ACTE II
GREGERS
Il paraît que vous ne voulez pas de moi dans la maison, madame Ekdal.
GINA
Non, bon Dieu ! comment pouvez- vous le croire?
HJALMAR
Oui, c'est vraiment singulier de ta part, Gina.
( A Gregers.)
Mais, dis-moi, penses-tu donc à rester en ville pour le moment?
GREGERS, mettant son pardessus.
Oui, je pense maintenant rester ici.
HJALMAR
Mais pas chez ton père? Que comptes-tu faire, alors? *
GREGERS
Oui, si je le savais,... je ne serais pas si mal en point. Mais quand on porte cette croix de s'appeler Gregers... « Gregers »... et de plus, « Werle » ; as-tu rien entendu de plus vilain?
HJALMAR
Oh ! je ne trouve pas du tout.
GREGERS
Fi ! Puh ! J'aurais envie de cracher à la figure de qui s'appelle ainsi. Mais quand on porte cette croix d'être Gregers... Werle en ce monde, comme je le suis...
HJALMAR, riant.
Ha-ha ! si tu n’étais pas Gregers Werle, que voudrais-tu être?
GREGERS
Si je pouvais choisir, je voudrais être un bon chien de chasse.
GINA
Un chien !
HEDVIG, malgré elle.
Oh ! non, alors !
GREGERS
Oui, un vrai chien extrêmement habile ; un qui plonge au fond pour prendre des canards sauvages qui vont mordre le varech dans la vase.
HJALMAR
Non, vrai, Gregers,... je ne comprends pas un mot de ce que tu dis là.
GREGERS
Oh ! non, ça n'a guère de sens non plus. Mais demain matin,... je déménage donc ici.
(A Gina.)
Je ne vous embarrasserai pas, car je fais tout moi-même.
(A Hjalmar.)
Pour le reste, nous en parlerons demain. Bonne nuit, madame Ekdal.
(Avec un signe de tête à Hedvig.)
Bonne nuit !
GINA
Bonne nuit, monsieur Werle.
Bonne nuit.
HJALMAR, qui vient d'allumer une bougie.
Attends un peu ; il faut que je t’éclaire ; il fait sûrement noir dans l’escalier.