‹ Œuvres complètesChapitre 89 sur 190 · V.-us me flattez · texte numérisé non relu

V.-us me flattez

FABIANI

J*- t'aime.

LA HEINE

Tii m'aimes, n'est-ce pas? Tu n'aimes que moi? Re-

}i^|.-.in<it tmrore comme «-ela, avec ces veux-là. Hélas!

•i«»jj* .lulroH pauvres femmes, nous ne savons jamais au

j'i-t»- «e qui se passe dans K» cœur d'un honnne. Nous

««•inino^ oblifrées d'en croire vos yeux, et les plus

<I4« SASIE TUDOt.

b^fitwL. FailâaiK*. ^\mX ^foelquefois les plus menteurs. N^U daa^ l>r (ûctuf. snilori, il y a tant de loyauté, tant de caadeor. tant de bonne fou qu'ils ne peuvent mentir, ceux-là, n'est-ee pas? Oui, ton regard est naïf et «ificére, mon beau page. Oh! prendre des yeux céli!Hl(*H pour tromper, ce serait infernal. Ou tes yeux Motil les yeux d'un ange, ou ils sont ceux d*un démon.

Ni démon ni ange. Un homme qui vous aime.

LA REINE

V)ui nime la reine.

V}ui aime Marie.

LA REINE

ÊoouU\ Fabiano, je faime aussi, moi. Tu es jeune. U > a boaucv>up de belles femmes qui te regardent fort douoouioul, je le sais. Enfin, on se lasse d*une reine Oivuuuo d\mo autre. Ne m'interromps pas. Si jamais lu iloxiiMK amoureux d'une autre femme, je veux que tu mo lo diso:^. Jo te pardonnerai peut-être si tu me lo dis. No m'interromps donc pas. Tu ne sais pas à quoi point jo t'aimo. Jo ne le sais pas moi-même. 11 y a dos moments, oola est vrai, où je t'aimerais mieux mort qu'heureux avoo une autre; mais il y a aussi des moments où je t'aimorais mieux heureux. Mon Dieu ! je ne sais pas pourquoi on cherche à me faire la réputation d'une méchante fomme.

FABIANI

Je ne puis être heureux qu'avec toi, Marie. Je n'aime que toi.

LA REINE

Bien sûr? Regarde-moi. Bien sûr? Ôh! je suis jalouse par instants! Je me figure, — quelle 'est la femme qui n'a pas de ces idées-là? — je me figure quelquefois que tu me trompes. Je voudrais être invisible, et pouvoir te suivre, et toujours savoir ce que tu fais, ce que tu dis, où tu es. Il y a dans les contes des fées une bague qui rend invisible, je donnerais ma couronne pour cette bague-là. Je m'imagine sans cesse que tu vas voir les belles jeunes femmes qu'il y a dans la ville. Oh! il ne faudrait pas me tromper, vois-tu!

FABIAM.

Mais ôtez-vous donc ces idées-là de l'esprit, madame^ Moi vous tromper, ma dame, ma reine, ma bonne maîtresse ! Mais il faudrait que je fusse le plus ingrat et le plus misérable des hommes pour cela! Mais je ne vous ai donné aucune raison de croire que je fusse le plus ingrat et le plus misérable des hommes ! Mais je t'aime, Marie ! mais je t'adore ! mais je ne pourrais seulement pas regarder une autre femme ! Je t'aime, te dis-je ! mais est-ce que tu ne vois pas cela dans mes yeux? Oh ! mon Dieu ! il y a un accent de vérité qui devrait persuader pourtant. Voyons, regarde-moi bien, est-ce que j'ai l'air d'un homme qui te trahit? Quand un homme trahit une femme, cela se voit tout de suite. Les femmes ordinairement ne se trompent pas à cela. Et quel moment choisis-tu pour me dire des choses pareilles, Marie? le moment de ma \ie où je t'aime peut-être le plus! C'est vrai, il me

beaux, Fabiano, soot quelquefois les plus menteurs. Mais dans les liens, milord, il y a tant de loyauté, tant de caudeur, tant de bonne foi, qu'ils ne peuvent mentir, ceux-là, n'est-ce pas? Oui, ton regard est naïf et sincère, mon beau page. Oh! prendre des yeux célestes pour tromper, ce serait infernal. Ou tes yeux sont les yeux d'un ange, ou ils sont ceux d'un démon.

