‹ Œuvres complètes. tome treizième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 261 sur 300 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

BRENDEL

Peder Mortensgaard, naturellement.

ROSMER

Quoi 1

BRENDEL, mystérieusement.

Chut, chut ! Peder Mortensgaard est le maître et seigneur de l'avenir. Jamais je n'ai été admis devant plus grand personnage. Peder Mortensgaard a le don de la toute-puissance. Il peut tout ce qu'il veut.

ROSMER

Oh ! ne croyez pas cela.

BRENDEL

Si, mon garçon. Car Peder Mortensgaard ne veut jamais plus qu'il ne peut. Peder Mortensgaard est capable de vivre sans idéals. Et cela,... vois-tu,... c'est le grand secret de l'action et de la victoire. C'est la somme de toute la sagesse du monde. Basta!

ROSMER, d'une voix sourde.

Maintenant je comprends... que vous partez d'ici plus pauvre que vous n'êtes venu.

BRENDEL

Bien ! Prends donc exemple de ton vieux maître. Efface tout ce qu'il a gravé en toi. Ne bâtis pas ton château sur le sable mouvant. Et fais attention,... tâte le terrain,... avant de rien fonder sur cette charmante créature qui embellit ici ta vie.

REBEKKA

Est-ce de moi que vous parlez?

BRENDEL

Oui, ma séduisante ondine.

REBEKKA

Pourquoi ne pourrait-on rien fonder sur moi? BRENDEL, fait un pas vers elle.

Je me suis laissé dire que mon ancien élève a une grande cause à faire triompher.

REBEKKA

Et alors...?

BRENDEL

La victoire lui est assurée. Mais,... notez-le bien,... à une condition expresse.

Laquelle?

BRENDEL, lui prend doucement le poignet.

Que la femme qui l’aime aille de plein gré à la cuisine se trancher son joli petit doigt rose,... là,... juste à la phalange du milieu. Item, que ladite femme aimante... toujours de plein gré... se coupe cette oreille gauche si merveilleusement moulée.

(Il lâche sa main et se tourne vers Rosmer.)

Adieu, mon triomphant Johannes.

ROSMER

Vous voulez partir maintenant? Dans la nuit noire? BRENDEL

La nuit noire, c’est parfait. La paix soit avec vous.

(Il sort.)

(Le silence règne un moment dans le salon.)

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