herr doktor] monsieur le proviseur
1, 28. — P. 507, 1. 17. — • Oui, madame la pastoresse, j'y vais. Je ne voudrais pour rien au monde baisser dans l'estime d'une jeune dame jolie, aimable et gracieuse. Malheureusement,... je suis obligé de l’avouer,... je ne connais pas encore cette partie du pays.
Gylling. — Vraiment. Il paraît pourtant que vous avez pas mal circulé dans les campagnes, à ce que l'on m’a dit.
Hetman, d’un ton bourru. — C'est vrai, monsieur le professeur. J'ai fait d'assez longs voyages. (A Rosmer.) Mais tu vas maintenant connaître mes projets. J’ai résolu d'entreprendre une série de conférences dans tout le pays. Et je pense à commencer ici, bien que... mon nom ne soit sans doute guère répandu dans cette région?
Rosmer. — Non, je ne le crois pas.
Hetman. — Oh non, il ne faut d’ailleurs pas s'y attendre
T. XIII
de la part de gens de ces trous perdus. (A Gylling.) Mais ditesmoi, monsieur T inspecteur,... unter uns,...
P. 508, 1. 7. — P. 511, 1. 15. — Gylling, se rapprochant. — Voilà une réponse que je n'aurais pas attendu.
Hetman. — Monsieur le directeur d’école a peut-être pensé qu’Ulrik Hetman était disposé à se commettre avec n’importe qui? Mais il faut surmonter ses antipathies quand on est à un tournant de sa vie. Je vais entrer en relations avec cet individu, engager des négociations...
Rosmer. — Êtes-vous vraiment pour de bon, à un tournant?
Hetman. — Pour de bon, monsieur le pasteur? Où est Ulrik Hetman, il est toujours pour de bon. C'est résolu. Un de ces jours j’abandonne mon existence peu estimée. La série de conférences que je vais faire... va éclaircir la plus grande et la plus récente pensée de ma vie.
Rebekka. — Quelle est cette pensée, monsieur Hetman? Oh ! dites-le.
Hetman. — Bon, ici, dans un cercle intime de connaissances plus ou moins proches, il n’y a rien à cacher. Je vais ouvrir ma campagne depuis longtemps projetée contre tous les propriétaires terriens du pays.
Gylling. — Contre les propriétaires terriens? Donc contre la masse des gens de la campagne?
Hetman. — Parfaitement, monsieur l’administrateur. En êtes- vous?
Gylling. — J'en suis en ce que je suis déjà en guerre avec la majorité radicale...
Hetman. — Sornettes que la majorité et tout cela. C’est contre les ruraux en général que je dirige ma guerre. Contre les gros et les petits, contre les radicaux et contre les imbéciles.
Gylling. — Mais permettez, monsieur... ; on ne peut tout de même pas ainsi, sans tenir aucunement compte des partis...
Hetman. — Écoutez ; et suivez-moi bien ; vous pourrez peut-être me comprendre. Supposez qu’en ville je m'associe
LES MANUSCRITS
avec deux ou trois capitalistes. Nous fondons une grande usine pour la fabrication d’un produit quelconque, qui n’est pas encore découvert.
Gylling. — Où cela va-t-il nous mener?
Hetman. — Patience, monsieur l’inspecteur. Pour fabriquer ce produit, nous avons besoin de tout l’oxygène qui se trouve ou parvient dans la masse d’air du département,... ou bien nous avons besoin de tout le carbone de l’air. Nous... moi et les deux ou trois capitalistes, pourrions nous en servir pour en faire des diamants. Mais l’air, dans les deux cas, l’air du département tout entier, deviendrait inutilisable pour les gens et les animaux, et pour tout ce qui est organique. Tout le monde serait obligé d’acheter chez noiis sa ration d’air vital,... peut-être à haut prix. Sinon... heraus! Que dites- vous de cela?
Gylling. — Je ne pense pas que les autorités, ici, permettraient une pareille industrie.
Hetman. — Je ne le pense pas non plus, honoré monsieur. Et je ne pense pas non plus qu’elles permettraient à notre petite société en question de se servir de la rivière ou du fjord de telle manière que les poissons n’y pourraient vivre, ni les bateaux naviguer. (Il se rapproche.) N'êtes-vous pas en cela de mon avis?
