ACTE IV
BRENDEL
Peder Mortensgaard, naturellement.
ROSMER
Quoi 1
BRENDEL, mystérieusement.
Chut, chut ! Peder Mortensgaard est le maître et seigneur de l'avenir. Jamais je n'ai été admis devant plus grand personnage. Peder Mortensgaard a le don de la toute-puissance. Il peut tout ce qu'il veut.
ROSMER
Oh ! ne croyez pas cela.
BRENDEL
Si, mon garçon. Car Peder Mortensgaard ne veut jamais plus qu'il ne peut. Peder Mortensgaard est capable de vivre sans idéals. Et cela,... vois-tu,... c'est le grand secret de l'action et de la victoire. C'est la somme de toute la sagesse du monde. Basta!
ROSMER, d'une voix sourde.
Maintenant je comprends... que vous partez d'ici plus pauvre que vous n'êtes venu.
BRENDEL
Bien ! Prends donc exemple de ton vieux maître. Efface tout ce qu'il a gravé en toi. Ne bâtis pas ton château sur le sable mouvant. Et fais attention,... tâte le terrain,... avant de rien fonder sur cette charmante créature qui embellit ici ta vie.
REBEKKA
Est-ce de moi que vous parlez?
BRENDEL
Oui, ma séduisante ondine.
REBEKKA
Pourquoi ne pourrait-on rien fonder sur moi? BRENDEL, fait un pas vers elle.
Je me suis laissé dire que mon ancien élève a une grande cause à faire triompher.
REBEKKA
Et alors...?
BRENDEL
La victoire lui est assurée. Mais,... notez-le bien,... à une condition expresse.
Laquelle?
BRENDEL, lui prend doucement le poignet.
Que la femme qui l’aime aille de plein gré à la cuisine se trancher son joli petit doigt rose,... là,... juste à la phalange du milieu. Item, que ladite femme aimante... toujours de plein gré... se coupe cette oreille gauche si merveilleusement moulée.
(Il lâche sa main et se tourne vers Rosmer.)
Adieu, mon triomphant Johannes.
ROSMER
Vous voulez partir maintenant? Dans la nuit noire? BRENDEL
La nuit noire, c’est parfait. La paix soit avec vous.
(Il sort.)
(Le silence règne un moment dans le salon.)