‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 10 sur 100 · NAPOLÉON II · texte numérisé non relu

NAPOLÉON II

XoD, ravenir n'est à personne!

Sire ! Favenir est à Dieu !

A chaque fois que Theure sonne.

Tout îcî-bas nous dit adieu.

L'avenir! l'avenir! mystère!

Tontes les choses de la terre.

Gloire, fortune militaire.

Couronne éclatante des rois.

Victoire aux ailes embrasées.

Ambitions réalisées.

Ne sont jamais sur nous posées Que comme Foi^eau sur nos toits !

Non. si puissant qu'on soit, non, qu*on rie ou qu'on pleurer. Nul De le fait parler, nul ne peut avant l'heure

Ouvrir ta froide main, 0 fantôme muet, ô notre ombre, ù notre hôte. Spectre toujours masqué qui nous suis côte à c/^t/r.

Et qu'on nomme demain !

Oh ! demain, c*est la grande chose !

De quoi demain sera-tnl fait?

L'homme aujourd'hui sème la cause.

Demain Dieu fait mûrir l'effet.

Demain, c'est l'éclair dans la voile.

C'est le nuage sur l'étoile, C'est un traître qui se dévoile, C'est le bélier qui bat les tours* C'est l'astre qui change de zone, C'est Paris qui suit fiabylone ; Demain, c'est le sapin du trône, Aujourd'hui, c'en est le velours !

Demain, c'est le cheval qui s'abat blanc d'écume. Demain, ô conquérant, c'est Moscou qui s'allume,

La nuit, comme un flambeau.

C'est votre vieille garde au loin jonchant la plaine. Demain, c'est Waterloo ! demain, c'est Sainte-Hélène !

Demain, c'est le tombeau !

Vous pouvez entrer dans les villes Au galop de votre coursier.

Dénouer les guerres civiles Avec le tranchant de l'acier; Vous pouvez, ô mon capitaine, Barrer la Tamise hautaine, Rendre la victoire incertaine Amoureuse de vos clairons, Briser toutes portes fermées.

Dépasser toutes renommées.

Donner pour astre à des armées L'étoile de vos éperons !

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Dieu garde la durée et vous laisse l'espace ; Vous pouvez sur la terre avoir toute la place, Être aussi grand qu'un front peut l'être sous le ciel ; Sire, vous pouvez prendre, à votre fantaisie, LXurope à Cbarlemagne, à Mahomet l'Asie ; — Mais tu ne prendras pas demain à l'Éternel !

t) revers! ô leçon ! — Quand Tenfant de cet homme Eut reçu pour hochet la couronne de Rome ; Lorsqu'on Teut revêtu d'un nom qui retentit ; Lorsqu'on eut bien montré son front royal qui tremble Au peuple émerveillé qu'on puisse tout ensemble £tre si grand et si petit;

tjuand son père eut pour lui garnie bien d^^ balaillf:<i>: Lormu il eut épaissi de vivantes murailli^s Autour du nouveau-né riant *ijr son *:hevet ; Quand ce granJ CMirri^rr, qi>i *Av^it eomme on ffiO'^-. Eut, a coups dr: coçn^rie* a i-ku pf»^s îut le monde Selon le «-jaj-e q^i'îi t^,'*^l;

Quand toat fat cr^c«tr4 par j^ ma*/.** p:t:>:mi-î!i'/< Pour d'-trrf lh*a:.r.j^ -rr.:*4.".î; 1k tCmr.'iiTwr* '*î#',:*:ii':.j'/! Urspion ei;t -i* ii "ijr. za^\,*^ .#-4 r-Mt. ♦ : yuand, f->-r j.q-tr 1*1 /.ar '.>- x^u'./^ a v:.",t •'

On eut enraciné bien avant dans la terre Les pieds de marbre des palais;

Lorsqu'on eut pour sa soif posé devant la France Un vase tout rempli du vin de l'espérance, — Avant qu'il eût goûté de ce poison doré. Avant que de sa lèvre il eût touché la coupe, Un cosaque survint qui prit l'enfant en croupe Et l'emporta tout effaré !

Oui, l'aigle, un soir, planait aux voûtes étemelles. Lorsqu'un grand coup de vent lui cassa les deux ailes ; Sa chute fit dans l'air un foudroyant sillon ; Tous alors sur son nid fondirent pleins de joie; Chacun selon ses dents se partagea la proie ; L'Angleterre prit l'aigle, et l'Autriche l'aiglon.

