VOIX
Le ciel a donné la manne quand les élus avaient faim !
LE DOYEN
Derrière vous, crient vos femmes !
LES VOIX, très éloignées .
Fi de ceux qui se dérobent !
LE DOYEN
L'enfant geint : père est parti !
TOUTE LA TROUPE Avec nous ou contre nous !
LE DOYEN, les regarde un moment , les mains j ointes , et dit , découragé :
Sans troupeau, la perte est lourde pour le vieux berger qui reste dépouillé, et presque nu !
LE BAILLI, avec un geste de menace vers Br and.
C'est sa chute, sa déroute !
A nous, bientôt, la victoire !
BRAND
LE DOYEN, prêt à pleurer .
Victoire? Us nous sont ravis... !
Nous ne sommes pas battus, si je connais mes moutons !
(Il suit la foule.)
LE DOYEN
Où donc s'en va le bailli?
Il les suit, par ma parole !
Ah, bien, je reprends courage.
Moi aussi, j'irai là-haut,...
je ferai des prisonniers !
Oui, qu'on selle mon coursier qu’on me donne jument sûre, habituée à la montagne !
(Ils sortent.)
(Près du plus haut chalet du canton. Le paysage s’élève au fond iuaqu’à de vastes espaces déserts. Temps pluvieux.)
BRAND, suivi par la foule , — hommes , femmes et enfants , — gravit les coteaux.
BRAND
En avant vole la victoire !
Au fond, le canton est fermé, le temps, sur lui, de fjeld en fjeld, a tendu son voile de brume.
Oubliez que l'endroit est morne ; hommes de Dieu, volez haut, libres !
ŒUVRES D’iTALIE
UN HOMME
Attends ; mon père est vieux et las.
UN AUTRE
Je n'ai rien mangé depuis hier...
PLUSIEURS Apaise la faim et la soif !
BRAND
En avant sur le fjeld, d'abord !
L’INSTITUTEUR
Par où?
BRAND
Tous les chemins se valent, pourvu qu'ils tendent vers le but.
Venez par là...
UN HOMME
Non, c'est abrupt ; nous n'y serons pas à la nuit !
LE SACRISTAIN L'église de glace est par là.
BRAND
La route abrupte est la plus courte.
UNE FEMME Mon fils a mal !
UNE AUTRE