‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 79 sur 100 · CE QUI SB PASSAIT AUX FEUILLANTINES · texte numérisé non relu

CE QUI SB PASSAIT AUX FEUILLANTINES

Cette tète au front pur qu'aucun deuil ne voila,

Cette âme neuve encor, mère, laisse-nous-la !

Ne va pas la jeter au hasard dans la foule.

La foule est un torrent qui brise ce qu'il roule.

Ainsi que les oiseaux les enfants ont leurs peurs.

Laisse à notre air limpide, à nos moites vapeurs,

A nos soupirs, légers comme l'aile d'un songe.

Cette bouche où jamais n'a passé le mensonge,

Ce sourire naïf que sa candeur défend !

0 mère au cœur profond, laisse-nous cet enfant !

Nous ne lui donnerons que de bonnes pensées ;

Xous changerons en jour ses lueurs commencées ;

Dieu deviendra visible à ses yeux enchantés ;

Car nous sommes les fleurs, les rameaux, les clartés,

Nous sommes la nature et la source étemelle

Où toute soif s'épanche, où se lave toute aile;

Et les bois et les champs, du sage seul compris,

Font l'éducation de tous les grands esprits !

Laisse croître l'enfant parmi nos bruits sublime:^.

Nous le pénétrerons de ces parfums intimes.

Nés du souffle céleste épars dans tout beau lieu,

Qui font sortir de Thomme et monter jusqu*à Dieu,

Comme le chant d'un luth, comme l'encens d'un va^fr.

L'espérance, l'amour, la prière et Texlase î

Nous pencherons ses yeux vers Fombre d'û;i-ba.i.

Vers le secret de tout entrouvert sous ses pas,

D*enfant nous le ferons homme, et d'hom^ne pf>^:lfg.

Pour former de ses sens la corolle inquiète.

C'est nous qu'il faut choi.^ir; et nous lui montrerons

Comment, de Faub;^ an soir, du chr^ne aux mourin-Tons,

Emplissant tout, reflets, couleurs, brumes, haleines,

La vie aux mille aspects rit dans les vertes plaines.

Nous te le rendrons simple et des cieux ébloui ;

Et nous ferons germer de toutes parts en lui

Pour rhonime , triste effet perdu sous tant de causes.

Cette pitié qui naît du spectacle des choses !

Laisse-nous cet enfant I nous lui ferons un cœur

Qui comprendra la femme ; un esprit non moqueur.

Où naîtront aisément le songe et la chimère.

Qui prendra Dieu pour livre et les champs pour grammain

Une âme, pur foyer de secrètes faveurs,

Qui luira doucement sur tous les fronts rêveurs.

Et, comme le soleil dans les fleurs fécondées.

Jettera des rayons sur toutes les idées ! »

Ainsi parlaient, à l'heure où la ville se (ait. L'astre, la plante et l'arbre, — et ma mère écoutait.

Enfants ! ont-ils tenu leur promesse sacrée ? Je ne sais. Mais je sais que ma mère adorée Les crut, et, m'épargnant d'ennuyeuses prisons. Confia ma jeune âme à leurs douces leçons.

Dès lors, en attendant la nuit, heure où l'étude Rappelait ma pensée à sa grave attitude. Tout \e jour, libre, heureux, seul sous le firmament, Je pus errer à l'aise en ce jardin charmant.

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