VCTE 111. - IVRES MORTS. 4JI
.]u'iin peu «le pilié! — Un peu de pitié! Grâce de la vie ! — Kt pui"^, vois-tu bien, mon Gennaro, je te le dis l'«iur toi. ce serait vraiment lâche ce que tu ferais là, ^e «u-rait un crime afireux, un assassinat! Un homme tuer unt^ femme! un homme qui est le plus fort! Oh! tti nt* vouilras pas ! tu ne voudras pas !
GENNARO, ébranlé.
Madame...
iih! je le vois bien, j*ai ma grâce ! Gela se lit dans \eux. Oh! laisse-moi pleurer à tes pieds!
UNE voix, au dchun.
<ît*onar6!
GENNARO
^iui m*appelle?
LA VOIX
Mon frère Gennaro !
GENNARO
Ce«l Matlio!
LA VOIX
«•ennaro! Je meurs! Venpe-moi!
GENNARO, ri'lcvant le djutcau.
4/c*t dit. Je nV'roule plus rien. Vous Tentendez, dame, il faut mourir!
I19NA 11 CREZIA, «e <l«bAttant et lui retenant Ir tir.t^.
Gràr«*! ^râce! Encore un mot!
•aan. — III. t)
GENNARO
Nou!
DONA LUGREZIA.
Pardon! Ecoute-moi I
Non!
DONA LUGREZIA.
Au nom du ciel !
GENNARO
Non!
Il la frappe.
DONA LUGREZIA.
Ahl... tu m'as tuée! — Gennaro! je suis ta mère
Il > a deux manières de passionner la foule au théâtre : {«^r lo (crand et par le vrai. Le grand prend les masses, le «rai ^isit l'individu.
le but du poète dramatique, quel que soit d'ailleurs iVn^inble de ses idées sur Tart, doit donc toujours être, aiant tout, de chercher le grand, comme Corneille, ou le irai, comme Molière; ou, mieux encore, et c'est ici le plus ïuui MMumet où puisse monter le génie, d'atteindre tout à U f«»i^ le grand et le \rai, le grand dans Je vrai, le vrai daa^ \v ^rand, comme Shakespeare.
<>ar. remarquons-le en passant, il a été donné à Shake- Si^^ar»^. et c'est ce qui fait la souveraineté de son génie, de otnriiirr. d'unir, d'amalgamer sans cesse dans son œuvre o^ d*'ui qualités, la vérité et la grandeur, qualités presque o^povfes, ou tout au moins tellement distinctes, que lo àtlAnide chacune d'elles constitue le contraire de l'autre.
L'écoeîJ du irai, test le pelit: Fécoeil du grand, c'est le fau](. DdDs \ou< les ocvrages de Shakespeare, il y a da grdDd qui est i rai et du vrai qui est grand. Au centre de toutes ses créations, on retrouve le point d'intersection de la grandeur et de la Téritê: et là où les choses grandes et les choses vraies se croisent, lart est complet. Shakespeare, comme MicheK4nge, semble avoir été créé pour résoudre ce problème étrange dont le simple énoncé parait absurde: — rester toujours dans la nature, tout en en sortant quelquefois. — Shakespeare exagère les proportions, mais il maintient les rapports. Admirable toute-puissance du poète! il fait des choses plus hautes que nous qui rÎTent comme nous. Hamlet. par exemple, est aussi vrai qnaucun de nous, et plus grand. Hanilet est colossal, et pourtant réel. C'est que Hamlet. ce n'est pas vous, ce n^esl pas moi, c'est nous tous. Hamlet, ce n'est pas un homme, c'est lliomme.
Dégager perpétuellement le grand k travers le vrai, le vrai à travers le grand, tel est donc, selon l'auteur de ce drame, et en maintenant du reste toutes les autres idées qu'il a pu développer ailleurs sur ces matières, tel est le but du poète au théâtre. Et ces deux mots, çrand et vrai, fenfemient tout. La vérité contient la moralité, le grand contient le beau.
Ce but, on ne lui supposera pas la présomption de croire ({u'îl l'a jamais atteint, ou même qui! pourra jamais l'atteindre : mais on lui permettra de se rendre à lui-même publiquement ce témoignage qu'il n'en a jamais cherché d'autre au théâtre jusqu'à ce jour. Le nouveau drame qu'il vient de faire représenter est un effort de plus vers ce but rayonnant. Quelle est, en effet, la pensée qu'il a tenté de
rt'aliser dans Marie Tudorf La voici. Une reine qui soit iin^ femme. Grande comme reine. Vraie comme femme.
