I-A REINE
Quoi? que dis-tu? Perds-tu la raison? Est-ce que lu me trompais aussi, toi? Ah! c'est ce Gilbert que tu aimes! Ëhbicn, que m'importe?
.Madame, par pitié! madame, au nom du ciel! madame, par voire couronne, par votre mère, par les anges! Gilbert! Gilbert! cela me rend folle! Madame, sauvez Gilbert! Cet homme, c'est ma vie; cet homme.
JOCRNËB III. - LEtJUEL UES DEUX? ST)
r'<-l mon miiri; cet Iiomiim... je viens ilc vous dire qu'il a (ont fait pour moi, qu'il m'a élevée, qu'il m'a aijnpl»''.'. qu'il a ^empla(^« près do muii berceau mon (MTf qui est mori pour votre mère. -Madame, vous vovi'it Imi'ii quo je ne suis qu'une pauvre misérable el ipril ni* faut pa-ï Atre sévère pour moi. Ce que vous vem-/ de me dire m'» donné un uoiip si terrible, que je ne '«ui< vraiment pas comment j'ai la force tic vous parli-r. Je dis ce que je peux, voyez-vous. Mais il faut que vous fassiez suspendre roxéeution. Tout de suite. Suspendre l'exéoulion. Iteuicltro la ehose à demain. L*' temps de se reconnaître, voilà tout. Ce peuple petit l>i«'n attendre à demain. Nous verrons ce que nous ferons. Non, ne seeouez pas la lète. Pas de danger pour vritn- Fabiano. C'est moi que vous mettrez à la place. S^ms le voile noir. La nuit. Qui le saura? Mais sauvez fiillH-Tt! Qu'est-ce que rela vous fait, lui ou moi? Enfin! puisque je veux bien mourir, moi! — Oh! mon Dieu! tvito fliM'Iie, cette atfreuse cloelie! Cliacun îles coups de eftte cloche esl un pas vers réchafaud. Chacun des coups de retlc cloche frappe sur mon cci'ur. — Faites r.'Ia. maiiamc. Ayez pitié ! Pas de danger pour voire K^biauM. Liisst-z-moi baiser vos mains. Je vous aime. Diadauic. Je ne vous l'ai pas encore dit, mais je vous aiuie bien. Vous êtes une ^Tande reine. Voyez comme j.- bai-e vos belles mains. Oh ! un ordre pour suspenilpe rt-xéeutîun ! Il est encore Icmps. Je vous assure que <-'i"<.| très possible. Ils vont lenteinenl. Il y a hûn de la Tour au VienvMaivbé. h'Iioinmr du balcon a dit qu'on (•aâserait par Cliaring-Cross. Il y a nn chemin plus
tu MARIE TUDOR.
court. Un homme à cheval arrtTerait ïencore à temps. Au nom du ciel, madame, ayez pitié ! EnGn, mettes- Yous à ma place, supposez que je sois la reine et tous la pauvre fille, vous pleureriez comme moi, et je ferais grâce. Faites grâce, madame! Oh! voilà ce que je craignais, que les larmes ne m'empêchassent de parlw. Oh! tout de suite. Suspendre l'exécution. Gela n'a pas d*inconvénient, madame. Pas de danger pour Pabiano, je vous jure. Est-ce que vraiment vous ne trouvez pas qu'il faut faire ce que je dis, madame?
LA REINE, attendrie et U relerant.
Je le voudrais, malheureuse. Ah! tu pleures, oui, comme je pleurais , ce que tu éprouves je viens de réprouver, mes angoisses me font compatir aux tiennes. Tiens, tu vois que je pleure aussi. G*est bien malheu» reux, pauvre enfant! Sans doute, il semble bien qu'on aurait pu en prendre un autre, Tyrconnel, par exemple ; mais il est trop connu, il fallait un homme obscur. On n'avait que celui-là sous la main. Je t'explique cela pour que tu comprennes, vois-tu. Oh! mon Dieu! il y a de ces fatalités-là. On se trouve pris. On n'y peut rien.
JANE
Oui, je vous écoute bien, madame. C'est comme moi, j'aurais encore plusieurs choses à vous dire. Mais je voudrais que l'ordre de suspendre l'exécution fût signé et l'homme parti. Ce sera une chose faite, voyezvous. Nous parlerons mieux après. Oh! cette cloche! toujours cette cloche !
LA lt£l>K.
lie que tu veux est impossible, lady Jane.
JANE
Si, c'est pcissilile. Vu lioiiiine à cheval. Il y a un rhrmin très court. Par le quai. Jlrai.s, nioi.Cest pos- RÎMe. f/est facile. Vous voyez que je parle avec dourewr.
l.A RF.INE.
Mai'* le peuple ne voudrait pas. Mais il reviendrait tout massacrer dans la Tour. Et Fabiano y est encore. Mai< comprends donc. Tu trembles, pauvre enfant! moi. je suis comme toi, '}v tremble aussi. Mets-toi à ma place à ton tour. Kniin, je pourrais bien ne pas prendre la peine de t*e.\pliquer tout cela. Tu vois que je fai* ce que je peux. Ne sonpe plus à ce Gilbert, Jane ! O&t fini. Résigne-toi!
JANK.
