ACTE II
(Il se retourne.)
Et toi?
REBEKKA
Oui, merci. Vers le matin...
ROSMER
Il y a longtemps que je ne me suis senti le cœur aussi léger qu’aujourd’hui. Certes, c’était bon d’avoir tout dit.
REBEKKA
Oui, tu n’aurais pas dû le taire si longtemps, Rosmer. ROSMER
Je ne comprends pas moi-même que j’aie pu être si lâche.
REBEKKA
Oh! ce n’était pas vraiment par lâcheté...
Ah! si, si, tu sais,... à bien examiner la chose, un peu de lâcheté y a joué son rôle.
REBEKKA
C’était d’autant plus crâne de couper court...
(Elle s'assied sur une chaise près de la table à écrire.)
Mais maintenant je vais te raconter ce que j’ai fait,... et il ne faudra pas te fâcher.
ROSMER
Me fâcher? Comment peux- tu croire, chère amie...? REBEKKA
Oui, car c’était peut-être de ma part prendre un peu trop d’initiative, mais...
ROSMER
Voyons, raconte.
REBEKKA
Hier soir, au moment où cet Ulrik Brendel allait partir,... je lui ai donné deux ou trois lignes pour Mortensgaard.
ROSMER, un peu inquiet .
Mais, chère Rebekka... Enfin, que lui as-tu donc écrit?
REBEKKA
J'ai écrit qu'il te rendrait service s'il s'occupait de ce malheureux et l'aidait comme il le pourrait.
ROSMER
Ma chère, tu n'aurais pas dû faire cela. Et tu n'as fait que nuire à Brendel par là. Et Mortensgaard est un homme que je préfère tenir à distance. Tu connais bien le démêlé que j'ai eu autrefois avec lui.
REBEKKA
Mais ne crois-tu pas qu’aujourd'hui ce pourrait être utile, si tu pouvais être de nouveau en bons termes avec lui?
ROSMER
Moi? Avec Mortensgaard? D'où te vient cette idée?
REBEKKA
Oui, car tu ne peux pas être vraiment tranquille,... maintenant que ceci est survenu entre toi et les amis.
ROSMER, la regarde et branle la tête .
As-tu vraiment pu croire que Kroll ou aucun des autres voudrait tirer vengeance?... Qu’ils seraient capables de...