‹ Œuvres complètes. tome septièmeChapitre 90 sur 135 · ACTE Y · texte numérisé non relu

ACTE Y

(Un an et demi plus tard. La nouvelle église est achevée, ornée pour la consécration. La rivière coule tout près. De bonne heure, matinée de brume.)

Le SACRISTAIN est en train d'accrocher des couronnes , dehors , au mur de l'église; peu après arrive /'INSTITUTEUR.

L'INSTITUTEUR

Déjà au travail?

LE SACRISTAIN

Il est temps.

Venez m'aider ; là, du feuillage à tous les mâts fera la haie,

L’INSTITUTEUR Au presbytère on a dressé une chose avec un trou rond.,.

LE SACRISTAIN

Je sais, je sais !

L’INSTITUTEUR

Qu'est-ce que c'est?

432 ŒUVRES D’ITALIE

LE SACRISTAIN

L’écusson en l’honneur du prêtre, avec son nom sur un fond d’or !

L'INSTITUTEUR Quelle fête dans la paroisse !

De toutes parts la foule accourt ; le fjord est presque blanc de voiles.

LE SACRISTAIN

Oui, maintenant, c’est un réveil ; au temps du prêtre précédent, jamais ni lutte ni dispute ; on dormait, le voisin, de même;...

je ne sais ce qui vaut le mieux.

L'INSTITUTEUR La vie, bedeau !

LE SACRISTAIN

Mais cette vie

ne nous touche pas, vous et moi ; à quoi cela tient-il?

L'INSTITUTEUR C’est que

nous avons agi pour qu’on dorme; au réveil, nous avons dormi,...

on n’avait plus besoin de nous.

LE SACRISTAIN

Pourtant, la vie vaut mieux, vous dites? L'INSTITUTEUR

Doyen et prêtre aussi le disent ; moi-même je le dis aussi,...

BRAND

pourvu que ce soit, notez bien, la voix du peuple tout entier.

Mais nous suivons une autre loi que celle des gens d’alentour ; car nous, employés du district, devons résister fermement, veiller à la morale, aux sciences, et nous tenir loin des passions,...

bref, demeurer hors des partis.

Pourtant le prêtre y est en plein.

L'INSTITUTEUR

C'est juste en quoi il a grand tort.

Je sais que ses supérieurs sont mécontents de son action, et s'ils osaient braver le peuple, ils lui auraient tourné le dos.

Mais il est fin, flaire la mèche ; et sait comment on lie les bottes.

Il bâtit l'église. Ici, tous sont aveuglés dès qu'on agit.

Ce qui est fait, nul n'en a cure ; que ce soit fait,... importe seul, nous tous, les gens comme les chefs, sommes un peuple de faiseurs.

LE SACRISTAIN

Vous avez été député, vous connaissez gens et pays ; mais un homme ici est passé

T. vu.

ŒUVRES D’iTALIE

peu après ce réveil ; il dit

que nous avons été dormeurs,

puis, réveillés,... grands prometteurs.

L’INSTITUTEUR

Oui, c'est un peuple prometteur,...

un peuple qui promet beaucoup,...

qui a monté en peu de temps au point que chacun, bientôt, va être interprète des promesses.

LE SACRISTAIN

J’ai souvent réfléchi à ça ; voyons, vous avez étudié,,., qu’est-ce, une promesse du peuple?

L’INSTITUTEUR

Promesse du peuple, mon cher?

Ce serait long d’en discuter ; c’est quelque chose sur quoi tous s’accordent au nom d’une idée ; c’est grand, et ça se produira...

dans V avenir, notez-le bien.

LE SACRISTAIN

Merci, je comprends maintenant ; mais il est ceci encor, dont il faut que je me rende compte.

L’INSTITUTEUR

Parlez.

LE SACRISTAIN Dites, en quelle année vient ce temps qu’on nomme avenir?

BRAND

L'INSTITUTEUR il ne vient jamais !

LE SACRISTAIN Jamais !

L'INSTITUTEUR

Non,

c’est naturel, tout à fait juste ; car lorsqu’il viendra, il sera le présent non plus l’avenir.

LE SACRISTAIN

Oui, c’est juste, je le vois bien ; il n’y a pas à disputer.

Mais quand tient-on donc sa promesse?

L'INSTITUTEUR

Voyons, je viens de vous le dire :

promesse est pacte d’avenir ; on la tient dans l’avenir.

LE SACRISTAIN

Oui,...

mais quand vient l’avenir, alors?

L’INSTITUTEUR, bas.

Voilà un sacristain !

Mon cher,

faut-il vous ressasser encore que l’avenir n’arrive pas, car s’il vient, il n’existe plus.

f Haut J

ŒUVRES D’ITALIE

LE SACRISTAIN

Merci !

L’INSTITUTEUR

Derrière tout concept, on croit trouver comme une attrape, mais c'est en vérité tout simple,...

du moins, bien entendu, pour qui saura compter plus loin que cinq.

