ACTE PREMIER
ROSMER
Oh ! mais, cher monsieur Brendel, ne me permettrezvous pas de vous venir en aide? D’une manière ou d’une autre, j’entends...
BRENDEL
Ah ! quelle offre ! Pourrais-tu vouloir souiller le lien qui nous unit? Jamais, Johannes,... jamais!
ROSMER
Mais quel emploi pensez- vous trouver en ville? Croyezmoi, il ne vous sera pas facile...
BRENDEL
C’est mon affaire, mon garçon. Les dés sont jetés. Tel que je suis là devant toi, je suis en route pour un grand voyage. Plus grand que toutes mes randonnées antérieures réunies.
(Au proviseur Kroll.)
Puis- je demander à monsieur le professeur... unter uns ... s’il se trouve une salle de réunion un peu convenable, respectable et vaste, dans votre honorable ville?
KROLL
La plus vaste est celle de l’Association ouvrière.
BRENDEL
Monsieur le maître de conférences a-t-il quelque autorité dans cette Association certainement très utile?
KROLL
Je n’ai aucun rapport avec elle.
REBEKKA, à Brendel,
Il faut vous adresser à Peder Mortensgaard.
BRENDEL
Pardon, madame,... quel est cet imbécile?
ROSMER
Pourquoi pensez-vous qu'il doit être un imbécile?
BRENDEL
Le nom n'indique-t-il pas tout de suite un plébéien?
KROLL
Voilà une réponse à laquelle je ne me serais pas attendu.
BRENDEL
Mais je me maîtriserai. Il le faut bien. Quand on est... comme moi... à un tournant de sa vie... C'est décidé. Je me mets en relation avec cet individu,... j'engage des négociations directes...
ROSMER
Êtes- vous vraiment pour de bon à un tournant?
Mon cher garçon ne sait-il pas que lorsque Ulrik Brendel prend un parti, toujours il le prend pour de bon?... Oui, vois-tu, je vais maintenant devenir un homme nouveau. Sortir de la réserve discrète où je me suis tenu jusqu'ici.
ROSMER
Comment...?
BRENDEL
Je veux prendre une part active à la vie. Me produire. Agir. C’est un temps d'équinoxe chargé d'orages que nous vivons... Je veux déposer mon obole sur l'autel de la libération.