‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 23 sur 75 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

Ce que l'amour commence ne peut être achevé que par Dieu.

Uamour vrai se désole et s'enchante pour un gant perdu ou pour un mouchoir trouvé, et il a besoin de Tétemité pour son dévouement et ses espérances. Il fe compose à la fois de l'infiniment grand et de l'inflaimeol petit.

Si TOUS êtes pierre, soyez aimant, si vous êtes plante, soyez sensitive, si vous êtes homme, soyez 2iQoar.

Rien ne suffit à l'amour. On a le bonheur, on veut paradis ; on a le paradis, on veut le ciel. 0 vous qui vous aimez, tout cela est dans l'amour.

Sachez l'y trouver. L'amour a autant que le ciel, la contemplation, et de plus que le. ciel, la volupté.

— Vient- elle encore au Luxembourg? — Non, monsieur. — C'est dans cette église qu'elle entend la messe, n'est-ce pas? — Elle n'y vient plus. — Habitet-elle toujours cette maison? — Elle est déménagée. — Où est-elle allée demeurer? — Elle ne l'a pas dit.

Quelle chose sombre de ne pas savoir l'adresse de son âme !

L'amour a des enfantillages, les autres passions ont des petitesses. Honte aux passions qui rendent l'homme petit ! Honneur à celle qui le fait enfant I

C'est une chose étrange, savez-vous cela? Je suis dans la nuit. Il y a un être qui en s'en allant a emporté le ciel.

Oh ! être couchés côte à côte dans le même tombeau la main dans la main, et de temps en temps, dans les ténèbres, nous caresser doucement un doigt, cela suffirait à mon éternité.

Vous qui souffrez parce que vous aimez, aimez plus encore. Mourir d*amour, c'est en vivre.

Aimez. Une sombre transfiguration étoilée est mêlée à ce supplice. Il y a de Textase dans Tagonie.

0 joie des oiseaux! c'est parce qu'ils ont le nid qu'ils ont le chant.

L'amour est une respiration céleste de l'air du paradis.

Cœurs profonds, esprits sages, prenez la vie comme Dieu Ta faite ; c'est une longue épreuve, une préparaùon inintelligible à la destinée inconnue. Cette destinée, la vraie, commence pour l'honmie à la première marche de l'intérieur du tombeau. Alors il lui apparaît quelque chose, et il commence à distinguer le définitif. Le définitif, songez à ce mot. Les vivants voient l'infini ; le définitif ne se laisse voir qu'aux morts. En attendant, aimez et souffrez, espérez et contemplez. Malheur, hélas! à qui n'aura aimé que des corps, des formes, des apparences! La mort lui ôtera tout. Tâchez d'aimer des •imes, vous les retrouverez.

J*ai rencontré dans la rue un jeune homme très pauvre qui ornait. Son chapeau était vieux, son habit était usé ; il avait les coudes troués ; Teau passait à travers ses souliers et les astres à travers son âme.

Quelle grande chose, être aimé! Quelle chose plus grande encore, aimer! Le cœur devient héroïque à force de passion. Il ne se compose plus de rien que de pur; il ne s'appuie plus sur rien que d'élevé et de grand. Une pensée indigne n'y peut pas plus germer qu'une ortie sur un glacier. L'âme haute et sereine, inaccessible aux passions et aux émotions vulgaires, dominant les nuées et les ombres de ce monde, les folies, les mensonges, les haines , les vanités, les misères, habite le bleu du ciel, et ne sent plus que les ébranlements profonds et souterrains de la destinée, comme le haut des montagnes sent les tremblements de terre.

S'il n'y avait pas quelqu'un qui aime, le soleil s'éteindrait.

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