Promettre , en somme, c'est mentir , mais le prometteur est loyal ; tenir était dit jadis dur, mais on peut le dire impossible, quand on s'y connaît en logique...

Laissons voler l'oiseau promesse.

Dites-moi...?

LE SACRISTAIN

Chut!

L’INSTITUTEUR

Quoi donc?

LE SACRISTAIN

Silence !

L’INSTITUTEUR

Oui, je crois entendre jouer sur l'orgue.

LE SACRISTAIN Justement. C'est lui.

Le prêtre?

L’INSTITUTEUR

BRAND

LE SACRISTAIN

Lui-même.

L’INSTITUTEUR

Parbleu,...

il est sorti de bien bonne heure !

LE SACRISTAIN

Je crois que cette nuit il n'a guère aplati son oreiller.

L’INSTITUTEUR

Non?

LE SACRISTAIN

Il n'est pas dans son assiette.

Il est rongé d'un mal secret depuis qu'il est devenu veuf, il cache sa douleur, c'est sûr !

mais elle éclate par moments; c'est comme si son cœur était un vase qui, trop plein, déborde ;...

alors, il joue. Entendez-vous, il pleure, on dirait, fils et femme.

L’INSTITUTEUR

C'est comme s’ils causaient ensemble...

LE SACRISTAIN

L'un souffre et l'autre le console...

L’INSTITUTEUR

Hm,„. si l'on osait s'émouvoir!

ŒUVRES D’ITALIE

LE SACRISTAIN

Si l’on n’était pas fonctionnaire !

L'INSTITUTEUR

Si l’on n’était pas comprimé par tant d’égards à ses fonctions !

LE SACRISTAIN

Oui, si l’on pouvait envoyer sa plume au diable et tous ses livres !

L'INSTITUTEUR

Si l’on oubliait la prudence, et si l’on osait compatir !

Ami, nul ne nous voit,... osons !

L’INSTITUTEUR Il ne serait pas convenable de s’abaisser au rang des hommes.

Chacun ne doit, d’après le prêtre, pas être à la fois ci et ça ; on le voudrait, on ne peut être un homme, et puis un fonctionnaire il faut qu’on soit, en toute chose, la copie de notre bailli.

LE SACRISTAIN

Pourquoi lui?

L’INSTITUTEUR Vous vous rappelez que le feu prit à la mairie.

BRAND

et qu'à grand'peine on put sauver les archives.

LE SACRISTAIN Oui, par un soir...

L'INSTITUTEUR

...d’orage ; et il se démenait ; on eût dit qu’il vivait dix fois le diable était là, qui riait ; la baillive le voit et crie :

sauve ton âme, mon ami,...

le malin en veut à ta vie !

Mais le bailli crie dans la flamme :

mon âme? Qu’elle aille en enfer,...

viens donc me porter des archives !

Voyez, il est bailli à fond, tout entier, jusqu’au bout des ongles, et, certe, il atteindra l’endroit où il aura sa récompense.

LE SACRISTAIN

Où est-ce?

L'INSTITUTEUR

Naturellement au paradis des bons baillis.

LE SACRISTAIN Mon savant ami !

L'INSTITUTEUR

Quoi?

ŒUVRES D’ITALIE

LE SACRISTAIN

Je crois,

au fond de tout ce que vous dites, voir la fermentation du temps ; car il fermente, c'est certain ; on le sent à ce que tous manquent de respect pour les vieux usages.

L’INSTITUTEUR

Le moisi doit rentrer en terre ; ce qui pourrit produit la vie;... une phtisie mine le peuple, s’il ne peut cracher ce fléau,...

on n’aura plus qu’à l’enterrer.

Oui, ça fermente ici, c’est sûr, on peut l’observer sans lunette.

Lorsque tomba la vieille église, on aurait dit qu’elle emportait le terrain même où, jusqu’alors, notre vie avait pris racine.

LE SACRISTAIN

La foule en fut comme atterrée.

Elle avait crié : Abattez !

mais le cri se tut peu à peu, et bien des gens, oreille basse, regard fuyant, furent soucieux.

Le jour où cette vieille église dut être abattue pour de bon,...

elle leur a paru sacrée.

BRAND

L’INSTITUTEUR La foule se sentait unie par mille liens à l'ancien temple, tant que le nouveau n'avait pas consécration définitive ; aussi était-on fort inquiet de voir comment ça tournerait, et l’on attendait le grand jour où, le vieux drapeau descendu, allaient flotter des couleurs neuves;...

et plus s'élevait le clocher, plus on était muet et pâle,...

et voici,... voici le moment.

LE SACRISTAIN, indiquant une direction. Voyez ce grouillement ! Petits et grands sont venus.

L’INSTITUTEUR

Par milliers.

Et quel silence !

LE SACRISTAIN

Mais qui gronde, comme la mer avant la brise.

L’INSTITUTEUR

C'est le cœur gémissant du peuple;...

il semble avoir pris conscience de la grandeur de ce moment ; on les dirait venus à une assemblée pour changer de Dieu.