Vous savez ce qu'on fit du géant historique. Pendant six ans on vit, loin derrière l'Afrique,

Sous le verrou des rois prudents, — Oh ! n'exilons personne ! oh ! l'exil est impie ! — Cette grande figure en sa cage accroupie,

Ployée, et les genoux aux dents.

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Edcof si ce benni c'eût rieo aimé sur terre ! Xais les cceurs de lion sont les vrais cœurs de père. U aimait son fils, ce vainqueur !

Deux choses lui restaient dans sa cage inféconde. Le portrait d'un enfant et la carte du monde, ' Tout son génie et tout son cœur !

Le soir, quand son regard se perdait dans l'alcôve, Ce qui se remuait dans cette tète chauve, {'£ que son œil cherchait dans le passé profond, — Tandis que ses geôliers, sentinelles placées Pour guetter nuit et jour le vol de ses pensées. En regardaient passer les ombres sur son front ; —

Ce n'était pas toujours, sire , celie épopée Que TOUS aviez naguère écrite avec l'épée;

Aréole, Austerlitz, Montmirail; Ni l'apparition des vieilles pyramides ; •Ni le pacha du Caire et ses chevaux numides

Qui mordaient le vôtre au poitrail ;

Ce u'était pas le bruit de bombe et de mitraille Que vingt ans, sous ses pieds, avait fait la bataille

Déchaînée en noirs tourbillons, Quand son souffle poussait sur celte mer troublée Les drapeaux frissonnants, penchés dans la mêlée

Gomme les mâts des bat

Ce n'était pas Madrid, le Kremlin la diane au matin fredonnant sa

Le bivouac sommeillant dans les feux étoiles, Les dragons chevelus, les grenadiers épiques, Et les rouges lanciers fourmillant dans les piques. Gomme des fleurs de pourpre en l'épaisseur des blés ;

Non, ce qui l'occupait, c'est l'ombre blonde et rose D'un bel enfant qui dort la bouche demi-close.

Gracieux comme l'orient.

Tandis qu'avec amour sa nourrice enchantée D'une goutte de lait au bout du sein restée

Agace sa lèvre en riant.

Le père alors posait ses coudes sur sa chaise. Son cœur plein de sanglots se dégonflait à l'aise,

Il pleurait, d'amour éperdu. — Sois béni, pauvre enfant, tête aujourd'hui glacée. Seul être qui pouvais distraire sa pensée

Du trône du monde perdu !

Tous deux sont morts. — Seigneur, votre droite est terril >lo Vous avez commencé par le maître invincible,

Par l'homme triomphant.

Puis vous avez enfin complété l'ossuaire ; Dix ans vous ont suflî pour filer le suaire

Du père et de l'enfant!

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Gloire, jeunesse, orgueil, biens que la tombe emporte ! Lliomme voudrait laisser quelque chose à la porli\

Mais la mort lui dit non !

Chaque élément retourne où tout doit redescendre. Lair reprend la fumée, et la terre la cendre.

L oubli reprend le nom.

0 révolutions! j'ignore.

Moi, le moindre des matelots.

Ce que Dieu dans Tombre élalx^re

Sous le tumulte de vos flots.

La foule vous hait et vous raille.

Mais qui sait e/joimeut Dieu travail^;?

Oui sait M Troiff qui tressaille.

Si le cri des gou^'^e^ aiDerç-

Si la tr>ii*i>e aux arienieç serrer.

Si ir-^ é liirf e: ie»» tvi.ijerre%,

SrLçTir-jir, lie «• •:-! pt*- iié'>e*r»>tj/e%

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Ces chants que ton génie émiette, Tombent à la vague inquiète Qui n'a jamais rien entendu !

Ta voix s'enroue en cette brume.

Le vent disperse au loin ta pi urne, Pauvre oiseau chantant dans l'écume Sur le mât d'un vaisseau perdu !

Longue nuit ! tourmente éternelle !

Le ciel n'a pas un coin d'azur.

Hommes et choses, pêle-mêle, Vont roulant dans l'abîme obscur.

Tout dérive et s'en va sous l'onde, Rois au berceau, maîtres du monde, Le front chauve et la tête blonde, Grand et petit Napoléon !

Tout s'efface, tout se délie, Le flot sur le flot se replie.

Et la vague qui passe oublie Léviathan comme Alcyon !

Août 1833.

YI

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