FIGURINES DE FER
malheureux Charles VI et de ses courtisans, qui pour se transformer en sauvages, s'étaient revêtus d'un coslume enduit de poix et couvert d'étoupes.
Dans les Mille et une Nuits, ce recueil d*un prix inestimable dans lequel se retrouvent toutes les croyances populaires des Orientaux, nous voyons figurer des sauvages couverts de poil rouge :
Quant à la qualité de gardiens, de portiers, que j'ai donnée aux géants, elle se trouve suffisamment justifiée par un grand nombre de passages de poètes de Tantiquité et du moyen âge.
Nous savons que Jupiter enfant avait des géants pour gardiens (2), que les Titans enfermés dans le Tartare étaient sous la surveillance des géants (3), que le géant Talos faisait trois fois par jour le tour de l'île de Crète pour en défendre l'abord aux étrangers (4). Si les versets 26 et 27 de la V* sourate du Coran ne prouvent pas que la terre de Chanaan était gardée par des géants, ils font voir du moins que telle était la croyance des Orientaux au viii" siècle :
Au reste, les contes arabes sont remplis de géants qui gardent les trésors, les châteaux, les princesses.
Les romans occidentaux nous en présentent tout autant. Dans les vignettes des plus anciennes copies du roman de la Rose, le dangier qui éloigne l'amant du jardin est représenté comme un géant entièrement velu et armé d'une massue.
(1) Histoire de Sindebad-el^bahrij ni« voyage.
(2) Iliad,, A, 401.
(3) Hésiod., Theog., 735.
(4) Âpollod., I, 9, 26. Cf. J. de Witte, Bévue ntimismalique^ t. V, p. 188.
(5) Cor.f p. 93, éd. Redsiod. Leipsig, 1837.
■ii FIGlRI^s'ES DE FER.
Dans la Bible des poètes (1) nous voyons Cerbère défendre l'entrée des Enfers sous la forme d'un géant velu à trois têtes.
Une tradition allemande place les mines d'argent du Hartz sous la protection d'un géant.
On le voit -figuré sur les thalers des électeurs de Bininswick et de Hanovre, qui étaient les propriétaires de ces mines, avec les traits d'un colosse velu, ayant quelquefois les reins ceints d'une couronne de feuillages et tenant à la main un tronc d'arbre déraciné.
Enfin les portes de nos églises sont ornées de la figure d'un géant. Il se plaçait au premier pilier et semblait constitué en gardien du temple.
Par suite des changements tout extérieurs introduits dans l'art par le christianisme moderne, ce géant est devenu un saint Christophe ; mais à Notre-Dame de Paris il avait conservé son caractère primitif; aussi Dom Martin l'avait-il pris pour un Jupiter gaulois.
On sait que dans les mascarades et dans les fêtes des villes du Nord, genre de spectacle dans lequel reparaissent dans toute leur naïveté les traditions les plus anciennes, ce sont toujours des sauvages qui gardent et escortent l'objet principal de la cérémonie.
Enfin la barbe des sapeurs de nos régiments n'est peut-être que la dernière expression infiniment abrégée de la villosité qui doit être inhérente à l'idée de force et de défense dans sa double acception de résistance et de cause d'eft'roi.
Quand même on n'accepterait pas la valeur symbolique que je donne avec une conviction entière aux figures de fer que je viens de faire connaître, on ne pourra du moins contester, je le pense, la nouvelle date que je leur assigne, et cela seul peut mériter l'attention des archéologues.
(1) Par Antoine Vérard, 1493, fo lxxv, recto.
riGURiNKS ni: ff.h.