ŒUVRES D'ITALIE

Où est le prêtre? J'ai le trac Je voudrais me cacher bien loin !

LE SACRISTAIN

Moi aussi !

L'INSTITUTEUR En de tels moments on n'atteint pas au fond de soi ; tout fond recouvre un autre fond ; on veut, on recule, on hésite !

LE SACRISTAIN

Ami !

L’INSTITUTEUR Oui, cher !

LE SACRISTAIN

Hm!

L’INSTITUTEUR

Dites donc !...

LE SACRISTAIN

Je crois que nous compatissons!

L’INSTITUTEUR Comment ! Pas moi!

LE SACRISTAIN

Et moi non plus !

Nul n'en pourrait fournir la preuve !

L’INSTITUTEUR

Nous sommes hommes, non fillettes.

Adieu ! Je rejoins les enfants.

(Il sin îfj

i mwirjr

B R AND 443

LE SACRISTAIN

J'avais des visions, nigaud ; je suis de nouveau prudent, calme, bouclé tel qu'un livre à fermoirs.

Au travail ici c'est fini, paresse est oreiller du diable.

(Il s’en va de Vautre côté.)

( L’orgue , quiy pendant ce qui précède , a résonné en sourdine , gronde soudain très fort , et finit par une dissonance aigue. Peu après , Brand sort.)

BRAND

Je ne peux forcer l'accord, obtenir l'ampleur du son.

L’orgue, au lieu de chanter, crie ; arcs du haut, et voûte et murs, semblent comme se serrer, semblent des bois durs, étroits, comprimant le chant, tels qu'un cercueil qui presse le mort !

J’ai tenté, repris,... en vain ; l'orgue est devenu atone.

Ma voix montait pour prier; mais le chant revint brisé comme d’un bourdon fêlé, sourde plainte caverneuse.

On eût dit que Dieu, siégeant sur son trône en haut du chœur, écartait de lui, d’un geste irrité, mes oraisons !...

ŒUVRES D’ITALIE

Dieu aura sa grande église ; hardiment je l'ai promis ; raser, déblayer, détruire, fut assez facile à faire ;... voici l'œuvre terminée.

Tous se signent aujourd'hui, et s'écrient : oh, qu'elle est grande ! Savent-ils voir mieux que moi,...

est-ce moi qui sais mal voir?

Est-il grand? Le temple est-il tel, vraiment, que je voulus?

Cette fièvre d'espoir, d'où il est né, l'a-t-il calmée?

Est-ce là vraiment le temple qu'en esprit je voyais grand, voûte sur les maux du monde?...

Si Agnès avait vécu, c'eût été bien différent, elle, qui savait si bien voir le grand dans le petit, conjurer l'horreur du doute, tenir ciel et terre étreints, comme un tronc dans le feuillage.

( Il remarque les préparatifs de la fête.,

Drapeaux et couronnes vertes ; les enfants diront leur chant ; ma maison va être pleine ; tous voudront me saluer;...

mon nom est écrit en or !

Dieu, éclaire-moi,... sinon,

BRAND

rentre-moi cent pieds sous terre !

Dans une heure ouvre la fête ; les pensées de tous me visent ; c'est le prêtre dont on parle !

Leurs pensées, je les connais, leurs paroles me suffoquent,...

los qui souffle un vent magique et glacial dans mes cheveux !

Oh, si l'on pouvait se faire oublier, cacher sa tête dans l'antre de quelque fauve !

LE BAILLI, arrive en 'grand uniforme , et salue avec une satisfaction épanouie.

Voici donc la grande journée, après les six jours, le sabbat; nous carguons enfin notre voile, et hissons le drapeau de fête, le flot nous porte doucement, et nous voyons que tout va bien !

Mes compliments, noble et grand homme, bientôt partout glorifié !

Mes compliments; je suis ému, infiniment heureux aussi !

Et vous... !

BRAND

J’ai la gorge serrée.

LE BAILLI

Il faut que cette impression passe...

Il nous faut un sermon vibrant ;...

donnez aux gens pleine mesure.

La résonnance est admirable, et ceux à qui j’en ai parlé louent...

BRAND

Vraiment?

LE BAILLI

Le doyen lui-même l’admire et en fait grand éloge.

Et quel beau style dans cette œuvre !

Et quelle majesté réside en ces formes...

BRAND

Vous l’avez vu?

LE BAILLI

Vu,... vu quoi?

BRAND

Qu’elle semble grande?

LE BAILLI

Non qu’elle semble ,... non, elle est , de loin aussi bien que de près.

BRAND

Elle l’est? Vraiment? Vous croyez...?

LE BAILLI

Oui, grande, parbleu, elle l’est,...

trop pour des gens si loin au nord.

En d’autres pays je sais bien qu’on bâtit à plus grande échelle ;

BRAND

mais chez nous, chichement logés sur un sol maigre et des rochers, une bande entre fjeld et fjord,...

sa grandeur est pour étonner !

BRAND

Oui, c'est vrai, nous n'avons changé qu'un vieux mensonge pour un neuf.