Gylling recule d’un pas. — Voyons, voyons ! Certes, je suis d’accord.
Hetman. — J’ai un vague soupçon que vous me croyez atteint de quelque forme de maladie mentale. Mais c’est une erreur pour l’instant. J’ai seulement voulu bien établir que nous sommes tous d’accord pour dire que l’air et l’eau de notre planète sont biens communs de tout le monde. Mais quand il s’agit de la terre ferme,... du sol qui est sous nos pieds, dont nul ne peut se passer, oh ! das ist wss Anderes ! Nul ne murmure contre le fait que la terre ferme du globe est aux mains d’une bande relativement peu nombreuse de brigands qui l'ont
exploitée pendant des siècles, qui l'exploitent actuellement, et qui comptent l’exploiter indéfiniment. Voyez-vous, mes honorables messieurs... et ma belle dame, voilà le fait que je veux mettre en évidence.
Gylling. — Je doute que cette entreprise soit lucrative.
Hetman. — Est-ce que je me soucie de rémunération ! C’est l’idée,... ma plus grande et plus récente idée, qui, pour moi, importe. J’ai vu comme dans un éclair que la conscience juridique de l’humanité souffre d’une folie partielle. Voilà le principe. Cette idée, je l’ai d’en haut,... ou d’en bas,... ou des sombres puissances insondables. Je l’ai, dis-je, grâce à une inspiration. Aussi appartient-elle à moi seul. Et je vais en ville pour l’offrir à l’humanité.
Rebekka. — Mais permettez-moi, monsieur Hetman,... cette idée n’est pas tellement nouvelle.
Hetman, avec un sursaut. — Que dites- vous, .. . ma belle dame ! Mon idée n’est pas nouvelle i
Rebekka. — Pas tout à fait, malheureusement. Nous avons lu justement cet hiver un livre qui traite un peu ce sujet.
Hetman, à Rosmer. — Cette dame dit-elle vrai?
Rosmer. — Oui, bien entendu.
Hetman. — Et dans ce livre se trouve la question du sol et...
Rosmer. — C’est de quoi le livre parle.
Hetman, pâle et chancelant. — Les auditeurs... voudront bien... me permettre... de m’asseoir. (Il glisse dans un fauteuil où il reste penché en avant, les mains sur les genoux.)
Rebekka. — Vous apporterai-je quelque chose? N’importe quoi...?
Hetman, le regard vague. — Trop tard. J’arrive trop tard. Cette fois encore. Toujours trop tard.
Gylling. — Ça ne fait rien, au fond. Pour la plupart des gens d’ici ce sera sûrement tout à fait nouveau.
Hetman, avec un regard lamentable. — A quoi cela m’avance-
LES MANUSCRITS
t-il et quel plaisir puis-je avoir, quand le monde entier croirait que c'est nouveau, maintenant que je sais moi-même que ce ne l'est pas.
Rebekka. — Oh ! combien je souhaiterais n'avoir rien dit.
Hetman se lève. — Belle dame,... c'est un rude coup que m'a porté votre amour de la vérité. J'avais gardé pour moi cette idée, je l'avais couvée avec un amour jaloux, je l'avais sentie croître, il me semblait que je ne pourrais me résoudre à la lâcher. Et maintenant que je la lâche, j'arrive trop tard. Cette fois encore. Allons, voyons ! Pas de larmes de compassion, madame, et messieurs. Je ne supporte pas la pitié. Ne la mérite pas non plus. Il y a peut-être là une juste Némésis. Peut-être y a-t-il eu ceci ou cela dans ma façon de vivre...
Rosmer. — Oui, ne le pensez- vous pas vous-même?
Hetman. — Je vais revêtir l'homme nouveau. Et puis, je vais organiser quelques réunions du soir. Un peu de déclamation et de*chant et cætera. (A Gylling.) Trouve-
P. 51 1, 1. 19. — , à votre service] Manque .
1. 21. — Oui — — regarder.] Non, vraiment? Je ne l’aurais pas cru.
P. 512, 1. 2. — , monsieur le pédagogue] Manque.