FABIANI

Ni démon ni ange. Un homme qui vous aime.

LA REIXE.

Qui aime la reine.

FABIANI

Qui aime Marie.

LA REINE

Écoute, Fabiano, je t'aime aussi, moi. Tu es jeune. Il y a beaucoup de belles femmes qui te regardent fort doucement, je le sais. Enfin, on se lasse d'une reine comme d'une autre. Ne m'interromps pas. Si jamais tu deviens amoureux d'une autre femme, je veux que tu me le dises. Je te pardonnerai peut-être si tu me le dis. Ne m'interromps donc pas. Tu ne sais pas à quel point je t'aime. Je ne le sais pas moi-même. Il y a des moments, cela est vrai, où je t'aimerais mieux mort qu'heureux avec une autre; mais il y a aussi des moments où je t'aimerais mieux heureux. Mon Dieu ! je ne sais pas pourquoi on cherche à me faire la réputation d'une méchante femme.

FABIANI

Je ne puis être heureux qu'avec toi, Marie. Je n'aime que toi.

JOURxNËB II. -< LA REINE. 489

LA REINE

Bien sur? Regarde-moi. Bien sûr? Ôh! je suis jalouse par instants! Je me figure, — quelle 'est la femmt» f|ui n'a pas de ces idées-là? — je me figure >|Ui'l<|uori>is que tu me trompes. Je voudrais être in\MMt\ et pouvoir te suivre, et toujours savoir ce que tu rai<. ce (|ue tu dis, où tu es. Il y a dans les contes •le< fiM'H une bague qui rend invisible, je donnerais ma • •.«miiiie pour cette bague-là. Je m'imagine sans cesse •|ur tu \as voir les belles jeunes femmes qu'il y a dans la \ille. Oh! il ne faudrait pas me tromper, vois-tu!

FABIAM.

M:ii< ôtez-vous donc ces idées-là de l'esprit, ma-

•laiik\ .Moi vous tromper, ma dame, ma reine, ma

b(»nne maîtresse! Mais il faudrait que je fusse le plus

in^t et le plus misérable des hommes pour cela!

Nai< J4* ne vous ai donné aucune raison de croire que

jefu<<c le plus ingrat et le plus misérable des hommes!

Vais je t*aime, .Marie ! mais je t'adore ! mais je ne

(Niurrais seulement pas regarder une autre femme ! Je

(aime, le dis-je ! mais est-ce que tu ne vois pas cela

•ian< mes yeux? Oh ! mon Dieu ! il y a un accent de

T^nlê qui devrait persuatler pourtant. Voyons, re-

,7anle-moi bien, est-ce que j'ai l'air d'un homme qui

le trahit ? Quand un homme trahit une femme, cela se

voit tout de suite. Les femmes oniinairement ne se

tnimpeitt pas à cela. Et quel moment choisis-tu pour

me dire des choses pareilles, Marie? le moment de ma

vif ou je t'aime peut-être le plus! C'est vrai, il me

490 MARIE TODOR.

semble que je ne t*ai jamais tant aimée qu'aujourd'hui Je ne parle pas ici à la reine. Pardieu, je me moqu bien de la reine ! Qu'est-ce qu'elle peut me faire, 1 reine? elle peut me faire couper la tête, qu'est-ce qv cela? Toi, Marie, tu peux me briser le cœur. Ce n'e pas votre majesté que j'aime, c'est toi. C'est ta bel main blanche et douce que je baise et que j'ador et non votre sceptre, madame!

LA REINE

Merci, mon Fabiano. Adieu. — Mon Dieu, milor< que vous êtes jeune! les beaux cheveux noirs et charmante tête que voilà! Revenez dans une heur-

FABIAM.

Ce que vous appelez une heure, vous, je Tappeli un siècle, moi!

Il sort.

Sitôt qu'il est sorti, la reino se lève précipitaoïment, va à une porto masquée, l'ouvre, et introduit Simon Renard.

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