LE BAILLI

Comment?

BRAND

Des souvenirs moisis nous avons transmis au clocher moderne l'affection du peuple.

Le chœur clamait : c'est vénérable !

Il crie maintenant : que c'est grand,... il n'y a pas plus grand sur terre !

LE BAILLI

Mon cher ami, je considère comme un imbécile quiconque voudrait avoir plus grande église.

BRAND

Il faut que chacun sache bien qu'elle est petite, telle quelle ; cacher cela serait mentir.

LE BAILLI

Voyons,... laissons là ces idées!

A quoi sert-il de dire laid ce qu'à grand’peine on a bâti?

ŒUVRES D’ITALIE

Les gens sont tout à fait contents ; ils trouvent tout parfait, superbe, ils n’ont jamais rien vu de tel;...

pourvu qu’ainsi toujours ils pensent !

Pourquoi les inquiéter, les pauvres, les tourmenter avec l’éclat des vérités dont ils n’ont cure?

Tout ça n’est qu’affaire de foi.

Ça n'a pas la moindre importance que l’église soit une niche à chiens, pourvu que l’on croie fermement que sa grandeur est magnifique.

BRAND

Doctrine qui s’applique à tout !

LE BAILLI

Et aujourd’hui, c’est fête ici ; tous sont nos hôtes, à peu près ; il ne serait pas convenable de ne pas faire tout au mieux.

Et dans votre intérêt surtout

la vérité est une plaie

qu’il vaut bien mieux ne pas toucher.

BRAND

Comment ça?

LE BAILLI

Je vais vous le dire.

Tout d’abord le conseil va vous offrir une coupe d’argent,

BRAND

dont l'inscription tomberait mal si l'on discutait la grandeur ; et le chant qu'on a composé, et le discours que je tiendrai, tous deux aussi tomberaient mal si l’œuvre semblait amoindrie.

Vous voyez donc qu'il faut vous rendre, et écouter des deux oreilles.

BRAND

Vue qui m'a si souvent blessé :

des menteurs fêtant le mensonge.

LE BAILLI

Mais Dieu vous garde, cher ami de si gros mots ; où allez-vous !

Question de goût... pour en finir, voici mon second argument,...

qui est d'or, l'autre était d'argent ; sachez que vous êtes l’objet d'une haute estime et faveur ; bref,... vous êtes fait chevalier.

Vous allez porter aujourd’hui la croix comme membre de l'ordre.

BRAND

Déjà je porte croix plus lourde ; qu'on me l'enlève, si possible.

LE BAILLI

Comment? une telle faveur ne vous émeut pas davantage?

ŒUVRES D’ITALIE

En tout vous êtes une énigme !

Mais songez donc, mon Dieu, que vous...

BR AND, frappant du pied.

Ce bavardage est inutile ;...

je n’en suis pas plus avancé ; vous n’avez pas soupçonné même ce qui était dans mes paroles.

Je ne parlais pas de grandeur que l’on mesure en pieds et pouces, mais bien de celle qui rayonne, qui glace l’âme, et la réchauffe, qui nous fait rêver, méditer, une nuit étoilée qui nous exalte, qui,... allez-vous-en! Je suis las;...

allez, montrez, dites aux autres...

(Il remonte vers l'église.) LE BAILLI, à part.

Qui peut dans ces divagations se retrouver ! Voir la grandeur en quelque chose qui rayonne, qu’on ne mesure pas en pieds?

Nuit étoilée? Il a dit ça?

A-t-il goûté déjà la table?

(Il s'en va.)

BRAND, descend.

Jamais, sur les hauteurs désertes, je n’ai été si seul qu’ici ; à tout répond un pauvre écho en cris d’oiseaux ou de grenouilles.

(U regarde du côté où le bailli est sorti.)

BRAND

Mon talon devrait l'écraser !

Si j'essaie d'élever sa vue plus haut que feintes et mensonges, l'effronté ose en plein visage me cracher son âme pourrie !...

Agnès, pourquoi fus-tu trop faible?

Je me fatigue à ce jeu vain où nul ne gagne et nul ne cède,...

pas d'espoir pour qui combat seul !

LE DOYEN, entre .

Oh, mes enfants! Oh, mes brebis..,!

Excusez-moi,... je voulais dire mon cher confrère ! C'est la fête,...

aussi, je pense à mon sermon ; je l'ai composé dès hier, et j’en ai la tête encor pleine.

Mais, autre chose... Grand merci, vous qui rompez la glace en brave, marchez malgré cris et clameurs, détruisez ce qui tombe en ruine, et bâtissez grand, neuf et beau.

BRAND

Beaucoup reste à faire.

LE DOYEN

Quoi, cher?

La consécration, et c'est tout?

BRAND

En maison neuve, il faut entrer l’esprit rénové, purifié.

ŒUVRES D’ITALIE

LE DOYEN

Cela se fera de soi-même.

La voûte vaste et bien boisée, la salle claire, font que tous se montreront très convenables.

