CATARINA, ANGELO, LA TISBE
CATAIll.NA, à part.
Quelle est cette femme? La femme de la nuit!
ANGELO
Avez-vous fait vos réflexions, madame?
382 ANGELO
AMGELO.
Si. Je puis vous la laisser, je vous l'ai déjà dit, à une condition.
GÂTARIMA.
Laquelle? Je ne m'en souviens plus.
ANGELO
Qui a écrit cette lettre? dites-le-moi. Nommez-moi l'homme ! Livrez-moi l'homme !
CATAaiNAi se tordant les mains.
Mon Dieu!
ANGELO
Si vous me livrez cet homme, vous vivrez. L'échafaud pour lui, le couvent pour vous, cela suffira. Décidez-vous.
GATARINA.
Mon Dieu !
ANGELO
Eh bien, vous ne me répondez pas?
GATARINA.
Si. Je vous réponds : mon Dieu!
ANGELO
Oh! décidez-vous, madame!
GATARINA.
J'ai eu froid dans cet oratoire. J'ai bien froid.
ANGELO
Ecoutez. Je veux ôtre bon pour vous, madame. Vous avez devant vous une heure. Une heure qui est cncon?
fr(»i«loiiicnt là, avec le poison dans les mains! Coupal»Ie? Xon, ji» ne le suis pas. Pas eonnne vous le croyez, du moins. Mais je ne descendrai pas à me juslifier. El puis, comme vous mentez toujours, vous m» me croiriez pas. T«Miez, vraiment, je vous méprise î Vi»us m'avez épousée pour mon arpent, parce que j'étais riche, parce (jue ma famille a un droit sur l'eau «les citernes de Venise. Vous avez dit : Cela rapporte cent mille ducats par an, prenons cette fdie. Et quelle \ie ai-je eue avec vous depuis cinq ans? dites! Vous ne m'aimez pas. Vous êtes jaloux cependant. Vous me tenez vn prison. Vous, vous avez des maîtresses, cela vt)us est permis. Tout est permis aux hommes. Toujours «lur, toujours sombre avec moi. Jamais une bonne pande. Parlant sans cesse de vos pères, des doges qui ont été de votre famille. M'humilianl dans la mienne. Si vous croyez (jue c'est là ce qui rend une femme heureuse! Oh ! il faut avoir souffert ce que j'ai soulTert |H>ur savoir ce que c'est que le sort des femmes. Eh bien, oui, monsieur, j'ai aimé avant de vous connaître un homme que j'aime encore. Vous me tuez pour cela. Si vous avez ce droit-la, il faut convenir que c'est un horrible temps (|ue le nôtre. Ah ! vous êtes bien heureux, n'est-ce pas? d'avoir une lettre, un chiffon de [lapier, un prétexte! Fort bien. Vous me jugez, vous me c(»ndamnez, et nous m'exécutez. Dans l'ombre. En «ecret. Par le poison. Vous avez la force. — C'est lâche !
— Que pensez- vous de cet homme, madame?
384 ANGELO
plus qu'une heure à vivre et se dire : Je n'ai plus qu'une heure ! Oh ! il faut que ces choses-là vous arrivent à vous-même pour savoir j usqu'à quel point c'est horrible! J'ai les membres brisés. Je suis mal sur ce fauteuil.
Elle Be lève.
— Mon lit me reposerait mieux, je crois. Si je pouvais avoir un instant de trêve 1
Bile va à son lit.
— Un instant de repos !
Elle tiro le rideau et recule avec terreur. A la place du lit il y a on billut
couvert d'un drap noir et une hache.
— Ciel! qu'est-ce que je vois là? Oh! c'est épouvantable !
Elle referme le rideau avec un mouvement convulsif.
— Oh! je ne veux plus voir cela ! Oh ! mon Dieu! c'est pour moi, cela! Oh ! mon Dieu! je suis seule avec cela ici!
Elle se iralnc jusqu'au fauteuil.
— Derrière moi! c'est derrière moi! Oh! je n'ose plus tourner la tôte. Grâce! grâce! Ah! vous voyez bien que ce n'est pas un rêve, et que c'est bien réel ce qui se passe ici, puisque voilà des choses là derrière le rideau !
La petite porto du fond s'ouvre. Ou voit paraître Kodulfo.
A U Titbc.
— Si je vais trop loin dans ce que je dis, madame, tant [»is pour vous! pourquoi ôtes-vous lu?
ANGKLO, lui •aifittant lo bras.
Allons, madame, finissons-en!
CATAIIINA.
BUo t'approrhc do la tatili» nû o«t lo flacon.
Allons, je vais accomplir ce que vous voulez,
Rll>< avance la main toih le Haron.
— puisqn^il le faut...
RIU recule.