Fini ! Non, ce n'est pas fini ! non ! tant que cette liornble cloche sonnera, ce ne sera pas fini! Me rési«,nier a In mort de (iilbert! Kst-ce que vous croyez que je bisserai mourir tiilbert aiuM? Non, madame. Ah! je [•enls mes peines! Ah! vous ne m'écoutezpas! Eh bien, «i la reine ne m'enlmtl pas, le peuple m'entendra! Ah! il» sont bons, ceuv-lâ, voyez-vous! Le peuple est encore dans cette cour. Vous ferez de moi ensuite ce que touft voudrez. Je vais lui crier qu'on le trompe, et que '>^l Gtll»ert. un ouvrier comme eux, et que ce n'est pis Fabiani.
LA REINE
Arrête, misérable enfant!
Elle lui saisit le bras et la regarde fixement d'un air formidable.
— Ah! tu le prends ainsi! Ah! je suis bonne et douce et je pleure avec toi, et voilà que tu deviens folle et furieuse ! Ah ! mon amour est aussi grand que le tien, et ma main est plus forte que la tienne. Tu ne bougeras pas. Ah ! ton amant ! Que m'importe ton amant ? Est-ce que toutes les filles d'Angleterre vont venir me demander compte de leurs amants, maintenant? Pardieu! je sauve le mien comme je peux et aux dépens de ce qui se trouve là. Veillez sur les vôtres !
JANE
Laissez-moi ! — Oh ! je vous maudis, méchante femme !
Silence !
JANE
Non, je ne me tairai pas! Et, voulez-vous que je vous dise une pensée que j'ai à présent? je ne crois pas que celui qui va mourir soit Gilbert.
LA REINE
Que dis-tu?
JANE
Je ne sais pas, mais je l'ai vu passer sous ce voile noir, il me semble que si c'avait été Gilbert quelque chose aurait remué en moi, quelque chose se serait révolté, quelque chose se serait soulevé dans mon cœur
^*^ m aurait crié : Gilbert ! c'est Gilbert ! Je n'ai rien ^ï^U, ce n'est pas Gilbert !
LA REINE
Que dis-tu là? Ah! mon Dieu! Tu es insensée, ce ^e tu dis là est fou, et cependant cela m'épouvante! Ah! tu viens de remuer une des plus secrètes inquiétudes de mon cœur. Pourquoi cette émeute m'a-t-elle empêchée de surveiller tout moi-même ? Pourquoi m'en sois-je remise à d'autres qu'à moi du salut de Fabiano? Eneas Dulverton est un traître. Simon Renard était peut-être là. Pour\'u que je n'aie pas été trahie une deuxième fois par les ennemis de Fabiano ! Pourvu que ce ne soit pas Fabiano en effet!... — Quelqu'un! vite quelciu'un ! quelqu'un !
Deax geôliers panisient An prauier.
^— Vous, courez. Voici mon anneau royal. Dites qu'on suspende l'exécution. Au Vieux-Marché! au Vieux-Marché! II y a un chemin plus court, disais-tu,
JANE
Par le quai.
LA REINE, aa geôlier.
Par le quai. Un cheval. Cours vite!
La geôlier tort Aa deaxièma geôlier.
— Vous, allez sur-le-champ à la tourelle d'Edouard le Confesseur. Il v a là les deux cachots des condamnés à morl. Dans Tun de ces cachots il y a un homme. Amenez-le-moi sur-le-champ.
Le ge<Mier sort.
LA REINE
Arrête, misérable enfant!
Elle lui uiftit le bras et la regarde fiitment d'un air formidable.
— Ah ! tu le prends ainsi 1 Ah 1 je* suis bonne et douce et je pleure avec toi, et voilà que tu deviens folle et furieuse ! Ah ! mon amour est aussi grand que le tien, et ma main est plus forte que la tienne. Tu ne bougeras pas. Ah ! ton amant ! Que m'importe ton amant ? Est-ce que toutes les filles d'Angleterre vont venir me demander compte de leurs amants, maintenant? Pardieu ! je sauve le mien conmie je peux et aux dépens de ce qui se trouve là. Veillez sur les vôtres !
JANE
Laissez-moi ! — Oh ! je vous maudis, méchante femme !
Silence !
JANE
Non, je ne me tairai pas! Et, voulez-vous que je vous dise une pensée que j'ai à présent? je ne crois pas que celui qui va mourir soit Gilbert.
LA REINE
Que dis-tu?
JANE
Je ne sais pas, mais je l'ai vu passer sous ce voile noir, il me semble que si c'avait été Gilbert quelque chose aurait remué en moi, quelque chose se serait révolté, quelque chose se serait soulevé dans mon c(eur
nous saurons lequel. Mon Dieu, celui qui va entrer, faites que ce soit Fabiano !
JANE
Mon Dieu, faites que ce soit Gilbert !
L« rideaa du fond s'oarre. Simon Renard panlt, tenant Gilbert par la main.
Gilbert !
Ils M précipitent dans les bras l'on de Tantre. LA REINE.
Et Fabiano?
SIMON RENARD
Mort.
Mort?... Mort! Qui a osé?...
SIMON RENARD
Moi. J'ai sauvé la reine et TAnglelerre.
ANGELO