Et cette belle résonnance, qui double ce que dit le prêtre, augmentera de cent pour cent par tête la foi des ouailles.

Ce sont vraiment des résultats que même dans les grands États on ne saurait produire mieux...

Et tout cela n’est dû qu’à vous ; recevez de votre confrère des îemerciements qui, je pense, seront suivis, à déjeuner, en cette fête à votre gloire, par de nombreux discours ailés des prêtres de ce doyenné...

Mais, mon cher Brand, vous êtes pâle...?

BRAND

Je n’ai plus force ni courage.

LE DOYEN

C’est naturel;... tant de détails, le tout sans aide de personne.

Mais le plus difficile est fait, et tout promet un jour superbe.

Remontez-vous ; ça va passer !

Des milliers de gens sont venus même de paroisses lointaines ;

BRAND

songez donc,... qui, pour l'éloquence, pourrait se mesurer à vous?

Voyez, vos confrères en foule viennent à vous, les bras ouverts, et tous les cœurs de la paroisse sont pleins de chaude gratitude !

Et votre œuvre, si réussie !

Et la décoration splendide !

Et le texte du jour, si noble !

Et puis, la table est bien servie !

Je viens d'aller au presbytère, où, juste, on découpait le veau.

Vraiment, la bête était fort belle !

Je vous assure, on a du mal à trouver si friand morceau quand les temps sont si difficiles, et quand la livre est à neuf marks.

Mais laissons ça pour le moment.

Un autre objet m'amène ici.

BRAND

Parlez, coupez, piquez, brisez!

LE DOYEN

J'ai plus douces façons, mon cher.

Mais, bref ; car notre temps est court. Il n'y a qu'un seul petit point qu'il va vous falloir corriger, ce qui n’aura rien de pénible.

Bon ! Vous devinez, je suppose, à peu près où je veux venir.

Je veux parler de votre charge.

ŒUVRES D’ITALIE

Vous avez jusqu’ici donné trop peu d’importance aux usages ; qui sont en premier lieu, pourtant, sans être vraiment l’essentiel.

Hé, mon Dieu, je ne blâme pas ; on est nouveau, et l’on est jeune ; on arrive de la grand’ville, on connaît mal la vie rurale.

Mais maintenant, cher, il importe d’acquérir des notions plus justes. Vous avez beaucoup trop pris soin de chacun en particulier; cette faute, entre nous, est lourde.

Il faut peser les gens en masse ; peignez-les tous du même peigne ; croyez-moi, ce sera le mieux.

BRAND

Expliquez-vous !

LE DOYEN

Voyez- vous bien,...

vous avez offert une église à la paroisse. Vêtement pour l’esprit de paix et la loi ; car dans l’Église l’État voit le pouvoir qui le mieux épure,...

l’abri de sa sécurité,...

bref, le guide de la morale.

L’État, voyez-vous, n’est pas riche, et il en veut pour son argent.

Bon chrétien, bon citoyen, soit.

BRAND

Pensez-vous qu’il va dépenser au profit des gens et de Dieu en se procurant des ennuis?

Non, l'État, certes, n’est pas fou; et nous serions tous fort à plaindre s’il ne bornait pas son action au soin de la vie d’ici-bas.

Mais l’État n’atteint cet objet qu’au moyen de ses fonctionnaires, ce qui veut dire ici, ses prêtres..,

BRAND

Paroles de sagesse ! Allez !

LE DOYEN

Je finis. Vous avez offert, pour le bien de l’État, ce temple, et votre action, par conséquent, doit tendre au profit de l’État.

Voilà comment je considère la fête qui va commencer, en cet esprit on va sonner, et sera lue la donation.

Le don comporte une promesse dont vous devez saisir l’essence...

BRAND

Jamais ce ne fut mon idée !

LE DOYEN

Mon cher, maintenant, c’est trop tard... BRAND

Trop tard ! trop tard ! Nous verrons bien !

ŒUVRES D'ITALIE

LE DOYEN

Calmez-vous ! C’est presque risible !

Est-ce là de quoi tant crier?

Vous ne promettez rien de mal !

On peut veiller bien à chaque âme,

pourvu que l’État ait son compte ;

vous pouvez bien servir deux maîtres,

en vous conduisant prudemment,

prêtre, vous devez, non sauver

Peer ou Paal de la damnation,

mais mettre la paroisse entière

sous le régime de la grâce ;

mais au salut de la paroisse,

il est clair que chacun prend part,

C’est que l’État est à demi

républicain, exactement,

hait la liberté comme peste,

mais aime assez l’égalité ;

or, on n’a pas d’égalité

sans qu’au niveau tout soit passé,...

c’est cela que vous négligez !

Vous accusez fort, au contraire,

la disparate des idées,

qui, jusqu’ici, ne perçait pas.

On était membre de l’église, et aujourd’hui, une personne ; ce n’est pas un gain pour l’État ; aussi est-on lent à former le trésor de l’égalité et tous les autres biens sociaux ;

l'église n'est plus le chapeau qui peut coiffer toutes les têtes.

