‹ Œuvres complètes. tome treizième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 162 sur 300 · DISCOURS · texte numérisé non relu

DISCOURS

prononcé à Trondhjem , le 14 juin 1885.

C’est après onze ans d’absence que je suis rentré en Norvège il y a huit jours.

En ces huit jours au pays j’ai senti plus de joie de vivre qu’au cours de tous les onze ans à l’étranger.

J’ai trouvé d’immenses progrès sur la plupart des terrains, et j’ai vu que le peuple auquel j’appartiens avant tout s’est aujourd’hui avancé beaucoup plus près du reste de l’Europe qu' auparavant.

Mais la visite au pays m’a aussi causé des déceptions. J’ai constaté que les droits individuels les plus indispensables ne sont pas garantis comme je croyais pouvoir l’espérer et y compter sous le nouveau régime de l’État.

Une majorité des gouvernants n’accorde à l’individu ni la liberté de croyance ni la liberté d’expression en dehors d’une limite arbitrairement tracée.

Il y a donc ici beaucoup à faire encore, avant que nous puissions dire que nous avons atteint une réelle liberté. Mais notre démocratie actuelle ne sera pas du tout capable de résoudre ces questions. Il faut qu’intervienne un élément noble dans notre vie d’État, dans notre gouvernement, dans notre représentation et dans notre presse.

Je ne pense pas, bien entendu, à la noblesse de naissance, non plus qu’à celle de l’argent, ni à la noblesse du savoir, pas même

à celle des capacités ou du talent. Mais je pense à la noblesse du caractère, des sentiments et de la volonté.

C’est celle-là qui, seule, peut nous affranchir.

Cette noblesse, dont notre peuple, je l’espère, sera pourvu, nous viendra de deux côtés. Elle nous viendra de deux groupes qui n’ont pas encore été gravement atteints par la pression des partis. Elle nous viendra par nos femmes et par nos ouvriers.

La transformation des rapports sociaux qui se prépare aujourd’hui en Europe concerne essentiellement la situation future de l’ouvrier et de la femme.

C’est elle que j’espère, que j’attends, à laquelle je contribuerai autant que je pourrai.

Avec ces quelques indications, je me permets de présenter mes remerciements les plus cordiaux pour l’honneur et la joie que m’a procurés ce soir l’Association ouvrière de Trondhjem. Et en remerciant je prononce un : « Vivent la classe ouvrière et son avenir ! »

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