ACTE III. - IVRES MORTS. 4t
GERRARO.
Amour!...
DO!fA LUCREZIA.
Cest impossible. Je veux te sauver de toi-môme. Je vais appeler. Je vais crier.
GENNARO
Vous n'ouvrirez point cette porte. Vous ne ferez point un pas. Et quant à vos cris, ils ne peuvent vous uuver. Ne venez-vous pas d'ordonner vous-même tout a l'heure que personne n'entrât, quoi qu'on pût entendra au dehors de ce qui va se passer ici?
Mais c'est lâche ce que vous faites là, Gennaro ! Tuer une femme, une femme sans défense ! Oh ! vous a%cz de plus nobles sentiments que cela dans l'âme! Êcoutennoi, tu me tueras après si tu veux, je ne tiens pas a la vie, mais il faut bien que ma poitrine déborde, elle est [»leine d'angoisse de la manière dont tu m'as traitée jusqu'à présent. Tu es jeune, enfant, et la jeunesse est toujours trop sévère. Oh I si je dois mourir, je ne veux pas mourir de ta main. Gela n'est pas pos- Mble, vois-tu, que je meure de ta main. Tu ne sais pas Uii-oiéme à quel point cela serait horrible. D'ailleurs, Geouaro, mon heure n'est pas encore venue. G'est vrai, j'ai commis bien des actions mauvaises, je suis une grande criminelle; et c'est parce que je suis une fraude criminelle qu'il faut me laisser le temps de me nxunnaitre et de me repentir. Il le faut absolument, entends-tu, Gennaro?
428 LUCRÈCE BORGIÂ.
GENNARO
Vous êtes ma tante. Vous êtes la sœur de mon père. Qu'avez-vous fait de ma mère, madame Lucrèce Borgia?
Attends! attends! Mon Dieu, je ne puis tout dire. Et puis, si je te disais tout, je ne ferais peut-être que redoubler ton horreur et ton mépris pour moi ! Écoutemoi encore un instant. Oh ! je voudrais bien que tu me reçusses repentante à tes pieds ! Tu me feras grâce de la vie, n'est-ce pas? Eh bien ! veux-tu que je prenne le voile? Veux-tu que je m'enferme dans un cloître, dis? Voyons, si l'on te disait : Cette malheureuse femme s'est fait raser la tête, elle couche dans la cendre, elle creuse sa fosse de ses mains, elle prie Dieu nuit et jour, non pour elle, qui en aurait besoin cependant, mais pour toi, qui peux t'en passer ; elle fait tout cela, cette femme, pour que tu abaisses un jour sur sa tôle un regard de miséricorde, pour que tu laisses tomber une larme sur toutes les plaies vives de son cœur et de son âme, pour que tu ne lui dises plus, comme lu viens de le faire avec cette voix plus sévère que celle du jugement dernier : Vous êtes Lucrèce Borgia! Si l'on te disait cela, Gennaro, est-ce que tu aurais le cœur de la repousser? Oh! grâce! ne me tue pas, mon Gennaro! Vivons tous les deux, toi pour me pardonner, moi pour me repentir! Aie quelque compassion de moi ! Enfin, cela ne sert à rien de traiter sans miséricorde une pauvre misérable femme qui ne demande