Il l'a déjà dit ailleurs, le drame comme il le sent, le •tninie comme il Tondrait le yoir créer par un homme de ?rnie, le drame selon le dix-neuyième siècle, ce n'est pas la tragi-comédie hautaine, démesurée, espagnole et sublime «le Corneille : ce n*est pas la tragédie al»straite, amoureuse, idéale et discrètement élégiaque de Racine ; ce n'est pas la comédie profonde, sagace, pénétrante, mais trop impitoyalilement ironique, de Molière : ce n*est pas la tragédie à loteotion philosophique de Voltaire ; ce n*est pas la comédie a action révolutionnaire de Beaumarchais ; ce n'est pas plu<« qoe tout cela ; mais c*est tout cela à la fois ; ou, pour niieut dire, ce n*est rien de tout cela. Ce n'est pas, comme rhez ces grands hommes, un seul côté des choses systénialiqaemenl et perp^'tuellement mis en lumière, c*est tout reicardé à la fois sous toutes les faces. S'il y avait un homme •lujoard'bai qui pût réaliser le drame comme nous le comprenons* ce drame, ce serait le cœur humain, la tête hamaine, la passion humaine, la volonté humaine ; ce ^rait le passé ressuscité au profit du présent ; ce serait i histoire que nos pères ont faite confront<'H?! avec riiistoire que nous faisons: ce serait le mélange sur la scène de tout ^e qui est mêlé dans la vie; ce serait une émeute là et une ^userie d'amour ici, et dans la causerie d'amour une leçon |iour le peuple, et dans Témeute un cri pour le cœur; ce serait le rire, ce seraient les larmçs; ce serait le bien, le mal, le haut, le bas. la fatalité, la providence, le génie, le lia^rd. la société, le monde, la nature, la vie; et au-ilessus d«- tout cela on sentirait planer quelque chose de grand !
A ce drame, qui serait pour la foule un perpéUiei enseignement, tout serait permis, parce qu'il serait dans son essence de n*abuser de rien. Il aurait pour lui une telle notoriété de loyauté, d'élévation, d'utilité et de bonne conscience, qu'on ne l'accuserait jamais de chercher l'effet et le fracas là où il n'aurait cherché qu'une moralité et une leçon. Il pourrait mener François I^ chez Maguelonne sans être suspect; il pourrait, sans alarmer les plus sévères, faire jaillir du cœur de Didier la pitié pour Marion ; il pourrait, sans qu'on le taxât d'emphase et d'exagération comme l'auteur de Marie Tudor, poser largement sur la scène, dans toute sa réalité terrible, ce formidable triangle qui apparaît si souvent dans l'histoire : une reine, un favori, un bourreau.
A l'homme qui créera ce drame il faudra deux qualités, conscience et génie. L'auteur qui parle ici n'a que la première, il le sait. Il n'en continuera pas moins ce qu'il a commencé, en désirant que d'autres fassent mieux que lui . AujourtThui un immense public, de plus en plus intelligent, sympathise avec toutes les tentatives sérieuses de l'art. Aujourd'hui tout ce qu'il y a d'élevé dans la critique aide et encourage le poète. Le reste des jugeurs importe peu. Que le poêle vienne donc! Quant à l'auteur de ce drame, sûr de l'avenir qui est au progrès, certain qu'à défaut do talent sa persévérance lui sera comptée un jour, il attache un regard serein, conûant et tranquille sur la foule qui chaque soir entoure cette œuvre si incomplète de tant de curiosité, d'anxiété et d'attention. En présence de cette foule, il sent la responsabilité qui pèse sur lui, et il l'accepte avec calme. Jamais, dans ses travaux, il ne perd un
^•iil iiiNtaiit do vue lo peuple que le théAtrc civilise, Uns- 1 irr i|ur le théâtre explique, lo cœur humain que le théâtre r.iu^*ilh\ I)i»maiii il quittera rœu\re faite pour l'œuvre à f.iin^: il sortira de cette foule pour rentrer dans sa soliiinlf : S4ilitud«> profonde où ne panient aucune mauvaise innu<»nr«« dîi iiiondo extérieur, où la jeunesse, son amie, %i*'nt quelquefois lui MTrer la main, où il est seul avec sa (-•nvt*. son indépendance et s;i volonté. Plus que jamais VI attitude lui sera chère, car ce n*est que dans la solitude ^u'tin |Nnit travailltT pour la foule. Plus que jamais il ti**ndni S4»n esprit, son œuvre et sa pensée éloignés de toute r.>t**he; c<ir il connaît quelque ch'.se de plus grand que !•-» roifries, ce sont les partis, quelque chose de plus grand qii«* \f^ partis, c'est le peuple, quelque chose de plus grand qi*<' le {>euph\ c'est l'huma ni te.
17 DOTcmbre 1833.
PERSOxNNAGES
MÂRIË, reiac.
JANE
GILBERT
FABIANO FABÏJVNI.
JOSHUA FARNABY.
LxN JUIF.
LORD CLINTON
LORD CHANDOS