‹ Œuvres complètesChapitre 177 sur 190 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

niSTI(;ilELLO, ASTOLKO.

A«TOLin,

<)ii«* dUble faii-tii la, Kii%li»rhrll<i?

RUSTIGHBLLO.

J'attends que tu t'en ailles, Astolfo.

ASTOLFO.

En vérité!

RUSTIGHBLLO.

Et toi, que fais-tu là, Astoifo?

ASTOLFO.

J'attends que tu t'en ailles, Rustighello.

nOSTIGHBLLO.

 qui donc as-tu affaire, Astoifo?

ASTOLFO.

A l'homme qui demeure dans cette maison. — Et toi, à qui en reux-tut

RUSTIGHELLO.

Au même.

ASTOLFO.

Diable !

RUSTIGHELLO.

Qu'est-ce que tu en veux faire?

ASTOLFO.

Je veux le mener chex la duchesse. — Et toi?

RUSTIGHELLO.

Je veux le mener chez le duc.

ASTOLFO.

Diable !

RUSTIGHELLO.

Qu'est-ce qui l'attend chez la duchesse?

ASTOLFO.

L'amour, sans doute. — Et chez le duc?

RUSTIGHELLO.

Probablement la potence.

ASTOLFO.

Comment faire? il ne peut pa*» ôtro à la fois chez le duc et clioz U duchesse, amant heureux et pendu.

RUSTIGHELLO.

A-t-il de l'esprit, cet Astoifo!

Il foit un signo, les dm\ sbires r«iclii'>s sjus la bnlon ducal s'aranceni

et saisissenl au collet Astoifo.

■ CSTIGIILLO.

SaitiMCi cet homme. — Vous avec eatcodu ce qii*il a dit. Vaut on témoiiroercx. — Silenco, Attolfo!

Enfants, à rœuvre, à piv^ntl Enfoncei-moi cotte portf .

Dant^ \e troisième act<\ la scène de Porgle, à partir de la page lia jusqu^à la page 118, doit être Jouée comme il suit :

GCIETTA.

Vnt chanson à boire, messieurs! il nous faut une chanson à boire qui taille mieui que le sonnet du marquis Olofemo. Ce n*est pas moi qui tous en chanterai une, je jure par le bon vieui crâne de mon pi*re que je ne sais pat de chansons, attendu que je ne suis pas pofHe et que je n*ai point re«prit assex italant pour faire se becqueter deui rimes au bout d'une idée. Mais vous, seifrneur Bfaffio, qui êtes de belle humeur, tous de%cx saToir quelque chanson de table. Que diable! chantez-nont-la, amnsont-nous !

■ APPIO.

Je Teus bien, emplisses les Terres.

n rhaa:*.

Amis, vi\e rorgio!

J*aime la fulle nuit

Et la nappe roupie

Et les chant** et le bruii.

Les dames peu i^Tères,

Les caTaliers jojreuv.

Le vin dans tou« le« Terre».

L*amour dans tous le^ yeui !

Iji tombe est noire.

Les ans sont courts.

Il faut, sans croire Aui sots ditcours.

Très souTent boin*.

Aimer toujours l

TOUS B?l CHGIUR.

lia tombe est noire, etc.

Ibi rhoqnrat leurs rerres en riant aax éclats. Toat i coup on eateod des roix élotgvèes

qui rhantent au dehors sur un toi lugubre.

VOI\ AD DBHOBS.

Sanctum et terribile nomen ejus. Initium sapientiœ timor Domini.

JEPPO.

Écoutez, messieurs! Corbacque! Pendant que nous chantons à boire récho chante vôpres.

TOUS

Écoutons!

VOIX AU DEHORS, un peu plus rapprochées .

Nisi Dominus custodierit civitatem, frustra vigilat qui cuitoiit eam.

JEPPO, riant.

Du plain -chant tout pur.

MAFPIO.

Quelque procession qui passe.

GE^?IARO.

A minuit! Cest un peu tard.

JEPPO.

Bail! continuons.

VOIX AU D E II O R s , qui se rapprochent de plus en pla-t.

Oculos habent, et non videbunt, Xares habent, et non odorab'tnt. A'ires habent, et non audient.

Sont-ils braillards, ces moines !

VAFFIO.

Rcgfardc donc, Gennaro. Les lampes s'étei'^nent ici. Nous voici tout a l'heure dans l'obscurité.

V0I\ AU DEHORS, très près.

M anus habent. et fton palpahunt, Pedes habent et non ambulabant. \on clamabunt in gulture suo.

GEX?IARO.

Il me semble que les voix se rapprochent.

JEPPO.

La procession me fait TcATet d'ôtre en ce moment sous nos fcnOtres.

MArrio.

C(* ft<»nt les prières des morU.

