irons d'abord à table, je pense.

SOLNESS, avec un signe de tête à Hilde.

Hilde va coucher dans la chambre d'enfant.

MADAME SOLNESS, le regarde.

SOLNESS

Oui, mademoiselle Wangel s’appelle Hilde. Je l’ai connue quand elle était enfant.

MADAME SOLNESS

Non, c’est vrai, Halvard? Allons, veuillez... C’est servi.

(Elle prend le bras du docteur et sort avec lui à droite.) (En même temps , Hilde a rassemblé ses affaires.)

SOLNESS, ACTE PREMIER

HILDE, à voix basse et rapidement , à Solness.

Est-ce vrai, ce que vous avez dit? Pouvez-vous m’employer à quelque chose?

SOLNESS, lui enlève les affaires.

C’est vous qui me manquiez le plus.

HILDE, le regarde avec des yeux étonnés et joyeux et joint vivement les mains.

Oh! grand Dieu, que le monde est beau!...

SOLNESS, ravi.

Eh bien?...

HILDE

Mais alors, je tiens mon royaume !

SOLNESS, malgré lui.

Hilde !...

HILDE, de nouveau avec la crispation autour de la bouche.

Presque..., j’allais dire.

(Elle sort à droite. Solness la suit.)

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