BRAND

Oh, quelle perspective s'ouvre !

LE DOYEN

Ça vous décourage,... à quoi bon?

quoiqu'il y ait là, c'est certain, une terrible confusion.

Mais où est vie, l'espoir subsiste ; et par le baptême du don, vous accroissez votre devoir :

agir pour l’objet que l'État se propose avec son église.

En tout il faut suivre une règle, sans quoi le jeu épars des forces ira, comme un poulain sauvage, renverser les haies et barrières, franchir les bornes des usages.

La loi, en toute discipline, sous divers noms, est bien la même.

En art, elle s'appelle école ; dans l'armée, autant que je m'en souvienne, on dit : régler le pas.

Oui, c'est le mot, mon cher ami !

C'est à cela que tend l'État.

Le pas gymnastique est trop vif ; et marquer le pas, c'est trop peu ;... le même pas pour tout le monde, les pieds battant à l'unisson,...

voilà le but de la méthode !

ŒUVRES D’ITALIE

BRAND

Pour l’aigle, un ruisseau,... et pour 1’ les nuages et leur vertige !

LE DOYEN

On n’est pas, Dieu merci, des bêtes ;. mais si nous parlons par images, recourir à la Bible est mieux.

Elle en fournit pour tout, fourmille, de la Genèse aux Évangiles, de paraboles édifiantes.

Je vous rappelle seulement la tour projetée à Babel !

A quoi parvinrent ces gens, dites?

Et pourquoi? C’est facile à voir ; ils ne gardèrent pas les rangs, ils parlèrent chacun sa langue, le joug ne les a pas unis,...

bref, ils ont été des personnes.

Telle est la moitié de l'amande qu’enferme en son noyau la fable :

nul ne peut se défendre, seul, l’isolé est près de la chute.

Qui Dieu veut frapper, il le fait tout d’abord un individu.

La formule romaine était :

les dieux lui ravissent l’esprit ;...

mais fou et seul, c’est même chose, et c’est pourquoi tout homme seul doit pour finir s’attendre au sort

BRAND

que vous savez, lorsque David mit Urian aux avant-postes.

BRAND

C’est bien possible ; et puis après?

La mort, pour moi, n'est pas désastre.

Et êtes-vous tellement sûr que, ces bâtisseurs, à la fin, avec langue et esprit communs, auraient réussi à lancer jusqu'au ciel la tour de Babel?

LE DOYEN

Au ciel? Non, voilà justement :

Nul n'atteint tout à fait au ciel.

C’est l'autre moitié de l'amande qu'enferme en son noyau la fable ; toute construction tombera, qui veut monter jusqu’aux étoiles.

BRAND

Pourtant l'échelle de Jacob...

par son désir, l'âme y atteint.

LE DOYEN

Oui, comme ça ! Hé oui, bien sûr !

Insister sur ce point est vain.

Bien entendu, prière, foi,

vie sage, ont récompense au ciel.

Mais vivre et croire, est différent ; les confondre est nuire à tous deux;...

ŒUVRES D’iTALIE

six jours consacrés au travail, le septième à T élévation ; l'église ouverte tous les jours?

autant supprimer le dimanche.

Le Verbe perd son souffle sain, si l'on en use avec excès ; car la religion, comme l'art, ne doit pas voler en buée.

Contemplez l'idéal, sans crainte, du saint abri de votre chaire,...

mais quittez-le avec la robe, aussitôt sorti au soleil.

Bref, il est une loi en tout, loi qui veut nette distinction, il était essentiel d’éclaircir ce point : c'est pourquoi j'ai parlé.

BRAND

Je vois ceci très clairement, cette mise en caisses des âmes par l'État ne me convient pas.

LE DOYEN

Si, mon ami, le mieux du monde,...

mais dans un beaucoup plus haut poste;... il vous faut monter...

Me vautrer

dans la boue n’est pas le moyen.

BRAND

LE DOYEN

Qui s'abaisse, sera grandi ; l'hameçon ne mord que courbé.

BRAND

Tuer l’homme, afin de s'en servir !

LE DOYEN

Dieu nous garde... pouvez-vous croire que j'aie de telles idées?

BRAND

Si!

C'est ça ! D’abord une saignée !

Il faut la raideur d’un squelette pour votre vie d’anémie blême !

LE DOYEN

Dieu sait que je ne saignerais pas même un chat, et vous bien moins ; mais j’ai pensé qu’il est pas mal d’entre-bâiller un peu la porte ouvrant la voie que j’ai suivie.

Savez-vous ce que vous voulez?

Qu’à l’appel du coq de l’État,

j’aille renier l’idéal

pour quoi jusqu’ici j’ai vécu!

LE DOYEN

Renier, ami? Qui l’exige?

J’ai indiqué votre devoir ;

ŒUVRES D'ITALIE

je veux qu’en vous soit résorbé ce qui ne sert à la paroisse.

Conservez tout, si vous voulez,...

volez, rêvez, par Dieu, en dedans, mais non en public, devant tous ; croyez qu’on pâtit à la longue de se montrer si intraitable.

