‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 28 sur 100 · A MADEMOISELLE J · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE J

Passent sur moi du haut du ciel, Je vois s'envoler mes chimères Gomme des mouches éphémères Qui n*onl pas su faire de miel.

Vainement j'attise en moinnême L'amour, ce feu doux et suprême Qui brûle sur tous les trépieds, Et toute mon âme enflammée S'en va dans le ciel en fumée Ou tombe en cendre sous mes pieds .

Mon étoile a fui sous la nue.

La rose n'est plus revenue Se poser sur mon rameau noir.

Au fond de la coupe est la lie.

Au fond des rêves la folie.

Au fond de l'aurore le soir.

Toujours quelque bouche flétrie* Souvent par ma pitié nourrie.

Dans tous mes travaux m'outragea.

Aussi que de tristes pensées.

Aussi que de cordes brisées Pendent à ma lyre déjà !

Mon avril se meurt feuiiie k f<f uj]> ; Sur chaque branche que je eu«rilk Croît répine de la douleur; Toute herbe a pour moi m *;ouJ<ruxr«r ,

Et la haine monte à mon œuvre Gomme un bouc au cytise en fleur!

La nature grande et touchante, La nature qui vous enchante, Blesse mes regards attristés.

Le jour est dur, l'aube est meilleure.

Hélas ! la voix qui me dit : Pleure ! Est celle qui vous dit : Chantez!

Chantez! chantez! belle inspirée!

Saluez cette aube dorée Qui jadis aussi m'enivra.

Tout n'est pas sourire et lumière.

Quelque jour de votre paupière Peut-être une larme éclôra!

Alors je vous plaindrai, pauvre âme !

Hélas ! les larmes d'une femme, Ces larmes où tout est amer, Ces larmes où tout est sublime.

Viennent d'un plus profond abimc Que les gouttes d'eau de la mer !

1" mars 1835.

La pauvre fleur disait au papillon céleste :

— Ne fuis pas !

Vois comme nos destins sont différents. Je reste,

Tu t*en vas !

Pourtant nous nous aimons, nous vivons sans les hommes

Et loin d*eux, Et nous nous ressemblons, et Ton dit que nous sommes

Fleurs tous deux!

Mats hélas! Tair Remporte et la terre m^enchaine.

Sort cruel!

ie voudrais embaumer ton vol de mon haleine

Dans le ciel !

Mais non, tu vas trop loin! Parmi des fleurs sans nombw

Vous fuyez, Et moi je reste seule à voir tourner mon ombre

A mes pieds.

Tu fuis, puis tu reviens, puis tu t'en vas encore

Luire ailleurs.

Aussi me trouves-tu toujours à chaque aurore

Toute en pleurs !

Oh ! pour que notre amour coule des jours fidèles,

0 mon roi, Prends comme moi racine, ou donne-moi des ailes

Gomme à toi ! —

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