‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 80 sur 100 · CB QUI SE PASSAIT AUX FEUILLANTINES · texte numérisé non relu

CB QUI SE PASSAIT AUX FEUILLANTINES

Contemplant les fruits d'or, l'eau rapide ou stagnante, L*é toile épanouie et la fleur rayonnante. Et les prés et les bois, que mon esprit le soir Revoyait dans Virgile ainsi qu'en un miroir.

Enfants! aimez les champs, les vallons, les fontaines,

Les chemins que le soir emplit de voix lointaines,

Et l'onde et le sillon, flanc jamais assoupi.

Où germe la pensée à côté de l'épi.

Prene^vous par la main et marchez dans les herbes ;

Regardez ceux qui vont liant les blondes gerbes ;

Épelez dans le ciel plein de lettres de feu,

Et, quand un oiseau chante, écoutez parler Dieu.

La vie avec le choc des passions contraires

Vous attend ; soyez bons, soyez vrais, soyez frères ;

Unis contre le monde où l'esprit se corrompt.

Lisez au même livre en vous touchant du front,

Et n'oubliez jamais que l'âme humble et choisie

Faite pour la lumière et pour la poésie.

Que les cœurs où Dieu met des échos sérieux

Pour tous les bruits qu'anime un sens mystérieux.

Dans un cri, dans un son, dans un vague murmure,

Entendent les conseils de toute la nature !

Mai 1839.

Ce n'est rien sans Fesprit, c'est tout avec l'idée ! Il faut que, sous le ciel, de soleil inondée. Debout sous les flambeaux d'un grand temple doré , Ou seule avec la nuit dans un antre sacré. Au fond des bois dormants comme au seuil d'un théâtre. La figure de pierre, ou de cuivre, ou d'albâtre, Porte divinement sur son front calme et fier La beauté, ce rayon, la gloire, cet éclair!

Il faut qu'un souille ardent lui gonfle la narine, Que la force puissante emplisse sa poitrine. Que la grâce en riant ait arrondi ses doigts. Que sa bouche muette ait pourtant une voix ! Il faut qu'elle soit grave et pour les mains glacée Mais, pour les yeux vivante, et, devant la pensée, Devant le pur regard de l'âme et du ciel bleu. Nue avec majesté comme Adam devant Dieu ! Il faut que, Vénus chaste, elle sorte de l'onde. Semant au loin la vie et l'amour sur le monde. Et faisant autour d'elle, en son superbe essor. Partout où s'éparpille et tombe en gouttes d'or L'eau de ses longs cheveux, humide et sacré voile, De toute herbe une fleur, de tout œil une étoile ! Il faut, si l'art chrétien anime le sculpteur. Qu'avec le même charme elle ait plus de hauteur; Qu'âme ailée, elle rie et de Satan se joue ; Que, martyre, elle chante à côté de la roue ; Ou que, vierge divine, astre du goufl're amer. Son regard soit si doux qu'il apaise la mer!

Voilà ce que lu sais, 6 noble statuaire I Toi qui dans l'art profond, comme en un snnrtuniro, Entras bien jeune encor pour n'en sortir jamais ! Esprit, qui, te posant sur les plus purs sommets, Pour créer ta grande œuvre, où sont tant d'harmonies, Pris de la flamme au front de tous les fiers génies ! Voilà ce que tu sais, toi qui sens, loi qui vois I Maître sévère et doux qu'éclairent à la fois, Comme un double rayon qui jette un jour étranges Le jeune Raphaël et le vieux Michel-Ange ! Et tu sais bien aussi quel souffle inspira l^Mir Parfois, comme un vent sombre, emporte le sculpteur, Ame dans Isaîe et Phidias trempée.

De l'ode étroite et haute à l'immense épopée !

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Les grands hiîmmeH, h^ros ou p^n-j^-ur^, — ^I^mïm-'Immu' Tour à tour ^ur Ut p*Mi(J#* onf pîM</î M'fi»*'>v, Les uns armés «fim /î;tr »• ♦•> Um Hiiir*'^ 'l*.wi lyn* Ceux-ci montrant -lu <lfir/î Ut p>mi*' qii .1 fitni 'n\ ••'•

Ceux-là forçant la cause à sortir de l'effet ;

L'artiste ayant un rêve et le savant un fait;

L'un a trouvé l'aimant, la presse, la boussole,

L'autre un monde où l'on va, l'autre un vers qui console

Ce roi, juste et profond, pour l'aider en chemin,

 pris la liberté franchement par la main ;

Ces tribuns ont forgé des freins aux républiques ;

Ce prêtre, fondateur d'hospices angéliques,

Sous son toit, que réchauffé une haleine de Dieu,

A pris l'enfant sans mère et le vieillard sans feu ;

Ce mage, dont l'esprit réfléchit les étoiles,

D'Isis l'un après l'autre a levé tous les voiles ;

Ce juge, aboUssant l'infâme tombereau,

A raturé le code à l'endroit du bourreau ;

Ensemençant, malgré les clameurs insensées.

D'écoles les hameaux et les cœurs de pensées.

Pour nous rendre meilleurs ce vrai sage est venu;

En de graves instants cet autre a contenu,

Sous ses puissantes mains à la foule imposées.

Le peuple, grand faiseur de couronnes brisées;

D'autres ont traversé sur un pont chancelant,

Sur la mine qu'un fort recelait dans son flanc.

Sur la brèche par où s'écroule une muraille.

