‹ Œuvres de A. de Longpérier (volume 2)Chapitre 106 sur 128 · PL. V · texte numérisé non relu

PL. V

Les monnaies carlovingiennes, quoiqu'elles soient pour la plupart dépourvues de portraits et de figures, n'en sont pas moins très dignes de l'attention des archéologues, je ne dirai pas seulement & cause des personnages historiques dont elles rappellent le souvenir, mais parce que ces monnaies constituent d'importants documents pour la géographie et pour Tétude philologique de notre langue.

Nous croyons donc faire une chose utile en livrant à Texamcn des numismatistes le dessin de quelques monnaies carlovingienncs inédites, ou en rectifiant la description de pièces déjà connues.

M. Frédéric Troyon, le savant explorateur des cimetières antiques de la Suisse Romande, a eu la bonté de me donner les empreintes de belles monnaies de Charlemagne trouvées par lui dans un tombeau & Bel-Air, près Lausanne. Ces pièces étaient au nombre de dix, dont sept semblables au n» 9 de notre planche V. Les trois autres sont gravées sous les n®' 3, 5 et 6. J'ai profité aussi, comme on va le voir, des recherches qu'il m'a été permis de faire au sujet do plusieurs monnaies très précieuses appartenant à M. Gouaux.

PÉPIN. — Argentoratum. Strasbourg.

R. P. en monogramme. Revers. ARGRAT. CIV. autour d'une petite croix (pi. V, n° 1). Cette pièce a été publiée par Mader (i), mais avec la fausse leçon CIVARORAT.

De là, la lecture Civitas Arrat.^ et l'attribution du denier de Pépin à Arras, quoique sur les monnaies d'Eudes, de Charies le Simple et de Lothaire on lise encore ATREBAS.

M. Alexandre Hermand, le savant historien des monnaies de r Artois, loin d'accepter sans contrôle une attribution qui tendait à grossir la numismatique de son pays, a le premier combattu Topinion de ses devanciers. « Je suis loin, dit-il en terminant, d'être positivement convaincu que le denier de Pépin ait été fabriqué à Arras (2). » M. Hermand avait parfaitement raison d'exprimer cette défiance. J'ai pu examiner le denier original dans la collection de M. Gouaux, et reconnaître que la troisième lettre de la légende est un G et non un O. Dès lors, cette légende ne présente plus de difficultés. Eginhard dit : Argentoratum urbem ques nunc Strasburg appellatur... (3). peu Grégoire de Tours s'était exprimé à près dans les mêmes termes : Argentoratensem urbem guam 7iunc Strateburgum vocant[h). La double dénomination se trouve bien représentée sur les deniers de Charlemagne qui ofl*rent les inscriptions Cl VI ARGE et STRTBVRG. Déjà sur la monnaie mérovingienne on trouve Stradiburg. Mais le chef de la seconde race se montre plus classique que ses prédécesseurs.

CARLOMAN. — Lugdunum. Lyon.

CARLEMAN en monogramme. Revers LVG; au-dessus, une barre (pi. V, n*» 2).

(1) Kritische Beiirxge zur Mùnzkunde des MitlelalterSy t. IV, p. 5.

(2) Hist, monét, de la province d'Artois. SaintOmcr, 1843, ia-8«, p. 58.

(3) Hist. transL beat. Marcell, et Petn't 14, apud Boll., Act. Sanct.f l Juu.. col. 181 sqq.

(4) Llb. X, cap. 19.

