DIEU EST TOUJOURS LA. J
Il entend dans le chêne énorme Rire les oiseaux querelleurs.
Dans l'onde il mire son visage ; Tout lui parle ; adieu son ennui L Le buisson Tarrête au passage, Et le caillou joue avec lui.
Le soir, point d*hôtesse cruelle Qui Taccueille d'un front hagard.
Il trouve rétoile si belle Qu'il s'endort à son doux regard.
— Oh ! qu'en donnant rien ne t'oppresse ! Dieu sera là pour ton réveil ! — La lune vient qui le caresse Plus doucement que le soleil.
Car elle a de plus molles trêves Pour nos travaux et nos douleurs.
Elle fait éclore les réve«.
Lui ne fait naître que les fleurs!
Oh ! quand la fauvette dérobe Son nid sous les rameaux pf:nchant^, Lorsqu'au soleil séchant <^a rob^; Mai tout mouillé ht dans b:^ cUnfUf}^^
J'ai souvent pensé dan^ mf:^ v^'aIU-a Que la nature au front ^a^.ré
Dédiait tout bas ses merveilles A ceux qui l'hiver ont pleuré.
Pour tous et pour le méchant même Elle, est bonne, Dieu le permet, Dieu le veut, mais surtout elle aime Le pauvre que Jésus aimait.
Toujours sereine et pacifique, Elle offre à l'auguste indigent Des dons de reine magnifique, Des soins d'esclave intelligent.
Â-t-il faim? au fruit de la branche Elle dit : — Tombe, ô fruit vermeil ! A-t-il soif? — Que l'onde s'épanche !
A-t-il froid? — Lève-toi, soleil !
Mais hélas ! juillet fait sa gerbe ; L'été, lentement effacé.
Tombe feuille à feuille dans l'herbe Et jour à jour dans le passé.
Puis octobre perd sa dorure;
Et les bois dans les lointains bleus
DIEU EST TOUJOrUS LA. $n.
CouTrent de leur n»uss^ fciiiTure L*épaule des coteaux frileux,
L*hiver des nuages sans nombre Sort, et chasse Télé du ciel.
Pareil au temps, ce faucheur sombre Qui suit le semeur étemel.
Le pauvre alors s^efTraye et prie.
L'hiver, hélas, c'est Dieu qui dort.
Cest la faim livide et maigrie Qui tremble auprès du foyer mort.
Il croit voir une main de marbre Qui, mutilant le jour obscur.
Retire tous les fruits de Tarbrc Et tous les rayons de Tazur.
D pleure, la nature est morUt !
0 rude hiver! 6 dure loi!
Soudain un ange ou%Te *^a jM/ri/* Et dit en w>uriafjt : C*^*^i woV,
Cet ange qui àhhu*: *A '^vi ir*-*'.»;,»** , Ceci rauniôwr nui }'•u^ ci* Cvvimv»
Au front cre'Jui*r. *-! ';a »*'>o.*:iî */,4 A la f:»L dî^uî K'Xx^. *< u h>-u»
Oui M: re*^*']!** fini i* y m»
Quand la nature est rendormie, Et que Dieu m*a dit : À ton tour !
« Je viens visiter ta chaumière
Veuve de Tété si charmant.
Je suis fille de la prière.
J'ai des mains qu'on ouvre aisément.
« J'accours, car la saison est dure.
J'accours, car l'indigent a froid.
J'accours, car la tiède verdure Ne fait plus d'ombre sur le toit.
« Je prie, et jamais je n'ordonne.
Chère à tout homme quel qu'il soit, Je laisse la joie à qui donne Et je l'apporte à qui reçoit. » *
0 figure auguste et modeste.
Où le Seigneur mêla pour nous Ce que l'ange a de plus céleste.
Ce que la femme a de plus doux!
Au lit du vieillard solitaire
Elle penche un front gracieux.
Et rien n'est plus beau sur la terre
Et rien n'est plus grand sous les cieux
Lorsque, réchauffant leurs poitrines Entre ses genoux triomphants,
DIEU EST TOUJOURS LA. t57
Elle tient dans ses mains divines Les pieds nus des petits enfants !
Elle va dans chaque masure, Laissant au pauvre réjoui Le vin, le pain frais, l'huile pure.
Et le courage épanoui.
Et le feu ! le beau feu folâtre , A la pourpre ardente pareil.
Qui fait qu'amené devant Fâtre L'aveugle croit rire au soleil !
Puis elle cherche au coin des bornes.
Transis par la froide vapeur,
Ces enfants qu'on voit nus et mornes Et se mourant avec stupeur.
Oh ! voilà surtout ceux qu'elle aime ! Faibles fronts dans l'ombre engloutis !
Parés d'un triple diadème.
Innocents, pauvres et petits!
Ds sont meilleurs que nous ne sommes ! Elle leur donne en même temps, Avec le pain qu'il faut aux hommes, Le baiser qu'il faut aux enfants.
Tandis que leur faim secourue Mange ce pain de pleurs noyé,
Elle étend sur eux dans la rue Son bras des passants coudoyé. •
Et si, le front dans la lumière, Un riche passe en ce moment, Par le bord de sa robe altière Elle le tire doucement.
Puis pour eux elle prie encore La grande foule au cœur étroit, La foule qui, dès qu'on Timplore, S'en va comme l'eau qui décroît.
« Oh ! malheureux celui qui chante Un chant joyeux, peut-être impur.
Pendant que la bise m^échante Mord un pauvre enfant sous son mur*
— <c Oh ! la chose triste et fatale, Lorsque chez le riche hautain Un grand feu tremble dans la salle.
Reflété par un grand festin,
« De voir, quand l'orgie enrouée Dans la pourpre s'égaye et rit, A peine une toile trouée Sur les membres de Jésus-Christ!
« Oh ! donnez-moi pour que je donne ! J'ai des oiseaux nus dans mon nid.
D'enfants qu'on a îr:»:r«^és en larrïîes Et qu'on t Uiîsés >;--jriinî.
€ Les biens que je donne à «jui m'aiaîo» Janiais Dieu ne les relira.
L'or que sur le pauvre je sème Pour le riche au ciel germera ! >
Oh ! que Tété brille ou s*éteigne.
Pauvres, ne désespérez pas I
Le Dieu qui souffrit et qui règne A mis ses pieds où sont vos pas !
Pour vous couvrir il se dépouille ; Bon même pour rhomme fatal Qui, comme l'airain dans la rouille.
Va s'endurcissant dans le mal!
Tendre, même en buvant Tabsinthe, Pour l'impie au regard obscur Qui l'insulte sans plus de crainte Qu'un passant qui raye un vieux mur!
Ils ont beau traîner sur les claies Ce Dieu mort dans leur abandon ; Ils ne font couler de ses plaies Qu'un intarissable pardon.
n n'est pas l'aigle altier qui vole,
Ni le grand lion ravisseur ;
Il compose son auréole
D'une lumineuse douceur. ^
Quand sur nous une chaîne tombe, Il la brise anneau par anneau.
Pour l'esprit il se fait colombe, Pour le cœur il se fait agneau.
Vous pour qui la vie est mauvaise.
Espérez! il veille sur vous.