‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 78 sur 100 · CE QUI SE PASSAIT AUX FEUILLANTINES · texte numérisé non relu

CE QUI SE PASSAIT AUX FEUILLANTINES

LfOrsque cet homme entra, je jouais au jardin, Et rien qu*en le voyant je m'arrêtai soudain.

C'était* le principal d*un collège quelconque.

Les tritons que Coypel groupe autour d'une conque.

Les faunes que Watteau dans les bois fourvoya,

Les sorciers de Rembrandt, les gnomes de Goya,

Les diables variés, vrais cauchemars de moine.

Dont Gailot en riant taquine saint Antoine,

Sont laids, mais sont charmants ; difformes, mais remplis

D*un feu qui de leur face anime tous les plis

Et parfois dans leurs yeux jette un éclair rapide.

— Notre homme était fort laid, mais il était stupide.

Pardon, j'en parle encor comme un franc écolier. Cest mal. Ce que j'ai dit, tâchez de Toublier; Car de votre âge heureux, qu'un pédant embarrasse, J'ai gardé la colère et j'ai perdu la grâce.

Cet homme chauve et noir, très effrayant pour moi, Et dont ma mère aus$i d'abord eut quelque effroi. Tout en multipliant les humbles -attitudes. Apportait des avis et des sollicitudes.

— Que l'enfant n'était pas dirigé ; — que parfois 11 emportait son livre en rêvant dans les bois ;

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Qu*il croissait au hasard dans cette solitude ; Qu'on devait y songer ; que la sévère étude Était fiUe de Fombre et des cloîtres profonds ; Qu'une lampe pendue à de sombres plafonds. Qui de cent écoliers guide la plume agile, Éclairait mieux Horace et Catulle et Virgile, Et versait à l'esprit des rayons bien meilleurs Que le soleil qui joue à travers l'arbre en fleurs. Et qu'enfin il fallait aux enfants, — loin des mères, — Le joug, le dur travail et les larmes amères. Là-dessus, le collège, aimable et triomphant. Avec un doux sourire ofirait au jeune enfant Ivre de liberté, d'air, de joie et de roses, Ses bancs de chêne noirs, ses longs dortoirs moroses. Ses salles qu'on verrouille et qu'à tous leurs piliers Sculpte avec un vieux clou l'ennui des écoliers. Ses magisters qui font, parmi les paperasses. Manger l'heure du jeu par les pensums voraces. Et, sans eau, sans gazon, sans arbres, sans fruits mûrs. Sa grande cour pavée entre quatre grands murs.

L'homme congédié, de ses discours frappée.

Ma mère demeura triste et préoccupée.

Que faire? que vouloir? qui donc avait raison.

Ou le morne collège, ou l'heureuse maison?

Qui sait mieux de la vie accomplir l'œuvre austère.

L'écolier turbulent, ou l'enfant solitaire?

Problèmes ! questions ! elle hésitait beaucoup.

L'affaire était bien grave. Humble femme après tout,

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Ame par le destin, aoa pjir Iiis iivn?s ùuu

De quel froat repoasvser ee trtupipie pnrcîl'eti?.

Au ton si magistril. aoi ^ste* si certiiins^

Qui lui parlait an nom des ♦jftees et de< Luns?

Le prêtre était savant sans doute; imiis. «jue sais-je?

Appreod-OQ par le miiitre ou biea pîir le eolit:î:je?

Et puis enân, — S43u^eni: àhiài nous trioa2r:îioasL —

L*homine le plus vuLriiire a de CTaa»fs in«:'ts ppotuads :

— c n est ûniispeasafcte !. — il LM}avieat ! — il importe T »

Qui troubleot queI«:piefoi:s la. femme Li pîus tVirte.

Pauvre mère? le^^uel eh.«Hsir deî> deux <!h.»^aiiûs?

Tout le sort de soa dis se pesait dans ses mains.

Tremblante, elle tenait cette lourde balan<*e.

El croyait bien la voir par moments en siieQ<:e

Pencher vers le eoUé:^e, htïlas! en opposant -

Mon bonheur à venir à mon bonheur présent.

Die songeait ainsi sans sommeil et sans trêve.

Cétait Télé; vers l'heure où la lune se levé. Par un de ces beaux s^jîrs qui ressemblent au jour Avec moins de clarté, mais avec plus d'amour. Dans son parc, où jouaient le rayon et la brise. Elle errait, toujours triste et toujours indécise, Questionnant tout bas Feau, le ciel, la foKt, Ecoutant au hasapj les voix qu'elle entendrait.

Cest dans ces moments-là que le jardin paisible,

La broussaille où remue un insecte invisible,

Le scarabée ami des feuilles, le lézard

Gourant au clair de lune au fond du vieux puisard,

La faïence à fleur bleue où vit la plante grasse,

Le dôme oriental du sombre Val-de-Grâce,

Le cloître du couvent, brisé, mais doux encor.

Les marronniers, la verte allée aux boutons d*or,

La statue où sans bruit se meut l'ombre des branches.

Les pâles liserons, les pâquerettes blanches,

Les cent fleurs du buisson, de Tarbre, du roseau.

Qui rendent en parfums ses chansons à Toiseau,

Se mirent dans la mare ou se cachent dans Therbe,

Ou qui, de l'ébénier chargeant le front superbe.

Au bord des clairs étangs se mêlant au bouleau.

Tremblent en grappes d'or dans les moires de l'eau.

Et le ciel scintillant derrière les ramées.

Et les toits répandant de charmantes fumées.

C'est dans ces moments-là, comme je vous le dis.

Que tout ce beau jardin, radieux paradis.

Tous ces vieux murs croulants, toutes ces jeunes roses,

Tous ces objets pensifs, toutes ces douces choses.

Parlèrent à ma mère avec l'onde et le veut,

Et lui dirent tout bas : — « Laisse-nous cet enfant!

« Laisse-nous cet enfant, pauvre mère troublée ! Cette prunelle ardente, ingénue, étoilée.

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