‹ Œuvres complètes. tome treizième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 257 sur 300 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

apaisée, est devenue muette. J’ai ressenti un calme profond,... c’était comme le silence des rochers où nichent les oiseaux là-haut, chez nous, au soleil de minuit.

ROSMER

Dis-en plus long là-dessus. Dis tout ce que tu peux dire.

REBEKKA

C’est à peu près tout. Il y a seulement ceci que l’amour est né en moi. Le grand amour qui renonce, et se contente de la vie commune, telle qu’elle a été entre nous.

ROSMER

Oh ! si j’avais eu seulement un soupçon de tout cela !

REBEKKA

C’est pour le mieux ainsi. Hier,... lorsque tu m’as demandé si je voulais être ta femme,... j’ai été transportée de joie...

Oui, n’est-ce pas, Rebekka ! Il m’a paru le comprendre !

REBEKKA

Un instant, oui. Je m’oubliais. Car c’était mon impétueuse volonté d’autrefois qui était sur le point de se donner franchise de nouveau. Mais elle n’a plus de vigueur maintenant,... pas pour longtemps.

ROSMER

Comment expliques-tu ce qui s’est passé en toi?

REBEKKA

C’est l’esprit des Rosmer,... ou ton esprit, en tout cas, qui a contaminé ma volonté.

ROSMER

Contaminé?

REBEKKA

Et l’a rendue malade. L’a asservie à des lois qui jusqu’alors n’existaient pas pour moi. Oui, vois-tu,... la vie commune avec toi... a ennobli mon esprit...

ROSMER

Oh ! si vraiment j 'osais le croire !

REBEKKA

Tu peux le croire sans crainte. L’esprit des Rosmer ennoblit. Mais...

(Elle branle la tête.)

... Mais,... mais...

ROSMER

Mais? Eh bien?

REBEKKA

... Mais il tue le bonheur.

ROSMER

Tu dis cela, Rebekka?

REBEKKA

Pour moi, du moins.

ROSMER

Oui, mais en es-tu bien sûre? Si je te demandais de nouveau?... Si je te suppliais...

REBEKKA

Oh ! mon cher,... ne reparle jamais de cela ! C’est impossible!... Oui, car, sache-le, Rosmer, j’ai un... passé derrière moi.

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