‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 69 sur 75 · L*AGOME DE LA MORT APRÈS L'AGOHIE DE LA TIC · texte numérisé non relu

L*AGOME DE LA MORT APRÈS L'AGOHIE DE LA TIC

Une singularité de ce genre de guerre, c*est que Tattaque des barricades se fait presque toujours de front, et qu'en général les assaillants s'abstiennent de tourner les positions, soit qu'ils redoutent des embuscades, soit qu'ils craignent de s'engager dans des mes tortueuses. Toute l'attention des insurgés se portait donc du côté de la grande barricade qui était évidemment le point toujours menacé et où devait recommencer infailliblement la lutte. Marins pourtant songea à la petite barricade et y alla. Elle était déserte et n'était gardée que par le lampion qui tremblait entre les pavés. Du reste la ruelle Mondétour et les embranchements de la Petite -Truanderie et du Cygne étaient profondément calmes.

Gomme Marins, l'inspection faite, se retirait, il enlendit son nom prononcé faiblement dans l'obscurité :

— Monsieur Marius !*

Il* tressaillit, car il reconnut la voix qui l'avait appelé deux heures auparavant à travers la grille de la rue Plumet.

Seulement cette voix maintenant semblait n'être plas qu'un souffle.

n regarda autour de lui et ne vit personne.

Marius crut s'être trompé, et que c'était une illusion ajoutée par son esprit aux réalités extraordinaires qui se heurtaient autour de lui. Il fit un pas pour sortir de renfoncement reculé où était la barricade.

— Monsieur Marius ! répéta la voix.

Cette fois il ne pouvait douter, il avait distinctement entendu ; il regarda, et ne vit rien.

— A vos pieds, dit la voix.

n se courba et vit dans l'ombré une foi*me qui se traînait vers lui. Cela rampait sur le pavé. C'était cela qui lui parlait.

Le lampion permettait de distinguer une blouse, un pantalon de gros velours déchiré, des pieds nus, et quelque chose qui ressemblait à une mare de sang. Marius entrevit une tête pale qui se dressait vers lui et qui lui dit :

— Vous ne me reconnaissez pas ?

— Non.

— Éponine.

Marius se baissa vivement. C'était en effet cette malheureuse enfant. Elle était habillée en homme.

— Comment êtes-vous ici? que faites-vous là?

— Je meurs, lui dit-elle.

Il y a des mots et des incidents qui réveillent les êtres accablés. Marius s'écria comme en sursaut :

— Vous êtes blessée! Attendez, je vais vous porter dans la salle. On va vous panser. Est-ce grave?

comment faut-il vous prendre pour ne pas yous faire de mal? oii souffrez-vous? Du secours! mon Dieu! Mais qu'êtes-vous venue faire ici?

Et il essaya de passer son bras sous elle pour la soulever.

En la soulevant il rencontra sa main.

Elle poussa un cri faible.

— Yous ai-je fait mal? demanda Marins.

— Un peu.

— Mais je n*ai touché que votre main.

Elle leva sa main vers le regard de Marins, et Marins au milieu de cette main vit un trou noir.

— Qu'avez-vous donc à la main? dit-il.

— Elle est percée.

— Percée !

— Oui.

— De quoi ?

— D'une balle.

— Comment?

— Avez- vous vu un fusil qui vous couchait en joue?

— Oui, et une main qui l'a bouché.

— C'était la mienne.

Marins eut un frémissement.

— Quelle folie! Pauvre enfant! Mais tant mieux, si c'est cela, ce n'est rien. Laissez-moi vous porter sur un lit. On va vous panser, on ne meurt pas d'une main percée.

Elle murmura :

— La balle a traversé la main^ mais elle est sortie par le dos. C'est inutile de m'ôter d'ici. Je vais vous

(lire comment vous pouvez me panser, mieux qu'un chirurgien. Asseyez-vous près de moi sur cette pierre. Il obéit; elle posa sa tète sur les genoux de Marins, et, sans le regarder, elle dit :

— Oh I que c'est bon! Gomme on est bien ! Voilà ! Je ne souffre plus.

Elle demeura un moment en silence, puis elle tourna son visage avec effort et regarda Marins.

— Savez-vous cela, monsieur Marius? Gela me taquinait que vous entriez dans ce jardin, c'était bète, puisque c'était moi qui vous avais montré la maison, et puis enfin je devais bien me dire qu'un jeune homme comme vous. . .

Elle s'interrompit et, franchissant les sombres transitions qui étaient sans doute dans son esprit, elle reprit avec un déchirant sourire :

— Vous me trouviez laide, n'est-ce pas? Elle continua :

— Voyez-vous, vous êtes perdu ! Maintenant personne ne sortira de la barricade. G'est moi qui vous ai amené ici, tiens! Vous allez mourir, j'y compte bien. Et pourtant, quand j'ai vu qu'on vous visait, j'ai mis la main sur la bouche du canon de fusil. Gomme c'est drôle! Mais c'est que je voulais mourir avant vous. Quand j'ai reçu cette balle, je me suis traînée ici, on ne m'a pas vue, on ne m'a pas ramassée. Je vous attendais, je disais : Il ne viendra donc pas? Oh! si vous saviez, je mordais ma blouse, je souffrais tant! Maintenant je suis bien. Vous rappelez-vous le jour où je suis entrée dans votre chambre et où je me suis mirée dans

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