‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 94 sur 100 · QUE LA MUSIQUE DATE DU XVI* SIÈCLE · texte numérisé non relu

QUE LA MUSIQUE DATE DU XVI* SIÈCLE

Comme un voile folâtre autour d'un divin groupe,

Ces dentelles du son que le fifre découpe.

Ciel ! voilà le clairon qui sonne. A cette voix,

Tout s'éveiUe en sursaut, tout bondit à la fois.

La caisse aux mille échos, battant ses flancs énormes,

Fait hurler le troupeau des instruments diflbrmes.

Et Tair s'emplit d'accords furieux et sifflants

Que les serpents de cuivre ont tordus dans leurs flancs.

Vaste tumulte où passe un hautbois qui soupire !

Soudain du haut en bas le rideau se déchire ;

Plus sombre et plus vivante à l'œil qu'une forêt.

Toute la symphonie en un hymne apparaît.

Puis, comme en un chaos qui reprendrait un monde,

Tout se perd dans les plis d'une brume profonde.

Chaque forme du chant passe en disant : Assez !

Les sons étincelants s'éteignent dispersés.

Une nuit qui répand ses vapeurs agrandies

Eflace le contour des vagues mélodies.

Telles que des esquifs dont l'eau couvre les mâts ;

Et la strette, jetant sur leur confus amas

Ses tremblantes lueurs largement étalées.

Retombe dans cette ombre en grappes étoilées.

0 concert qui s'envole en flamme à tous les vents ! Gouffre où le crescendo gonfle ses flots mouvants ! Comme l'âme s'émeut! comme les cœurs écoutent! Et comme cet archet d'où les notes dégouttent, Tantôt dans la lumière et tantôt dans la nuit. Remue avec fierté cet orage de bruit !

Puissant Palestrina, vieux maître, vieux génie,

Je vous salue ici, père de Tbarmonie,

Car, ainsi qu'un grand fleuve où boivent les humains.

Toute cette musique a coulé de vos mains!

Car Gluck et Beethoven, rameaux sous qui l'on rêve.

Sont nés de votre souche et faits de votre sève !

Car Mozart, votre fils, a pris sur vos autels

Cette nouvelle lyre inconnue aux mortels.

Plus tremblante que l'herbe au souffle des aurores.

Née au seizième siècle entre vos doigts sonores !

Car, maître, c'est à vous que tous nos soupirs vont

Sitôt qu'une voix chante et qu'une âme répond!

Oh ! ce maître, pareil au créateur qui fonde, Comment fit-il jaillir de sa tète profonde Cet univers de sons, doux et sombre à la fois, Écho du Dieu caché dont le monde est la voix? Où ce jeune homme, enfant de la blonde Italie, Prit-il cette âme immense et jusqu'aux bords remplie? Quel souffle, quel travail, quelle intuition. Fit de lui ce géant, dieu de l'émotion. Vers qui se tourne l'œil qui pleure et qui s'essuie. Sur qui tout un côté du cœur humain s'appuie? D'où lui vient cette voix qu'on écoute à genoux? Et qui donc verse en lui ce qu'il reverse en nous?

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