ACTE I. — AFFRONT SUR AFFRONT
«|ui est mort. Et quelqu*ua de la troupe jeta des pierres à ce manteau, ce qui le fit enfoncer. Ceci fait, ils s*en allèrent tous de compagnie, et prirent le chemin qui mène à Saint-Jacques. Voilà ce que vit le batelier.
XAFFIO.
Une lugubre aventure. Était-ce quelqu*un de considérable que ces hommes jetaient ainsi à Teau? Ce cheval me fait un effet étrange; Tassassin en selle, et le mort en croupe.
GUBETTA
Sur ce cheval il y avait les deux frères.
JBPPO.
Vous Tavez dit, monsieur de Belverana. Le cadavre, •* était Jean Borgia; le cavalier, c*é(ait César Borgia.
XAFFIO.
Famille de démons que ces Borgia ! Et dites, Jeppo, pourquoi le frère tuait-il ainsi le frère?
Je^ ne vous le dirai pas. La cause du meurtre est tellement abominable, que ce doit être un péché mortel «iVn parler seulement.
GUBETTA
Je vous le dirai, moi. César, cardinal de Valence, a lue Jean, duc de Gandia, parce que les deux frères aimaient la même femme.
XAFFIO.
Et qui était cette femme?
GUBETTA, toujours au fond du théâtre.
Leur sœur.
JEPPO.
Assez, monsieur de Beiverana. Ne prononcez pas devant nous le nom de cette femme monstrueuse. Il n*est pas une de nos familles à laquelle elle n*ait fait quelque plaie profonde.
MAFFIO
N'y avait-il pas aussi un enfant mêlé à tout cela?
JEPPO.
Oui, un enfant dont je ne veux nommer que le père, qui était Jean Borgia.
MAFFIO
Cet enfant serait un homme maintenant.
OLOFERXO.
Il a disparu.
Est-ce César Borgia qui a réussi à le soustraire à la mère? Est-ce la mère qui a réussi à le soustraire à César Borgia? On ne sait.
DON APOSTOLO
Si c'est la mère qui cache son fils, elle fait bien. Depuis que César Borgia, cardinal de Valence, est devenu duc de Valentinois, il a fait mourir, comme vous savez, sans compter son frère Jean, ses deux neveux, les fils de Guifry Borgia, prince de Squillacci, et son cousin, le cardinal François Borgia. Cet homme a la rage de tuer ses parents.