D£ REIMS
(Extrait da tome VI de la Revue numismatique^ 1841, pp. 332-343.)
Entre toutes les villes de la France proprement dite, Reims se fait remarquer par la variété de ses monnaies qui fournissent à toutes les époques de la numismatique quelques monuments intéressants.
C'est que, capitale d'un peuple important de la Gaule, cité puissante sous les Romains, choisie dès l'origine de la monarchie franque pour le lieu du sacre des rois, signalée par un miracle politique, possédée par le plus puissant baron de son temps, puis gouvernée par des archevêques du sang royal, cette ville a continuellement joué un rôle dans notre histoire ; mais il n'en est pas moins assez remarquable que chacune des autorités entre les mains desquelles Reims a successivement passé, ait constaté sa possession en y frappant monnaie, et je crois que l'on me pardonnera de donner un aperçu rapide de toute cette numismatique. Les monnaies nouvelles que j'ai à faire connaître prendront leur place naturelle dans cette collection.
On a depuis longtemps attribué à Reims la médaille qui porte les mots REMOC et ATICIOC (1); cette pièce est d'un bon style, et ressemble, pour la fabrique, aux statëres d'or des Arvemes. Le lion du revers parait une réminiscence du
(l)^Miounet, I, p. 82, n» 216, et suppl., I, p. 148, n» 153.
NOTICE SUR QUELQUES MONNAIES DE REIMS. 9o
type de Marseille. Maintenant faut-il voir uu nom de ville dans le mot Remos, ou bien n'est-ce là qu'un nom d'homme, comme Atisios qu'il serait difficile d'attribuer à quelque localité? Cette question demeure fort incertaine à mes yeux, et je la livre aux méditations de mon excellent ami M. de la Saussaye. Quant au petit bronze qui présente trois tètes accolées et un bige au revers, avec le mot REMO ou RI MO sur chacune de ses faces (1), je ne pense pas qu'il puisse faire le sujet d'un doute. Les trois profils ont beaucoup d'analogie avec la tète des quinaires sur lesquels on lit CALEDV* et SENODON. Cette similitude de dessin peut encore appuyer l'attribution de ces quinaires à deux localités de la Champagne, Chaumont et Sens (2). Ce que le petit bronze de Reims présente de plus frappant c'est que son type le range parmi les très rares médailles gauloises qui ne sont pas des imitations des monnaies grecques ou romaines ; aussi me paraît-il comparativement très récent.
Les monnaies mérovingiennes de Reims ne sont pas nombreuses. Cinq variétés de tiers de sol d'or seulement nous sont parvenues. Le lecteur les trouvera décrites dans l'excellent catalogue de M. Cartier, au nom des monétaires Betto, Filumarius, Filaharius, Garibertus (3).
La série carlovingienne est bien autrement riche; cependant je ne la ferai pas commencer au règne de Charlemagne, avec l'auteur du Catalogue des monnaies nationales de France. M. Conbrouse décrit, sous le n° 538 de son ouvrage, la pièce suivante qu'il attribue à Reims :
REMEI-R^DO, en deux lignes.— CARO-LVS, en deux lignes (20 grains).
Quoique la division en deux lignes n'indique pas toujours deux mots, et qu'au contraire il serait peut-être difficile d'en trouver d'autre exemple dans ce sens qu'AQVIS VASON (4),
(1) Mionnet, I, p. 82, n« 218.
(2) Aevue numism., 1840, p. 118.
(3) Ibid,, 1840, p. 228 et suiv., n»» 160, 384, 385, 423.
(4) Ibid., 1837, p. 3'>2, et 1839, p. 144.
cependant ici il est impossible de faire un seul nom de Renieirodo. On aurait donc Remet qui serait le nom de Reims et la seconde partie Rodo, dont la présence paraîtrait singulièrement embarrassante.
Si nous jetons les yeux sur la carte des Gaules, nous trou-
vous entre Embrun et Briançon, dans la Narbonnaise, Rame ou Roame, oppidum cité dans l'itinéraire d'Antonin, et dont le nom moderne est Rosaîis.
Pour peu que Ton ait quelque habitude de Tétymplogie, on comprendra bien vite que Rosans ne saurait venir de Rame ou Roame; tandis que si nous supposons que Rame était une de ces colonies fondées par les Rhodiens, dans la Provence, suivant Pline, et que nous lisions la légende du denier de Charlemagne, RAMEI RODtOrwm, ce nom de Rosans, dont le S final indique un nom de peuple (1), se trouve très bien expliqué, puisque son origine est la même que celle de Rosas, de Catalogne qui, comme on sait, est le Rhoda Tarraconensts.
J'ai cru nécessaire de consigner ici cette interprétation nouvelle de Ja légende Remeirodo^ parce qu'à mes yeux les monographies numismatiques cesseraient d'être utiles, si Ton n'en écartait pas avec le plus grand soin les éléments étrangers. Faire entrer des monuments douteux dans un travail de cette espèce, c'est véritablement appauvrir son sujet.
Je reprends la série des monnaies carlovingiennes de Reims; elles ont toutes été publiées^ et je ne fais qu'en rappeler les légendes.
Louis le. Débonnaire. +HLV- ( REMIS CIVIS ) dans le DOVVICVS IMP. Croix. % \ et REMIS CIVITAS ) champ.
Charles le Chauve. Monogramme. \ '*^'**'^ ^'^'"1^^^ /^ . /^DA-riA fM Df-v «DE A < REMIS CIAITAS >Croix.
GRATIA D.l REX et RE.- ^. ) RHEMISCIVITAsi
Obole au même type :
Louis III? — LuDO-wic, en deux lignes. — 1^.4- REMIS
CIVIS. Croix.
(1) Cf. Éloy Johanneau, Letlre à M. Armand Casstm, p« 6.