‹ Œuvres complètesChapitre 2 sur 87 · II NOTICE SUR XAVIER DE MAISTRE · texte numérisé non relu

II NOTICE SUR XAVIER DE MAISTRE

tiné à être un des nôtres ; Benjamin Constant, l'orateur, le publiciste, le romancier ; et Topffer, le conteur ^ jamais regrettable.

La Savoie, aujourd'hui française, mais devenue terre étrangère, tout en ayant gardé religieusement notre langue, a prouvé qu'elle se souvenait de ses anciennes origines, quand elle a enrichi notre littérature de l'historien Claude de Seyssel (i), du jurisconsulte Antoine Favre, de l'académicien Vaugelas, cet homme si correct qui introduisit l'esprit dans la grammaire, de Saint-Réal, de Ducis, et surtout de ces deux frères également illustres qui s'appelèrent Joseph et Xavier de Maistre.

Oui, ils furent frères par le nom, ces écrivains dont la gloire a déjà traversé un demi sèicle. Mais là s'arrête leur parenté, et c'est peut-être la divergence de leur essor qui nous les rend plus précieux encore. Joseph de Maistre, le grave auteur des Soirées de Saint-Pétersbourg, se platt dans l'évocation des plus redoutables questions sociales : il remonte volontiers le courant des idées flottantes; il s'oppose au torrent moderne; il lutte contre le déluge révolutionnaire : il se fait écluse pour barrer le passage à l'innovation. Sous sa plume, les maximes tombent tranchantes et inexorables. Il est austère comme la vérité ; il a quelques-uns des contour» sombres et anguleux d'Âlighieri. Ainsi que le poète florentin, il semble être descendu dans le pays des morts.

Xavier de Maistre, au contraire, ne procède que par des qualités aimables. Lui aussi il est philosophe, lui aussi il est moraliste ; lui aussi il tient le langage de la vérité : mais sa philosophie a tant de gr&ce, sa morale tant de bienveillance, sa franchise est si peu chagrine, qu'on se sent plein de sympathie pour cet autre Sterne, cet autre Charles Lamb* Il amuse, mais il intéresse ; il entraîne le lec-

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