Un horrible ouragan de flamme et de mitraille;

Dans un siècle de haine, âge impie et moqueur,

Ceux-là, poètes saints, ont fait entendre en chœur,

Aux sombres nations que la discorde pousse.

Des champs et des forêts la voix auguste et douce ;

Car l'hymne universel éteint les passions;

Car c'est surtout aux jours des révolutions.

Morne et brûlant désert où l^homme s'aventure,

Que l'art se désaltère à ta source, ô nature !

Tous ces hommes, cœurs purs, esprits de vérité,

Fronts où se résuma toute l'humanité,

Rêveurs ou rayonnants, sont debout dans l'histoire ,

Et tous ont leur martyre auprès de leur victoire.

La vertu, c'est un livre austère et triomphant

Ou tout père doit faire épeler son enfant;

Chaque homme illustre, ayant quelque divine empreinte.

De ce grand alphabet est une lettre sainte.

Sous leurs pieds sont groupés leurs symboles sacrée.

Astres, IjTes, compas, lions démesurés,

Aigles à l'œil de flamme, aux vastes envergure?;.

— Le sculpteur ébloui contemple ces figure^;! —

Il songe à la patrie, aux tombeaux solennels.

Aux cités à remplir d'exemples étemel.^ ;

El voici que déjà, vi>îon magnifique l

Mollemenl éclairées d'un retlet panifiqu*"*.

Grandissant hors du sol de moment en moment.

De vagues bas-reliels charprés (*onfusémt*nt.

Au fond de S4)n esprit, que la p**nsé*> eneonihn»,

Le*^ énormes frontons apparaissent dans l'ombre!

L «'*diliee s'ébau<*hp ri i'«pn\r«* >^* «on^triHt '^

C'est là ce qui se passe en ta grande âme émue Quand tout un panthéon ténébreux s'y remue? C'est ainsi, n'est-ce pas, ô maître? que s'unit L'homme à l'architecture et l'idée au granit? Oh ! qu'en ces instants-là ta fonction est haute ! Au seuil de ton fronton tu reçois comme un hôte Ces hommes plus qu'humains. Sur un bloc de Paros Tu t'assieds face à face avec tous ces héros. Et là, devant tes yeux qui jamais ne défaillent, Ces ombres, qui seront bronze et marbre, tressaillent. L'avenir est à toi, ce but de tous leurs vœux. Et tu peux le donner, ô maître, à qui tu veux ! Toi, répandant sur tous ton équité complète, Prêtre autant que sculpteur, juge autant que poëte, Accueillant celui-ci, rejetant celui-là.

Louant Napoléon, gourmandant Attila, Parfois grandissant l'un par le contact de l'autre, Dérangeant le guerrier pour mieux placer l'apôtre. Tu fais des dieux ! — tu dis, abaissant ta hauteur. Au pauvre vieux soldat, à l'humble vieux pasteur : — Entrez; je vous connais. Vos couronnes sont prêtes. Et tu dis à des rois : — Je ne sais qui vous êtes.

Car il ne suffit point d'avoir été des rois. D'avoir porté le sceptre, et le globe, et la croix,

Pour que le fier poète et l'altier statuaire

Éloîlent dans sa nuit votre drap mortuaire,

El des hauts panthéons vous ouvrent les chemins !

C'est vousHnêmes, ô rois, qui de vos propres mains Bâtissez sur vos noms ou la gloire ou la honte ! Ce que nous avons fait tôt ou tard nous raconte. On peut vaincre le monde, avoir un peuple, agir Sur un siècle, guérir sa plaie ou l'élargir, — Lorsque vos missions seront enfin remplies, Des choses qu'ici-bas vous aurez accomplies Une voix sortira, voix de haine ou d'amour. Sombre comme le bruit du verrou dans la tour. Ou douce comme un chant dans le nid des colombes. Qui fera remuer la pierre de vos tombes. Cette voix, l'avenir, grave et fatal témoin, Est d'avance penché qui l'écoute de loin. Et là, point de caresse et point de flatterie, Point de bouche à mentir façonnée et nourrie. Pas d'hosanna payé, pas d'écho complaisant Changeant la plainte amère en cri reconnaissant. Non, les vices hideux, les trahisons, les crimes. Comme les dévouements et les vertus sublimes. Portent un témoignage intègre et souverain. Les actions qu'on fait ont des lèvres d'airain.

Que sur ton atelier, maître, un rayon demeure !

Là, le silence, l'art, l'étude oubliant l'heure.

Dans l'ombre les essais que tu répudias,

D'un côté Jean Goujon, de l'autre Phidias,

Des pierres, de pensée à demi revêtues.

Un tumulte muet d'immobiles statues.

Les bustes méditant dans les coins assombris.

Je ne sais quelle paix qui tombe des lambris.

Tout est grand, tout est beau, tout charme et tout domine.

Toi qu'à l'intérieur l'art divin illumine,

Tu regardes passer, grave et sans dire un mot.

Dans ton âme tranquille où le jour vient d'en haut.

Tous les nobles aspects de la figure humaine.

Gomme dans une église à pas lents se promène

Un grand peuple pensif auquel un dieu sourit,

Ges fantômes sereins marchent dans ton esprit.

Ils errent à travers tes rêves poétiques

Faits d'ombre et de lueurs et de vagues portiques,

Parfois palais vermeil, parfois tombeau dormant.

Secrète architecture, immense entassement.

Qui, jetant des rumeurs joyeuses ou plaintives.

De ta grande pensée emplit les perspectives.

Gar l'antique Babel n'est pas morte, et revit

Sous le front des songeurs. Dans ta tète, ô David !

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