BRAND

Oui, peur du blâme, espoir du gain, marques de Caïn sur ton front, crient qu’en homme habile, tu as tué le pur Abel de ton cœur !

LE DOYEN, à part.

Voilà qu’il me tutoie, vraiment ; c’est trop !

( Haut. ,

Je ne poursuivrai pas cette dispute, mais je dois vous prier encor de comprendre qu’il faut pour réussir savoir en quel temps, et où vous vivez ; car nul n’est vainqueur dans la lutte, s’il n’a son temps de son côté.

Voyez artistes et poètes !

Méprisent-ils les lois du temps?

Et nos guerriers ! Ici, un sabre au fil aiguisé est un mythe !

Pourquoi? Parce qu’une loi dit :

songe aux besoins de ton pays.

BRAND

Chacun doit dompter sa nature, ne pas se dresser en avant, mais se confondre avec la masse.

Temps humain, a dit le bailli ; vous n'avez qu'à le prendre ainsi, et vous pourrez aller fort loin.

Mais il faut arrondir les angles, et couper les petites branches ; et vous polir comme les autres, jamais suivre des voies à vous, si vous voulez œuvre qui dure.

BRAND

Hors d’ici, hors d'ici !

LE DOYEN

Oui, certes ;

un homme tel que vous finit par trouver meilleur champ d’action, mais pour que l'on soit satisfait en condition haute ou médiocre, il faut se mettre au cours du temps.

Le caporal, bâton en main, bat la mesure au dos des gens ; car l'idéal actuel du chef, ici, est bien un caporal.

Ainsi qu'un caporal conduit ses gens par sections à l'église, le prêtre mène ses ouailles par paroisses au paradis.

C'est si aisé ; l’autorité devient la base de la foi ;

ŒUVRES D’iTALIE

comme elle est fondée sur la science, on peut s'y fier aveuglément ; comment on instruit dans la foi, la loi et le rituel rapprennent.

Allons, remontez-vous, mon frère... ; prenez le temps de réfléchir ; pesez tout sans vous alarmer !...

Je vais aller voir dans l'église si je pourrai hausser le ton ; sa sonorité nous surprend,...

elle est si rare en ce pays.

Adieu, adieu ; je prêcherai

sur la discorde intime en l'homme,

où l'image de Dieu s'efface...

Mais je crois que c’est le moment de prendre un rafraîchissement.

(Il s'en va,)

BR AND, reste un moment comme pétrifié dans ses pensées .

J'ai tout sacrifié à mon œuvre, qu'aveugle, je croyais divine ; l'éclat de trompette a suffi :

j’ai vu quel esprit je servais.

Non, pas encore ! Ils ne m'ont pas !

Ce sol d'église a bu du sang ; ma vie, ma joie, y sont enfouis,...

mais mon âme, ils ne l'auront pas !

C'est effroyable d'être seul,...

de n'entrevoir partout que mort ; affreux qu'on me tende des pierres, quand j'ai tellement faim de pain.

BRAND

Il dit vrai, horriblement vrai,...

mais c'est le vide d'un abîme.

La colombe du Dieu lumière, reste cachée ; jamais, hélas, son vol n'est descendu sur moi.

Oh, trouver un seul frère en foi...

par qui je serais sûr, tranquille !

( Ejnar , pâle, épuisé , vêtu de noir , passe , et s’arrête à la vue de Brand.)

BRAND, s’écrie :

Ejnar, c'est toi?

EJNAR

Oui, c’est mon nom.

BRAND

Mes vœux aspiraient à un cœur qui ne fût pas de bois ou pierre !

Viens dans l'étreinte de mes bras !

EJNAR

Inutile; je suis au port.

BRAND

Tu m'en veux de ce qui eut lieu la dernière fois que nous...

EJNAR

Non ;

ce n'est pas ta faute. Tu fus l'instrument aveugle de Dieu quand j'errais par les voies du monde.

BRAND, recule.

Quel jargon...

T. vu.

ŒUVRES D’ITALIE

Langue du repos,, que l’on apprend quand, du péché, on s’éveille régénéré.

BRAND

Étrange ! J’avais ouï dire que tu avais suivi des voies tout autres que...

EJNAR

J’étais perdu

par l’orgueil, la foi en moi-même.

Les dieux adorés par le monde, le talent que l’on m’attribuait, ma voix de chant, n’étaient que pièges pour me prendre aux rets de Satan.

Mais Dieu fut bon, je lui rends grâce ; il surveillait son faible agneau ; il m’a aidé, au bon moment.

BRAND

Et comment?

EJNAR

Je tombai très bas.

BRAND

Si bas? Jusqu’où?

EJNAR

Jeu et débauche ; il me fit aimer dés et cartes...

C’est ça l’œuvre de Dieu, dis-tu?

BRAND

EJNAR

Le premier pas vers le salut.

Puis il m’enleva ma santé.