— Non! c'est affreux! je ne veux pas! je ne pourrai jamais ! Mais pensez-y donc encore un peu, tandis qu'il en e^l temps. Vous qui êtes tout-puissant, réfléclii>soz. Tne femme, une femme qui est seule, abandonnée, qui n'a pas de force, qui est sans défense, qui n'a pas de parents ici, pas de fumille, pas d\imis, qui n'a [personne! l'assassiner! l'empoisonner misera* Menicnt <lans un coin <le sa maison ! — .Ma mère ! ma mère ! ma mère !
LA TISDE.
Pauvre femme !
CATARINA
Vous avez dit pauvre femme , madame ! vous l'avez dit! Oh! je l'ai bien entendu! Oh! ne me <lites pas que vous ne l'avez pas dit ! Vous avez donc pitié, madame? Oh! oui, laissez-vous attendrir! Vous voyez bien qu*on veut m'assassiner! Est-ce que vous en êtes.
vo^? Ob? ee ■'<-^: t-is r«:^^U«! Koo, a'esl-ce pts7 T^i^ je wis m - -< - -ii>w. toos coBlcr la chosp. 4 n»K. Tfl» parie- ■ i ■ jesia après. Vous lui dina qae cr qali £■! I . ^14*. Moi, c'est loat simple
qae j< <fee eeb ■' ^ jt. cela fera [*lu« dVITiH. H salfit <|agifefoi!i ; iil par mte personne étrangère potr raaKR - : ijme à la raison. Si je tods aiolleBçée hwt à v-^nlonoez-lff-inoi- Millième,
je n'ai jasnïs ni • ■ '^ '-'iri,..i!i nul. Je
sois toajooTs restée booDële. Vous me compreoei, TOUS, je le vois bien. Mats je ne pois dire cela à moD mari. Les bomiDes ne Teuleiit jamais nous croire, tous savez? Cependant doos lew disons qnclquefcûs des chftses bien vraies. MadaiDC, ne me dites pas d'avoir da coorage, je voas en prie. Est-«e que je suis forcée d'avoir da courage, moi? Je n'ai pas boule de n'être qu'une femme bien faible et dont U faudrait avoir pitié. Je pleure parce que ta mort me fait peur. Ce n'est pas ma faute.
ANCELO.
MaiJame, je ne puis attendre plus longtemps.
CATARINA
Ah ! vous m'interrompez.
— Vous voyez bien qu'il m'interrompt. Ce n'est pas juste. II a vu que je vous disais des choses qui allaiecl vous émouvoir. Alors il m'empêche d'achever, il me coupe la parole.
— Vous êtes un monstre !
A.NGELU.
C*en est trop! Catarina Bragndini, le crime fait veut 1111 rliàtiinoiU, la fosse ouverte veut un cercueil, le mari outragé veut une femme morte. Tu perds toutes les paroles qui sortent de ta bouche, j*en jure par Dieu qui est au ciel !
— Voulez-vous, madame?
CATARINA
.Non !
an<;elo.
Non? — J'en reviens à ma première idée alors. Les ôpée**! les épéesî Troïlo! Qu'on aille me chercher... J'v vais.
Il tort Ti^^'.emmcDt parla |*uri« ilu fund, qu*uQ Pcntenl referœer
m d«hurt.
SCkNE IX.
CATAIUNA, LA TISBE.
LA TISIIK.
F>outez ! Vile ! nmis n'avons qu'un instant. Puisque l'Vsl vuu*i qu'il aime, ce n'esl plus qu'.n vous qu'il faut Niiiijrer. Fait<»s c«* qu'on veuU ou vous êtes perdue. Je nt* puis pas m'expliquer plus clairement. Vous n'êtes pas raisonnable. Tout à l'Inuire il m'est échappé de din* : I^auvre femme! Vous l'avez répété tout haut
taxame one fitlle. Je^aiU le p*4kIb» i qui cela peu nit iluDoer Jes 3oiip«:on'f. S je tous disais la cho; voa& êtes Jaas ua êlat trop violeol, vous rerifz qu^ qae iinpniileoctf, el Loal serait penJu. Laisser-i birç, boTe». Les «jpëes ae ptnjoauent pas. tovcz-t Re résiât*a plus. Que Toulez-vous que je tous Jiss^ Ce&l vous (jui ^les aimée, et je veux que quel']ii'(H m'ftit une obligation. Vous ne compreuez pas ce quel je fous dis là, eh bien, de vous le dire cela m arrache le dEur poortanE 1
LA TISBK.
Faites ee qa'oo tous dit. Pas de rfaiiiriiiii Pas une paitJe. Surtout u'étwaslez p«s la confiance que votre mari a en moi. Entendea-Toos? Je n'ose vous en dire plus, avec votre manie de tout redire. Oui, il y a daos cette chambre une pauvre femine qui doit mourir, mais oe n'est pas vous. Est-ce dil?
CATARIXA.
Je ferai ce que vous voulez, madame.
LA TISBE.
Bien. Je l'eDleods qui revieat.
— Seul! seul! entrez seul!
On «D:râ<ait Jei ,biie<, i>p«! d^, Juh u chambn loiiiiH. Aagdo toin. Lt p^)n< H nlirm*.