ASCA^IO.

V/e^t qiieiriiic cnierrcmcul.

JIPPO.

iluvon« k Ia «ADté de celui qu'on va enterrer.

GlIITTA.

Savrz-vuut «*il n*y on a pas plusieurs?

JEFPO.

Kh bien, à la %anté de tous!

lU ctoqural lêmn rtrrtt, APOSTOLO.

Bravo! Et continuons d3 notre côtA notre chans3n à boire.

TOUS E^ CRGlta.

La tombe est noire.

Les ans sont courts, Il faut, sans croire \u\ sots discours, Tn*s souvent boire.

Aimer toujourt !

VOIX AC DEHoas.

A'oM mottui iaudabunt tf. Domine^ neque omnet qui descendunt m tfemum,

«AFPIO.

Dans la douce Italie, Qu'éclaire un si doui ciel.

Tout e«t Joie et folie, Tout est nectar et miel.

Ayons donc à nos fêtes Ijo% fleure et l«*i beautés, Iji rose sur nos têtes, La femme à nos côtés!

TOtS.

Iji tombe e%l noire, etc.

I • fraude porU» da tomi »'o«m*.

NOTES DK LUCRËCB BORGIA.

L'auteur no t-N-mliiera pas cettO noie «ans vn^ugi.T ccus il« acteurs de provlncr qui pourraient ôtrc cliarpVs do rûlea de u pièce à étudier, H'ilit o» ont l'oecaslon, la manière dam Lucrite Borgia est rcprJsi^nii^a & la Porte-Saiat-MartlD. I/aatcurest heureux de le dire, il n'eHt pua un râle dans non ouvrage qui ne soit Jou^ avec uni' intelligence .lingulièn;. Chaque acteur a la physionomie de sun rOIr^.Cliaquu pi-rsoniioge sa poso & son plan. Do 1& un ensenilil<> parfait, (iuo]i]uc tndlêà tout marnent de verre Ot de fantaisie, l.o Jeu gén^TSi de la pl^ce est tout A la fois plein d'harmonie et plein de rrllef. deux qualités qui s'excluent d'ordinaire. Aucun [li- ces circtit criards qui détonnent dans lc« troupes Jeunes, uucuiie de na monotonies qui alanguissent le» troupes faites. Il n'est pns do Iroupc ft Paris (jui comprenne mieux que celle delaPorlc-Suirit-Marlin la mystérieuse loi de perspective suivant laquello doit se mouvoir et a'étager au thi^airc ce groupe de personnages passionnas ou Ironiques qui noue et dénoue un drame.

Kt cet ensemble est d'autant plus frappant dans le cas présent, qu'il y 11 diiiis l.ucrice Borgia certains personnages du second ordre n.- priantes jk la Porte-Sain t-Murt in par des acteurs qui sont du premier ordre ot qui se tiennent avec une grâce, une loyauti^ ot un goiU parfaits dans le demi-jour de leurs rôles. L'autour les on remoicie loi.

l'arml ooux-ci, le public a vivement distingué mademoisollc Juliette. On no peut guère dire que la princesse .Negroni soi) un rûle, c'est en quelque sorte une apparition. C'est une flgnro liollo, jeune ot fatale, qui passe, soulevant aussi son coin du vollo .sombre qui couvre l'Italie au seizième siècle. Mademolsello Juliette a jett'' sur cello figure un éclat extraordinaire. Elle n'avait que peu de mots à dire, clic y a mis beaucoup de pensée. Il ne faut i celte jeune actrice qu'une occasion pour révéler puis.ianimeni au public un talent plein d'ùme, do passion et à>: vérilé.

Ouant aux doux frrands acteurs dont la lutte conunonco aux premières s<*ènes du drame et ne s^aohève qu*à la dernière. Taulour n'a rien ù leur dire qui ne leur soit dit chaque soir d*une manière bien autrement éclatante et sonore par les acclamations •lont la foule les salue. M. Fr<>dtTick a réalisé avec génie le <;ennaro que fauteur avait rêvé. M.- Frederick <*st élégant et familiiT, il est plein de grandeur et plein de grftce, il est redoutMv. et doux, il est enfant et il est homme, il charme et il épou- \ante, il est modeste, sévère et terrible. Mademoiselle Georges K*unit égaU-ment au degn* le plus rare les qualités diverses et quelquefois même opposées (pje son rôle exige. Elle prend su|NTl>enient et en reine toutes les attitudes du personnage i|u*clle représ4»nte. Mère au premier acte, femme au second, irrande comédienne dans cette s(*ène de ménage avec le duc de Kerrare, où elle est si bien secondi'nî par M. Locki*oy, grande iragiHlienne p^'udant Tinsulte, grande tragédienne pendant la veDgi*ance, grande trag<'*dienne |>endant le chûtiment, elle passe comme elle veut, et sans eflbrt, du pathéticiue tendre au pathétique terrible. Klle fuit applaudir et elle fait pleurer. £lle est ^ubllnie c(»mme llécubc et touchante comme Desdémona.

