‹ Œuvres de A. de Longpérier (volume 2)Chapitre 38 sur 128 · KAROLI · texte numérisé non relu

KAROLI

(1) Ce retable dor repoussé fut douoé àla cathédrale de Bâle par rempcrear Henri H, mort on 1024. Une excellente lithographie de ce monument a été publiée, lors de sa découverte dans les cryptes de l'église, chez Hasler, à Bâle.

(2) C'est faute d'avoir soulevé le couvercle de cette châsse, que M. André

Nul doute par conséquent que ce meuble n*ail renfeimé le bras du grand empereur, et qu'il n'ait été fait en 1165, alors que Frédéric Barberousse ouvrit le tombeau d'Aix-la-Chapelle pour en tirer les restes de Charlemagne.

Dans cette hypothèse, la présence de tous ces personnages impériaux s'explique très facilement par leur connexion avec l'empereur français et le prince qui voulait honorer sa très glorieuse mémoire .

Ainsi Louis le Débonnaire figure ici comme fils de Charlemagne, et comme celui qui a présidé à sa sépulture.

Othon III, parce qu'en l'an 1000 il avait pénétré dans lo tombeau que deux siècles avaient respecté, pour s'emparer ensuite de la croix d'or de l'illustre chef des Cariovingiens.

Frédéric de Souabe, mort en 1147, comme père de Barberousse (1). Conrad II, roi des Romains, comme son oncle et son prédécesseur (2). Enfin Béatrix, fille de Renaud, comte de Bourgogne, qu'il avait épousée en 1156.

Frédéric avait voué une espèce de culte à Charlemagne ; il avait obtenu en 1161 du pape Pascal III qu'il le canonisât. C'est qu'alors cette sanction ecclésiastique n'était en quelque sorte que l'expression la plus haute de l'estime politique, tout comme l'excommunication n'était qu'une pénalké bien souvent étrangère aux choses de la foi.

Si je suppose que les émaux de la châsse de saint Charlemagne ont pu n'être pas exécutés en Allemagne, ce n'est pas

PoUier s'étouue, dans le texte des monumeats de Willemin, de ce qu'elle ligure dans les anciens catalogues du Trésor de Saint-Denis, comme renfermant le bras de Charlemagne.

(1) Frédéric de Souabe est représenté ici avec une cotte de mailles et un casque conique, et absolument dans l'attitude donnée & Mathieu, duc de Lorraine, son gendre, sur les monnaies frappées & Nancy. Voir Recherches sur les monnaies des ducs de LorrainCy par F. de Saulcy, Metz, 1841, pi. I, tk^* 7 et 8.

(2) Conrad, qui n'avait point reçu le sacre impérial, se faisait scrupule de prendre le titre d'empereur, même dans ses chartes. Il ne dérogeait à cette coutume modeste que dans ses relations avec les empereurs d'Orient. Si la châsse eût été de travail byzantin, il est a croire que Conrad y eût reçu lo titre d'empereur, sous lequel il étoit connu à Constantinople. L'inscription le qualifie de second^ parce qu'alors on ne tenait pas compte de Conrad !<*', roi de Germanie.

