‹ Œuvres complètes. tome treizième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 238 sur 300 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

MADAME HELSETH

Les petits enfants ne crient pas à Rosmersholm, mademoiselle.

REBEKKA, la regarde.

Ils ne crient pas?

MADAME HELSETH

Non. Ici, dans la maison, les petits enfants n'ont jamais crié, du plus loin qu'on se souvienne.

REBEKKA

C'est bien étonnant.

MADAME HELSETH

Oui, n'est-ce pas étonnant? Mais c'est dans la famille. Et il y a encore ceci d'étonnant. Quand ils grandissent, ils ne rient jamais. Ne rient jamais de toute leur vie.

REBEKKA

Ce serait étrange...

MADAME HELSETH

Mademoiselle a-t-elle vu ou entendu monsieur le pasteur rire une seule fois?

REBEKKA

Non,... en y réfléchissant, je crois presque que vous avez raison. Mais les gens, en général, ne rient pas beaucoup ici, dans la région, il me semble.

MADAME HELSETH

Pas beaucoup. Ça a commencé à Rosmersholm, dit-on. Et cela s'est répandu comme une sorte de contagion, je crois bien.

T. XIII

REBEKKA

Vous êtes une femme intelligente, madame Helseth.

MADAME HELSETH

Oh! il ne faut pas que mademoiselle se moque...

(Elle écoute.)

Chut ! chut !... voilà monsieur le pasteur qui descend. II n'aime pas voir le balai ici.

(Elle sort par la porte à droite.)

( Johannes Rosmer , chapeau et canne à la main , entre9 venant du vestibule.)

Bonjour, Rebekka.

Bonjour, cher ami.

Tu vas sortir?

Oui.

ROSMER

REBEKKA

(Un peu après , tricotant.)

ROSMER

REBEKKA

Le temps est superbe.

ROSMER

Tu n'es pas montée chez moi ce matin.

REBEKKA

Non,... je ne suis pas montée. Pas aujourd'hui.

ROSMER

Ne le feras-tu plus désormais?

Oh ! je ne sais pas encore.

Page 1