ACTE PREMIER
REBEKKA, très vivement.
C’est agir grandement, monsieur Brendel ! Vous donnez ce que vous possédez de plus précieux.
ROSMER
Votre seul bien.
REBEKKA, jette un regard significatif vers Rosmer.
Combien voit-on de gens qui le font? Qui l’osent?
ROSMER, répond à ce regard .
Qui sait?
BRENDEL
L’assemblée est émue. Cela me ravit le cœur... et fortifie la volonté. Et là-dessus, je vais donc me mettre à l’œuvre. Mais ceci encore...
(Au proviseur.)
Pouvez- vous me dire, monsieur le précepteur,... trouvet-on une société d’abstinence dans la ville? Une société d’abstinence totale? Il y en a une, bien entendu.
KROLL
Oui, à votre service. C’est moi le président.
BRENDEL
Oui, il n’y avait qu’à vous regarder ! Eh bien ! alors, il n’est pas impossible que j’aille vous trouver et que je m’inscrive pour une semaine.
KROLL
Pardon,... nous ne recevons pas de membres à la semaine.
BRENDEL
A la bonheur , monsieur le pédagogue. Ulrik Brendel n'a jamais beaucoup frappé à la porte de ces sortes de sociétés.
(Il se tourne.)
Mais je n'ose pas prolonger mon séjour dans cette maison, si riche de souvenirs. Il faut que j'aille en ville me choisir un logement passable. On y trouve bien un hôtel convenable, j'espère?
REBEKKA
Vous ne voulez pas boire quelque chose de chaud, avant de partir?
BRENDEL
Quelle sorte de boisson, aimable dame?
REBEKKA
Une tasse de thé, ou bien...
BRENDEL
Je remercie la généreuse hôtesse de la maison. Mais je n'abuse pas volontiers de l'hospitalité privée.
(Il salue de la main.)
Madame, messieurs...
(Il se dirige vers la porte , mais se retourne.)
Ah! mais, parbleu, c'est vrai... Johannes,... pasteur Rosmer,... veux-tu rendre service à ton ancien maître au nom d'une vieille amitié?
ROSMER
Oui, bien volontiers.
BRENDEL
Bon. Alors prête-moi... pour un jour ou deux... une chemise à manchettes empesée.