‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 47 sur 67 · SUCCÈS DE MADAME VIGTURNIEN · texte numérisé non relu

SUCCÈS DE MADAME VIGTURNIEN

La veuve du moine fut donc boune à quelque chose.

Du reste, M. Madeleine n'avait rien su de tout cela. Ce sont là de ces combinaisons d'événements dont la vie est pleine. M. Madeleine avait pour habitude de n'entrer presque jamais dans l'atelier des fournies. Il avait mis à la tète de cet atelier une vieille fille, que le curé lui avait donnée, et il avait toute confiance dans cette surveillante, personne vraiment respectable, ferme, équitable, intègre, remplie de la charité qui consiste à donner, mais n'ayant pas au même degré la charité qui consiste à comprendre et à pardonner. M. Madeleine se remettait de tout sur elle. Les meilleurs hommes sont souvent forcés de déléguer leur autorité. C'est dans cette pleine puissance et avec la conviction qu'elle faisait bien, que la surveillante avait instn^t le procès, jugé, condamné et exécuté Fantine.

Quant aux cinquante francs, elle les avait donnés sur une somme que M. Madeleine lui confiait pour

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HIe se mit à coudre de grosses chemises pour les «soldats de la garnison, el gagnait douze sous par jour. Sa fille lui en coûtait dix. Cest en ce moment quVUe commença à mal payer les Thénardier.

Cependant une \ieiile femme qui lui allumait sa chandelle quand elle rentrait le soir, lui enseigna Tart de vivre dans la misère. Derrière vivre de peu, il y a vivre de rien. Ce sont deux chambres; la première est obscure, la seconde est noire.

Fantine apprit comment on se passe tout à faut do feu en hiver, comment on renonce à un oiseau qui vous mange un liard de millet tous les deux jours, comment on fait de son jupon sa couverture et do sa couverture son jupon, comment on ménage sa chandelle en prenant son repas à la lumière de la foiiètrc d'en face. On ne sait pas tout ce que cerUins èlros

3t6 LES MISÉRABLES. — FÂNTINE.

faibles, qui ont vieilli dans le dénûment et rhonnèteté, savent tirer d*un sou. Cela finit par être un talent. Fantine acquit ce sublime talent et reprit un peu de courage.

A cette époque, elle disait à une voisine : — Bah! je me dis : en ne dormant que cinq heures et en tra> vaillant tout le reste à mes coutures, je parviendrai bien toujours à gagner à peu près du pain. Et puis, quand on est triste, on mange moins. Eh bien ! des souffrances, des inquiétudes, un peu de pain d'un côté, des chagrins de Tautre, tout cela me nourrira.

Dans cette détresse, avoir sa petite fille eût été un étrange bonheur. Elle songea à la faire venir. Mais quoi ! lui faire partager son dénûment ! Et puis, elle devait aux Thénardier! comment s'acquitter? Et le voyage ! comment le payer?

La vieille qui lui avait donné ce qu*on pourrait appeler des leçons de vie indigente, était une sainte fille nommée Marguerite, dévote de la bonne dévotion, pauvre, et charitable pour les pauvres et même pour les riches, sachant tout juste assez écrire pour signer Margeriite, et croyant en Dieu, ce qui est la science.

Il y a beaucoup de ces vertus-là en bas ; un jour elles seront en haut. Cette vie a un lendemain.

Dans les premiers temps, Fantine a>'ait été si honteuse qu'elle n'avait pas osé sortir.

Quand elle était dans la rue, elle devinait qu'on se retournait derrière elle et qu'on la montrait du doigt ; tout le monde la regardait et personne ne la saluait ;

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