ACTE V
2ÔI
HJALMAR, s’approche du canapé, et, les bras croisés, regarde Hedvie.
Comme elle est calme et rigide.
RELLING, cherche à prendre le pistolet.
Ce qu’elle le tient ferme.
GINA
Non, non, Relling, ne lui cassez pas les doigts ; que le pissolet reste.
HJALMAR
Qu’elle l’emporte avec elle.
Oui, qu’elle le garde. Mais l’enfant ne va pas rester là en spectacle. On va la mettre chez elle, dans sa chambre. Aide-moi, Ekdal.
(Hjalmar et Gina enlèvent Hedvig à eux deux.) HJALMAR, pendant qu'ils l'emportent.
Oh ! Gina, Gina, peux-tu supporter cela !
GINA
On s’aidera l’un l’autre. Car nous sommes à part égale à présent, je pense.
MOLVIK, étend les bras et murmure :
Loué soit le Seigneur ; tu deviendras poussière ; tu deviendras poussière...
RELLING, chuchotant.
Ferme ça, imbécile ; tu es saoul.
(Hjalmar et Gina transportent le corps par la porte de la cuisine. Relling la ferme derrière eux. Molvik s'éclipse par la porte du palier.)
RELLING, se rapproche de Gregers et dit :
On ne me fera jamais accroire que ceci était un accident,
GREGERS, qui s’est tenu épouvanté , avec des mouvements convulsifs .
Nul ne peut dire comment s'est passée cette horreur.
La charge a brûlé le corsage. Il faut qu'elle ait appuyé le pistolet contre sa poitrine et tiré.
GREGERS
Hedvig n’est pas morte en vain. Avez- vous vu comme la douleur a dégagé ce qu'il y a de grandeur en lui?
RELLING
La grandeur se voit chez la plupart des gens, quand ils sont dans la douleur devant un cadavre. Mais combien de temps croyez-vous que va durer chez lui cette splendeur?
GREGERS
Ne va-t-elle pas durer et grandir toute sa vie !
RELLING
D’ici trois trimestres, la petite Hedvig ne sera plus pour lui qu'un beau thème de déclamation.
GREGERS
Et vous osez dire cela de Hjalmar Ekdal !
RELLING
Nous en parlerons quand l'herbe aura séché pour la première fois sur la tombe de la petite. Vous pourrez l’entendre alors se lamenter sur « l’enfant arrachée trop tôt à son cœur de père a ; vous pourrez le voir confit dans l'at-