Et je perdis tout mon talent ;

mon goût de la gaieté s’enfuit;

je fus admis à l’hôpital,...

où je restai longtemps fiévreux,...

je croyais dans toutes les salles,

voir des milliers de grandes mouches,...

j’en sortis et fis connaissance

avec des sœurs,... elles sont trois,...

qui sont au service du ciel ;

elles, et un théologien,

m’ont affranchi du joug du monde,

arraché aux lacs du péché,

et m’ont fait enfant du Seigneur.

Vraiment.

EJNAR

Divers sont les chemins ; l’un mène au val, l’autre aux coteaux.

BRAND

Et ensuite?

EJNAR

Ensuite? Ah, c’est vrai; alors, j’ai prêché l’abstinence; mais cette occupation parfois comporte trop de tentations ; c’est pourquoi j’ai pris autre chose :

je vais partir en missionnaire...

ŒUVRES D’ITALIE

BRAND

Où ça?

EJNAR

En Nigritie caudale.

Mais il vaut mieux nous séparer !

J’ai peu de temps...

BRAND

Tu es pressé? C’est fête ici aujourd’hui.

EJNAR

Non ;

ma place est chez les âmes noires.

Adieu !

(Il va pour sortir.)

BRAND

Et aucun souvenir ne te retient pour t’informer...

EJNAR

De...?

BRAND

De celle à qui ferait peine de te voir aussi transformé...

EJNAR

Ah oui, je devine ; tu penses à cette jeune femme qui m’avait pris au lacs du plaisir avant que la foi m’eût lavé.

Eh bien, qu’est-elle devenue?

BRAND

Je l'épousai l'année suivante.

EJNAR

C'est sans importance ; à cela aucune attention je ne prête ; je veux seulement V essentiel.

BRAND

Notre vie fut bénie, et riche de joie et deuil; l'enfant mourut...

EJNAR

C'est sans importance.

BRAND

Hélas, oui ;

c'était un prêt plutôt qu'un don, et l'on se reverra un jour.

Elle-même, ensuite, est partie ; là-bas verdissent les deux tombes.

EJNAR

C'est sans importance...

BRAND

Non plus?

EJNAR

Ce n'est pas ça que je demande ; mais bien comment elle mourut.

C'est avec l’espoir d'une aurore, l'entier trésor de son cœur riche,

ŒUVRES D’ITALIE

le vouloir fort jusqu’à la fin;...

et en rendant grâces pour tout ce que la vie avait donné ou avait pris, qu’elle est partie.

EJNAR

Mensonges, illusions, tout ça ; dis comment sa foi semblait être.

BRAND

Inébranlable.

EJNAR En qui?

BRAND

En Dieu !

EJNAR

En Dieu seul ; elle est donc damnée.

Tu dis?

BRAND

Damnée, c’est malheureux.

BRAND, calme.

Va-t’en, gredin !

EJNAR

Le roi d’enfer

te tiendra aussi dans ses griffes ;...

tu mourras à jamais, comme elle.

BRAND

Tu oses vouer au feu, toi, lâche, hier vautré dans le péché...

B R AND

EJNAR

Aucune tache ne me souille ; le bain de foi m’a nettoyé ; tout éclat de boue est lavé sur Tais qui fait la sainteté ; j'ai tapé mes langes d'Adam au battoir de la piété, je suis aussi pur qu'un surplis grâce au savon de la prière.

BRAND

Pouah !

EJNAR

Je le rends. Tu sens le soufre, je vois la corne de Satan.

Je suis grain de blé du ciel,... toi, balle sur la pelle du juge.

(Il s’en va J

BRAND, le suit des yeux un moment , soudain ses yeux s'éclairent et il s’écrie :

Oui, c'est l’homme qu'il me fallait !

Tous liens sont brisés maintenant ; je déploie mon propre drapeau, même si personne ne suit !

LE BAILLI, arrive rapidement.

Cher pasteur, dépêchez-vous !

Tous, rangés en procession, sont tout prêts à s'avancer...

BRAND

Bien, qu’ils viennent.

ŒUVRES D’ITALIE

LE BAILLI

Quoi, sans ^ vous Pensez donc, et rentrez vite !

Ils ne veulent plus attendre ; toute la paroisse est là, telle une crue au printemps, qui accourt au presbytère, elle crie, veut voir le prêtre !

Écoutez ; on vous appelle !

Hâtez-vous; je craindrais presque un désordre peu humain !

Non, jamais je ne voudrai me cacher dans votre foule ; je reste.

LE BAILLI Vous êtes fou?

BRAND

Votre voie m’est trop étroite.

LE BAILLI

Elle se rétrécira, quand la foule avancera.

Ils s'ébranlent, ma parole !

Prêtres, doyen, fonctionnaires, sont poussés au bord du vide... ; cher ami, venez, venez ; usez de votre influence !

BRAND

Ha, trop tard ; la haie rompue,...

à vau-l'eau la procession !

(La foule envahit la scène , et en grand désordre s’ouvre un chemin à travers le cortège de la fête , vers V église,)

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