LCCitCE BOIGI&.

Ao-doMMU : 9'» jmaUt tS3i.

Jimé U 2 février 1833.

Li Kcoode page donoe ce tibv :

LE lOCrCI »K PSKBABS.

Le premier acte, commencé le 9 jaOlet, a été terminé le 13. Le Mcond «cte, commencé le 13. a été terminé le 16.

Le troisième acte a été commencé le 18.

SCt>E iV.

RUSTIGirKLLO. ASTOLFO.

HUSTIGIIELLO.

I.(!s voilà liicrtt II y a toujoui*» un tas de gens iiiuUle.s qui viciiiicnl vous déranger dans vos opérations, et qui no

sc'ivoiit q\iv fourrrr lo noz aux clu>s4»s secrètes que vous l>ouvt*z faire. Ht puis, après cela, (|uand on veut les tuer, iN font h>s étonn«'*s et ont I air de ne )>as s*ètre attendus à cria: Ost cependant bien naturel. Il me faut le s<TretJe tu<' It^s curieux. C'i*st le mo\en connu. Il n\ en a pas d'autre.

ASTOI.FO.

IUisti};ln*llo. j(* ten conjure...

nUSTIGHtLLO.

Je vous demande un pou ce que deviendraient les gou- \ern<*ini'nts si les gens pouvaient regarder dans les clios(*s rt rn |>arler après ù leur fantaisie 1 Tu l'es mis dans un mauvais cas, Astolfol

ASTOLPO.

Rustigliello, je t(* laiss<^ riiommc. Fais-tMi ce qu*il te plaira. Mais laisse-moi partir dlci. Tu ne voudras pas ma mort, à moi! J*ai êpous<'* ta sœur, nous sommi's frères.

HUSTIGHCLLO.

Ou'est-cc que cela fait? On voit bien que tu n*entends rien ù la politique.

ASTOLFO.

RustighelloI

HUSTIGIIELLO.

Allons, va-len, pleureur! Tu n*entends rien aux affaires. J4* te dis. Tu me fais manquer à mon devoir. Mais n*y relieiis pas une autre fois. Et surtout pas uo mot de tout ceci à madaim* Lucrèce.

ASTOLPO.

Sois tranquille! Adieu, mon lion Rustiglicllo!Que le ciel et M*:> anges soient avec toi!

lU STIGUCLLO.

\(;-ten au diable!

0 ma pauvre mère ! ma mère biea-aimée! lï me semble qu'en présence d'une femme semblable toa image me revient plus douce et plus consolante. Hélas, malheureuse femme! on m'a arraché tout enfant de ses bras! tout nouveau-né I 0 infortunée qui n'aimait que moi au monde! elle ne m'a pas vu tout petit jouer et rire sur sou lit aux joyeux rayons du soleil levant. Les autres mères entendent les premiers bégaiements de leurs enfonls, elles soutiennent leurs premiers pas, elles sont la première chose qu'Us aiment, elles essuient la sueur de leurs jeunes fronts peudanl qu'ils dormcnl sur leur sein, elles réchauffent leurs petits pieds d^iis leur poitrine quand ils ont froid, les joies iti^ 1er DO Iles font tressaillir leurs entrailles à chaque croissance de leur enfant, elles sont bien heureuses, les autres mères! Toi, héliis, ma mère, tu n'as rien eu de tout cela. Tu n'as pas le souvenir do mou enfance pour rayonner à toute heure sur ta vie. Oli! oui, elle n liioii souffert, cette inisi'rnlile rri-alnredc Dieu;

DO\A LUCHEZIi.

Ta mère, si elle i^Iiiit là, Gennaro, elle te dirait comme moi d'avoir pitié de moi ! Elle te dirait qu'une femme est un ôtre faible à qui il ne faut jamais refuser la compassion, si coupable qu'elle soit. Elle tomberait à genoux

devant toi comme moi, et te demanderait grâce poar Lucrèce Borgia. Elle te conjurerait de me dire, avant de me quitter pour jamais, quelque douce parole. Et quand je dis : quelque douce parole, je ne demande pas que ta me parles comme quelqu'un qui m*aiiuerait, non, je ne suis pas si exigeante, dis-moi que tu ne me hais pas, que tu ne me maudis pas, que tu ne sens pas quand tu me vois le besoin d'écraser ma tête de ton pied comme celle d'un serpent, dis-moi cela, seulement cela, ce n'est pas beaucoup, n'est-ce pas? eh bien, je serai contente, mon Geunaro!

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