FRAGMENTS DE NUMISMATIQUE SÉNONAISE
(Extrait du tomo \1X de la Revue tiumismatiquef 183i,
pp. 364-369.)
Procédant dans le même ordre que Tauleur dont j'examine le travail, je ferai remarquer qu'il se donne une peine vérilablement superflue en combattant d'avance l'attribution à Sien en Valais d'un denier de Pépin sur lequel on lit SENOIS. D'abord il faudrait lire la légende à rebours, sans tenir compte du sens dans lequel TE est tracé, et ensuite on obtiendrait SIONES. Or Siones ressemble à la vérité au nom français moderne Sion : mais quelle raison aurions-nous de croire que celte forme récente existait au temps de Pépin? Si les premiers Carlovingiens avaient battu monnaie à Sion, leurs deniers nous montreraient soit la forme antique Sidunum plus on moins altérée (2), soit la forme germanique Sitten. Quant à SENOIS, il est bien entendu qu'il faut le lire Senonis, car, par suite d'une disposition commune à tous les peuples d'origine indo-européenne, l'N a pu, dès les temps les plus recalés, être omis dans l'écriture sans que la prononciation des mots où ce caractère doit entrer en fût altérée. Je ferai en passant observer que les légendes du denier mérovingien de Sens ne sonl pas Anteltnus mon-Racio eglisi Seno; mais«ACTELINVS MON—
(1) Ph. Salmon, Rev.num.y 1834, p. 186.
(2) Voy. la description de quatorze tiora de sou avec les légendes SmVNIS FIT; SIDVNINSIVM CTVITATE. etc. H. Mevor. Die Hracteaten der Schveiz, Zurich, 1845, p. vu.
OBSERVATIONS NUMISMATIQrES. 327
RACIO ECLI SENO. La première lecture provient de Texamen d'une monnaie mal conservée ; j*ai eu entre les mains un denier à fleur de coin qui appartient au musée de Copenhague, et j'en ai déjà donné ailleurs Findication (1). C'est un détail peu important, et je ne le relève ici que parce que l'occasion toute naturelle s^en offre à moi, et que d'ailleurs c'est la troisième fois que je vois cette fausse leçon se reproduire.
Je passe ensuite à une autre question, celle de savoir si les deniers de Charles le Chauve avec la légende SENNES sont frappés à Sennheim ou à Sens. Quanta Sennheim, jen^insisterai pas lorsqu'on me fournira le moyen de substituer à ce nom celui d'une localité plus rapprochée de Mayence, car je maintiens que les deniers aux deux types et le nom SENNES offrent une analogie frappante avec ceux qui portent la légende MO* GONTIA. M. Salmon fait observer que la croix se trouvant sur les monnaies des empereurs byzantins avec la légende SALVS M VNDI , a donc pu être adoptée partout, et qu'en conséquence la ressemblance des croit sur deux monnaies ne peut amener h aucune conclusion (2). Je trouve que M. Salmon est bien modeste, et j'irai tout de suite plus loin que lui, en affirmant que la croix non seulement a pu être adoptée, mais a été représentée en effet sur des monnaies frappées dans tout le monde chrétien; cela ne m'empêchera nullement, entre tant de monnaies qui portent une croix, do distinguer celles qui sont do fabrique analogue.
Plus loin, M. Salmon voulant prouver qu'il n'est pas difficile de rencontrer des noms de ville dont Torthographe varie dît : n'a-t-on pas dans le même temps, sous Charles le Chauve, TRIODORO, TORNODOR et TORNANDORTI pour Tonnerre? Je réponds à cela que la légende Tomandorti n'existe pas. Je connais TORNAFI PORTI, TORNAII PORTI, c'est-à-dire Tornaciporti, plus ou moins altéré, sur des deniers de Tournay; mais Toriumdorti ne se voit que dans des gravures inexactes. Si on doit lire sur un autre denier Triodoro, on peut assurer
(4) Notice des monn. />•. ompos, la collect. de M. J. Rousseau ^ p. 46. (2) Revue numismatique, plus haut, p. i92.