Oui, mais pas par amour pour lui
h 5 -P- 368, 1 . 4. — Allmers. — Pourquoi donc? Dis-moi ton idée !
Mme Allmers. — Tu avais commencé à être rongé de défiance à l'égard de toi-même. Toute la joyeuse confiance,... tout l’espoir que tu avais une grande action à accomplir commençait à se dérober à toi. Je l'ai bien vu.
Allmers. — Oh ! oui, tu peux avoir raison en cela. Mais quand même...
Mme Allmers. — Et tu es parti en voyage. En haut des grands plateaux libres. Et cela sans doute a élevé ton esprit...
Allmers. — Sûrement. Sûrement. Sois-en certaine, Andrea.
Mme Allmers. — Mais ne l'a pas élevé à l’amour...
Allmers, ardemment. — C'est là-haut, dans la grandeur et
LE GRAND BROUILLON
la solitude, que j’ai cédé la place dans ma vie à cause du petit Eyolf.
Mme Allmers. — Mais pourquoi,.., pourquoi l’as-tu cédée?
Allmers. — Pourquoi?
Mme Allmers. — [Ajouté plus tard : Je vais te le dire.
Allmers. — Eh bien?] Parce que tu avais besoin de quelque chose de nouveau qui pût remplir ta vie. Andrea t’avait souvent parlé des grandes aptitudes d’Eyolf, de toutes les possibilités qui pouvaient exister en lui... et caetera...
Allmers. — Oui, c’est elle qui s’occupait le plus de lui. Mais c’est donc pour cela, à ton avis...?
Mme Allmers. — Tu voulais faire de lui un enfant prodige, Alfred. Parce qu’il était ton enfant. Mais tu ne l'as jamais vraiment aimé. Tu n’as jamais eu une affection profonde pour lui-même.
Allmers. — Crois-tu?
Mme Allmers. — Oui. Si j’avais su que tu avais pour lui une affection profonde, peut-être aurais-je accepté de te partager avec lui. Bien que,... peut-être quand même pas.
P. 368, 1 . 6. — Si-penses] Mais s’il en est ainsi, Rita