‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 39 sur 100 · TOI, SOIS BÉXIE A JAMAIS · texte numérisé non relu

TOI, SOIS BÉXIE A JAMAIS

Quand je leur dis Thiver sombre.

Lia faim, et les maax sans Dombre

Des petits abandoDDés,

Et qu'à peine sont-ils nés

Qu'ils s'en vont pieds nus dans Tombre;

Tandis que, silencieux.

Le groupe écoute et soupire.

Sais-tu ce que semblent dire Leurs yeux pareils à tes yeux?

— Vous qui n'avez rien sur (erre.

Venez chez nous ! pour vous plaire Nous nous empresserons tous ;

Et vous aurez comme nous Votre part de notre mère ! —

Sais-tu ce que dit mon cœur?

— Elle est indulgente et douce.

Et sa lèvre ne repousse Aucune amère liqueur.

Mère pareille à sa fille.

Elle luit dans ma famille

Sur mon front que l'ombre atteint.

Le front se ride et s'éteint,

La couronne toujours brille ! —

Au-dessus des passions, Âtt-dessus de la colère, Ton noble esprit ne sait faire Que de nobles actions.

\hi LES CHANTS DU CRÉPUSCULE.

Quand jusqu'à nous tu te penches.

C'est ainsi que tu t'épanches Sur nos cœurs que tu soumets.

D'un cygne il ne peut jamais Tomber que des plumes blanches !

18 octobre 1S35.

A MADEMOISELLE LOUISE B

L*année en s^enfuyant par Tannée est suivie. Encore une qui meurt ! Encore un pas du temps ! Encore une limite atteinte dans la vie ! Encore un sombre hiver jeté sur nos printemps !

Le temps ! les ans ! les jours ! mots que la foule ignore ! Mots profonds qu'elle croit à d'autres mots pareils ! Quand Theure tout à coup lève sa voix sonore, Combien peu de mortels écoutent ses conseils !

L*homme les use, hélas ! ces fugitives heures, En folle passion, en folle volupté.

Et croit que Dieu n'a pas fait de choses meilleures Que les chants, les banquets, le rire et la beauté.

Son temps dans les plaisirs s'en va sans qu'il y pense. Imprudent! est-il sûr de demain? d'aujourd'hui? En dépensant ses jours, sait-il ce qu'il dépense? Le nombre en est compté par un autre que lui.

A peine lui vient-il une grave pensée Quand, au sein d'un festin qui satisfait ses vœux. Ivre, il voit tout à coup de sa tête affaissée Tomber en même temps les fleurs et les cheveux ;

Quand ses projets hâtifs l'un sur l'autre s'écroulent ; Quand ses illusions meurent à son côté ; Quand il sent le niveau de ses jours qui s'écoulent Baisser rapidement comme un torrent d'été.

Alors en chancelant il s'écrie, il réclame,

Il dit : Ai-je donc bu toute cette liqueur?

Plus de vin pour ma soif! plus d'amour pour mon âme !

Qui donc vide à la fois et ma coupe et mon cœur ?

Mais rien ne lui répond. — Et triste, et le front blême, De ses débiles mains, de son souffle glacé,

A MADEMOISELLE LOUISE B. 485

Vainement il remue, en s'y cherchant lui-même, Ce tas de cendre éteint qu'on nomme le passé.

Ainsi nous allons tous. — Mais vous dont l'âme est forte, Vous dont le cœur est grand, vous dites : — Que m'importe

Si le temps fuit toujours, Et si toujours un souffle emporte quand il passe, PèlcHnêle à travers la durée et l'espace.

Les hommes et les jours ! —

Car vous avez le goût de ce qui seul peut vivre ; Sur Dante et sur Mozart, sur la note et le livre,

Votre front est courbé.

Car vous avez l'amour des choses immortelles ; Rien de ce que le temps emporte sur ses ailes

Des vôtres n'est tombé.

Quelquefois, quand l'esprit vous presse et vous réclame, Une musique en feu s'échappe de votre âme.

Musique aux chants vainqueurs, Au souffle pur, plus doux que l'aile des zéphires, Qui palpite, et qui fait vibrer comme des lyres

Les fibres de nos cœurs .

Dans ce siècle où Téclair reluit sur chaque tète, Oii le monde, jeté de tempête en tempête,

S'écrie avec frayeur.

Vous avez su vous faire, en la nuit qui redouble, Une sérénité qui traverse sans trouble

L'orage extérieur.

Soyez toujours ainsi ! l'amour d'une famille ;

Le centre autour duquel tout gravite et tout brille ;

La sœur qui nous défend ; Prodigue d'indulgence et de blâme économe ; Femme au cœur grave et doux ; sérieuse avec l'homme.

Folâtre avec l'enfant!

Car pour garder toujours la beauté de son âme,

Pour se remplir le cœur, riche ou pauvre, homme ou femn

De pensers bienveillants, Vous avez ce qu'on peut, après Dieu, sur la terre, Contempler de plus saint et de plus salutaire,

Un père en cheveux blancs !

31 décembre 1831.

A MADEMOISELLE LOUISE B

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