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depais Adam et Eve, la paternité, la maternité. Enfin» il relèTerait partoat la dignité de la créature humaine en faisant roir qu'au fond de tout homme, si désespéré et si l>erdu qu'il soit. Dieu a mis une étincelle qu*un souffle d'en haut peut toujours raviver, que la cendre ne cache point, que la fange même n'éteint pas, — Tâme.
Dans ses poèmes il mettrait les conseils au temps présent, les esquisses rêveuses de Tavenir; le reflet, tantôt éblouissant, tantôt sinistre, des événements contemporains ; les panthéons, les tombeaux, les ruines, les souvenirs; la charité pour les pauvres, la tendresse pour les misérables ; les saisons, le soleil, les champs, la mer, les montagnes; les coups d*œil furtifs dans le sanctuaire de Tâme où l'on aperçoit sur un autel mystérieux, comme par la porte entr'ouverte d'une chapelle, toutes ces belles urnes d or, la foi, Tespérance, la poésie, Tamour ; enfin il y mettrait cette profonde peinture du moi qui est peutêtre Tœuvre la plus large, la plus générale et la plus universelle qu'un penseur puisse faire.
Comme tous les poètes qui méditent et qui superposent constamment leur esprit à l'univers, il laisserait rayonner, à travers toutes ses créations, poèmes ou drames, la splendeur de la création de Dieu. On entendrait les oiM*au^ chanter dans ses tragédies; on verrait Thomme soulTrir dans ses paysages. Rien de plus divers en npparenre i|ue ses poèmes; au fond rien de plus un et de plus roliért*nt. Son œuvre, prise dans sa syntlnSe, n'svmhinail à la terre ; des productions de toute sorte, um» wmiIi* idfe première pour toutes les conceptions, d(»s fl^Mir*» tli» loule espèce, une même sève pour toutes les racines.
Il aurait le culte de la conscience comme Juyénal, lequel sentait jour et nuit « un témoin en lui-même », nocu dieque suum gestare in pectore testem; le culte de la pensée comme Dante, qui nomme les damnés « ceux qui ne pensent plus )>, le gente dolorose ch'anno perduto il ben fiel intelletto; le culte de la nature comme saint Augustin, qui, sans crainte d'être déclaré panthéiste, appelle le ciel « une créature intelligente », Cœlum cœli creatura est cliqua intellectualisa
Et ce que ferait ainsi, dans l'ensemble de son œuvre, avec tous ses drames, avec toutes ses poésies, avec toutes ses pensées amoncelées, ce poète, ce philosophe, cet esprit, ce serait, disons-le ici, la grande épopée mystérieuse dont nous avons tous chacun un chant en nous-mêmes, dont Milton a écrit le prologue et Byron l'épilogue : le Poëme de l'Homme.
Cette vie imposante de l'artiste civilisateur, ce vaste travail de philosophie et d'harmonie, cet idéal du poème et du poète, tout penseur a le droit de se les proposer comme but, comme ambition, comme principe et comme fin. L'auteur l'a déjà dit ailleurs et plus d'une fois, il est un de ceux qui tentent, et qui tentent avec persévérance, conscience et loyauté. Rien de plus. Il ne laisse pas aller au hasard ce qu'on veut bien appeler son inspiration. Il se tourne constamment vers l'homme, vers la nature ou vers Dieu. A chaque ouvrage nouveau qu'il met au jour, il soulève un coin du voile qui cache sa pensée ; et déjà peut-être les esprits attentifs aperçoivent-ils quelque unité * dans cette collection d'œuvres au premier aspect isolées et divergentes.
L'auteur pense que tout poète véritable, indépendamment des pensées qui lui viennent de son organisation propre et des pensées qui lui viennent de la vérité éternelle, doit contenir la somme des idées de son temps.
Quant à cette poésie qu'il publie aujourd'hui, il en parlera peu. Ce qu'il voudrait qu'elle fût, il vient de le dire dans les pages qui précèdent; ce qu'elle est, le lecteur rappréciera.
On trouvera dans ce volume, à quelques nuances près, la même manière de voir les faits et les hommes que dans les trois volumes de poésie qui le précèdent immédiatement et qui appartiennent à la seconde période de la pensée de Tauteur, publiés, l'un en 1831, l'autre en 1835, et le dernier en 1837. Ce livre les continue. Seulement, dans les Rayons et les Ombres^ peut-être l'horizon est-il plus élargi, le ciel plus bleu, le calme plus profond.
Plusieurs pièces de ce volume montreront au lecteur que l'auteur n'est pas infidèle à la mission qu'il s'était assignée & lui-même dans le prélude des Voix intérieures :
Pierre à pierre, en soDgeant aux croyances éteintes, Sons la société qui tremble à tous les vents Le penseur reconstruit ces deux colonnes saintes, Le respect des Tîeillards et l*amour des enfants.
Pour ce qui est des questions de style et de forme, il n*en parlera point. Les personnes qui veulent bien lire ce qu*il écrit savent depuis longtemps que, s*il admet quelquefois, en de certains cas, le vague et le demi-jour dans la pensée, il les admet plus rarement dans l^xprosnion. Sans méconnaître la grande poésie du >ord rf*pr^'Sf!nf/'e
en France même par d'admirables poètes, il a toujours eu un goût yif pour la forme méridionale et précise. 11 aime le soleil. La Bible est son livre. Virgile et Dante sont ses divins maîtres. Toute son enfance, à lui poète, n'a été qu'une longue rêverie mêlée d*études exactes. C'est cette enfance qui a fait son esprit ce qu'il est. Il n'y a d'ailleurs aucune incompatibilité entre Fexact et le poétique. Le nombre est dans Fart comme dans la science. L'algèbre est dans l'astronomie, et Tastronomie touche à la poésie ; l'algèbre est dans la musique, et la musique touche à la poésie.
L'esprit de l'homme a trois cleCs qui ouvrent tout : le cliifTre, la lettre, la note.
Savoir, penser, rêver. Tout est là.
4 mai 1810.