DE PÉPIN, DE CARLOMAiN ET DE CHARLEMAGiNE., 339

Le denier de Garloman, frappé à Arles, qu'a publié Le Blanc dans son Traité historique des monnaies de France, est resté pendant plus de cent cinquante ans Tunique monnaie connue du frère de Charlemagne. La pièce, dont je donne le dessin, découverte à Lyon par M. Thibaut, il y a une dizaine d'années, est entrée dans la collection de M. Gouaux. Ce denier, comme on le pense bien, a vivement attiré Tattention des numismatistes ; il parait aussi avoir éveillé la cupidité d'un faussaire, car il existe également dans la collection de M. Gouaux une contrefaçon des deniers de Carloman aux caractères secs, grêles, tels en un mot que ceux qui, fort heureusement, distinguent les imitations de monnaies carlovingiennes si nombreuses depuis quelques années. Le denier faux dont je parle, porte au revers ARE, avec ui* A à barre brisée, un trait fort court au-dessus de l'R, et un 6 lunaire. M. Gouaux savait bien ce que vaut cette pièce, et il ne l'avait achetée que pour la montrer aux antiquaires à côté de son excellent denier de Lyon.

ARLEMAGNE. — Cenomani. Le Mans.

CAROLVS, en deux lignes. Revers. CINOMNI, en deux lignes courbes, entourant une petite croix (pi. V, n** 3).

J'ai décrit un denier de Pépin, frappé au Mans, sur lequel le nom de la ville est tracée en une ligne composée de caractères liés les uns aux autres (1). Cette attribution a rencontré l'approbation de M. B. Fillon (2). J'ai proposé aussi de lire le nom du Mans sur un denier de Charlemagne qui nous montre des caractères disposés d'une façon très irrégulière : CN au rang inférieur, O au centre, MAI à la ligne supérieure (3). Le denier recueilli par M. Troyon offre encore une autre combinaison dans laquelle le nom du Mans se distingue très facilement.

(1) îfoiice des monn. franc, de la collecL de M, J. Rousseau, p. 100, d« 223. Ce denier aTail été attribué à Amiens.

(2) Lettres sur quelques monn. franc. i?iéd., 1853, p. 119*

C3) Notice des monn. de M. J. Rousseau, p. 111. Voir le dessin de cette monnaie, Revue num,^ 1846, pi. X, n» 15.

Celte monnaie a très peu de relief, et la croix qui occupe le centre du revers se fait remarquer par sa forme singulière pour celte époque.

Chogâe. Les Choges.

CAROLVS, en deux lignes. Revers, CHOGIS, en deux lignes; au centre, un point (pi. V, n® 4). Ce denier, acquis par M. C. RoUin, à Vienne (Autriche), vient d'être cédé à M. J. Rousseau, qui a eu l'obligeance de m'en donner une empreinte.

Dans le troisième volume du catalogue de sa précieuse collection, M. Reichel a décrit un denier semblable, mais il a pris le premier caractère de la seconde ligne du revers pour un D, et lit en conséquence CHODIS, que, dans une courte note, il propose de rapprocher du nom de Chaudes-Aiguës, petite ville de la liante Auvergne (1). M. Reichel a été trompé par une fausse, apparence ; mais on sait de plus que le nom ancien de Chaudes-Aiguës est AquâS Calidœ. D*ailleurs, la monnaie porte en réalité le nom de Chogis, qui est un pluriel, et qui me semble convenir au lieu dit Les Choges, situé près de Randans (Puy-de-Dôme). Nous n'avons pas de senseîgnements sur l'antiquité des Choges ; mais nous rappellerons que dans Fltinéraire de Bordeaux à Jérusalem, on trouve cité une mxUatio du nom de Chogeae, placée sur la route de Nicée de Bithyaie à Dablae, et très voisine de la frontière de Galatie (2). Le nom de cette localité pourrait être celtique comme celui des Ciioges.

Un G semblable à celui qui entre dans le mot CHOGIS se rencontre sur une très petite monnaie de cuivre portant GR, frappée pour Guillaume III, fils de Tancrède, roi normand de Sicile (3).

(1) Die Reichelsche Mûnzsanimlung in Saint-Pelershurg, Drilter Theil, I fiaoJ. 1850, pi. li uo 2.

(2) Wesseliiig, Vet. Rom, itin., Amst., 1733, p. 573.

(3) Priuce de San Giorgio-SpiaelU. Mon, cuf, batt, da princ, Longob. norm. e sîievi. Naples, 1844, p. 197, n» 2, et p. 219.

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