ACTE 11 — LE COUPLE
DON ALPHONSE
Tenez, madame, je bais toute voire abominable famille des Borgia, et vous toute la première, que j*ai si follement aimée! Il faut que je vous dise un peu cela à la fin, c'est une chose honteuse, inouïe et merveilleuse, de voir alliées en nos deux personnes la maison d*Este, <|ui vaut mieux que la maison de Valois et que la maison de Tudor, la maison d*Este, dis-je, et la famille Borgia, qui ne s'appelle pas même Borgia, qui s^appelle Leniuoli, ou Lenzolio, on ne sait quoi! J*ai horreur de \otro frère G^sar, qui a des taches de sang naturelles au vi<iage! de votre frère César, qui a tué votre frère Jean î J'ai horreur de votre mère la Rosa Vanozza, la % ieille tille de joie espagnole qui scandalise Rome après a^oir scandalisé Valence! Et quant à vos neveux prélfndu<, les ducs de Sermoneto et de Nepi, de beaux du^<, ma foi! des ducs d'hier! des ducs faits avec des •lucbt'< volés! Laissez-moi finir. J'ai horreur de votre f-ère qui est pape et qui a un sérail de femmes comme !•• sultan des turcs Bajazet, de votre père qui est Tante- • hri>t, de votre père qui peuple le bagne de personnes illu^tre< et le sacré collège de bandits, si bien qu'en les ^ojanl tous vêtus de rouge, galériens et cardinaux, on H- demande si ce sont les galériens qui sont les cardi- Dau\ et les cardinaux qui sont les galériens! — Allez naiDt**nant !
DONA LLCREZIA.
X^mseigneur! monseigneur! je vous demande, à ge- BOQi et à mains jointes, au nom de Jésus et de Marie,
au nom de votre père et de votre mère, monseigneur, je vous demande la vie de ce capitaine.
DON ALPHONSE
Voilà aimer ! — Vous pourrez faire de son cadavre ce qu^il vous plaira, madame, et je prétends que ce soit avant une heure.
Grâce pour Gennaro !
DON ALPHONSE
Si VOUS pouviez lire la ferme résolution qui est dans mon âme, vous n'en parleriez pas plus que s'il était déjà mort.
DONA LUCREZIA, te releranu
Ah! prenez garde à vous, don Alphonse de Ferrare, mon quatrième mari !
DON ALPHONSE
Oh ! ne faites pas la terrible, madame ! Sur mon âme, je ne vous crains pas ! Je sais vos allures. Je ne me laisserai pas empoisonner comme votre premier mari, ce pauvre gentilhomme d'Espagne' dont je ne sais plus le nom, ni vous non plus. Je ne me laisserai pas chasser comme votre second mari, Jean Sforza, seigneur de Pesaro, cet imbécile! Je ne me laisserai pas tuer à coups de pique, sur n'importe quel escalier, comme le troisième, don Alphonse d'Aragon, faible enfant dont le sang n'a guère plus taché les dalles que de l'eau pure! Tout beau! Moi je suis un homme, madame. Le nom d'Hercule est souvent porté dans ma famille. Par le ciel! j'ai des soldats plein ma ville et plein ma