in DESCRIÏ^TION DE QUELQUES MONUMENTS ËMAILLÉS

que je croie que ce genre d'ornements fut exclusivement fabriqué en France au xii* siècle. Ce serait une erreur tout aussi ridicule que celle qui a consacré le surnom de byzantins pour tous les émaux indistinctement. Yoici, par exemple, un petit tableau qu'il serait difficile de ne pas considérer comme flamand et du xi' siècle. Sous trois arcades en plein-cintre soutenues par des colonnes au chapiteau ileuronné, sont trois saints de face, que déterminent parfaitement les inscriptions tracées en demi-cercle au-dessus de chacun d'eux. Au milieu est un évèque, saint Livin, à sa droite saint Sébastien, à sa gauche saint Tranquillin. Saint Livin étant Tapdtre et le patron de Gand (i), et rentrant tout à fait dans les conditions de ce que Ton peut appeler un saint local, il parait assez naturel qu'un monument dans lequel il occupe la première place ait été composé dans la ville qui l'avait pris pour son protecteur. La translation des reliques de saint Livin ayant eu lieu en 1006, il dut s'ensuivre un redoublement de ferveur pour son culte que l'imagination des artistes traduisit sur le bronze et sur la pierre. Les costumes donnés aux trois saints répondent assez bien à l'époque que j'assigne à cet émail du musée du Louvre. La mitre basse et conique de saint Livin, sa crosse, son pallium, tout est semblable à ce que nous montrent les plus anciennes monnaies épiscopales des Pays-Bas. La chaussure militaire de saint Sébastien (2), l'arrangement de sa toge verte, ont quelque chose de carlovingien. Les ins criptions sont en caractères semblables à ceux du retable de saint Henri, que j'ai cité plus haut.

Les couleurs de cet émail sont le vert, le bleu et le blanc Avant de nous occuper des émaux français du xni« siècle, portons un instant nos regards vers l'Orient, et cherchons

(1) Livinus était tin savant et pieux Écossais qui vint en Flandres pour prêcher l'Évangile aux païens. U se consacra par une prière de trente jours sur le tombeau de saint Bavon, ancien évêque de Gand, en llionneur de qui il composa un poème. Livinus opéra grand nombre de conversions, puis fot mis & mort, en 659, par les idolâtres alarmés de ses progrès.

(2) Sébastien était né à Narbonne, et servait dans les armées de DiocléUen. Il convertit à Milan Tranquillinus, que le pape fit prêtre.

quels étaient, à la même époque, les émaux véritablement grecs. Ils doivent nécessairement avoir un caractère spécial et se rapprocher du faire des vignettes des manuscrits byzantins. Sous ce rapport, deux petits médaillons émaillés sur argent que possède le Musée du Louvre, me paraissent devoir être attribués, avec toute vraisemblance, à une main grecque. Ces deux médaillons représentent, je crois, deux évangélistes. L'un, à répaisse chevelure, à la barbe de forme orientale,

relève le pan de son pallium rouge; il tient un évangéliaire de la main gauche; Tautre, jeune cl complètement imberbe, a la main droite ouverte qu'il semble présenter en avant; de la

main gauche il tient un volumen; dans le champ, près de lui,

une grappe de raisin avec son feuillage se détache sur le fond bleu. Tous deux ont la tète entourée d'un nimbe vert dont le contour est déterminé par un mince filet d'or. Toutes les lumières des étoffes et les carnations sont exprimées par le fond du métal.

Il existe au Louvre un autre médaillon, placé à côté des précédents, qui nous montre le protome du Christ, de face, nimbé, bénissant de la main droite, et accosté des deux lettres A et Û, le principium et finis de TÉvangile. Malgré la présence de ces deux lettres ou plutôt à cause d'elles, car leur forme accuse une origine étrangère à la Grèce, et en tenant compte du style général du dessin, je rangerai encore cet émail parmi les œuvres de notre Occident. L'émailleur qui avait vu TA et TQ attachés aux branches d*une croix, et qui ne connaissait pas leur véritable forme hellénique, n'a pas su les dégager de cet appendice en forme de queue qui servait à les suspendre. Un Grec n'eût pas commis cette erreur.

J'admets donc, comme on voit, qu'à certaines époques les émaux ont subi une influence étrangère, mais quant aux sujets représentés, et non pas sous le rapport de la fabrication. Aussi bien après les croisades qu'après les guerres dltalie du XVI® siècle, les arts se sont emparés de quelques types, guidés qu'ils étaient par la mode, cette affection de l'esprit qui a pour principe le besoin de renouvellement, et dont l'effet est presque toujours une imitation peu réfléchie.

En l'an 1200, Louis VIII épousa Blanche, fille d'Alphonse VIII de Castille. On sait que ce roi, par suite de ses relations avec les Maures d'Espagne, avait fini par faire usage de la langue arabe pour les légendes de ses monnaies (1). Une telle concession, faite au voisinage des conquérants de la Péninsule, dut s'étendre à mille petits détails dans le domaine des arts. Probablement la jeune reine apporta avec elle des vases^ des bijoux, des étoffes, des manuscrits chargés de quelques-unes de ces riches broderies dont l'alphabet arabe fait tous les frais,

(1) Os monnaies frappées à Tolède portent des légendes chrétiennes écrites en arabe; on y voit même le nom du pape Baba Honmi, qui est intitulé Vhnam

Di: MOYEN AGE.

et qui devaient fournir de gracieux modèles aux artistes français.

Cette idée m'est suggérée par l'examen d'un ciboire de la plus grande beauté qui fait partie des collections du Louvre. Ce vase, haut de dix pouces, et sur lequel des anges et des saints en relief et dorés alternent dans des médaillons à fond bleu, délicatement réchampis de rouge, est ceint, à l'endroit où joint le couvercle, d'une zone sur laquelle est gravé cet ornement :

nhzlirï}zifli£A±IJl!^^

dans lequel je ne puis voir que l'imitation d'une inscription arabe tronquée et continuellement répétée. Pour convaincre le lecteur de ce que j'avance, je place ici la devise des rois de Grenade :

Oua la rhalleb illa Allah ; c'est-à-dire : // n'y a de vainqueur que Dieu, L'on ne pourra manquer d'être frappé, comme moi, de l'étroite ressemblance de l'ornement chrétien avec la phrase musulmane dont il a conservé tous les éléments.

A l'intérieur du vase se lit cette inscription en beaux caractères du xin' siècle :

t MAGITER(./c): G : ALPAIS : ME : FECIT : LEMOVICARVM. Je ne sais pour quelle raison tous les antiquaires qui ont parlé

de l'Église du Messie. Le frontispice d*un manuscrit du xi^ siècle, publié par M. le comte de Bastard, dans la 10^ livraison de son splendide recueil de fac-similés, nous montre des encadrements que je regarde comme de complètes imitations d'inscriptions arahcs d*Espague. Ce livre fut écrit dans Tabbaye de Saiut-Sevcr, en Gascogne.

de cette merveille de l'art limousin, ont donné à son auteur le nom de Claudius Alpais. Quoi qu'il en soit, ce maître habile a dû produire une quantité considérable d'ouvrages émaillés, car il subsiste encore dans les cabinets (rantiquitéa bon nombre de pièces dont le style et la couleur sont évidemment ceux qui distinguent le vase du Louvre, c'csl-à-dîre , un champ bleu foncé sur lequel se détachent de larges rinceaux dorés parsemés de points d'un i-ouge un peu terne. La Bibliothèque Royale possède une crosse épiscopale ainsi décorée, et dont toutes les parties sont traitées avec le plus graad soin.

Une fort belle coupe, dont Willemin a figuré ime partie dans sa planche 109, nous montre une bordure dans laquelle on reconnaît encore une légende arabe extrêmement altérée par l'imitateur. Cette circonstance semble avoir échappé à M. André Pottier.

L'influence de l'union de Blanche, fille d'Alphonse, avec le roi de France, eut encore un autre effet pour les art» d'ornementation. Un vit paraître alors de tous côtés, dans les sculptures, dans les vitraux, dans les enluminures de manuscrits, de petites tourelles, castUlos, armes parlantes du royaume de Castille.

Ces petits châteaux étaient le plus souvent répandas dans les bordures, et beaucoup plus rarement placés dans des écus-

sons. Les vitrages des églises de Chartres, de Beauvais, d'Amiens, de Soissons, de Tours, de Limoges, sont parsemés decas/iV/o*;j'en trouve également sur un custode et une coupe émaillés qui sont d'ailleurs évidemment des ouvrages du commencement du xiir> siècle.

On remarquera la forme très archaïque de la Heur de lis placée sur le flanc du custode qui se trouve ici reproduit. Elle est semblable à celle du contre-sceau de Louis VIII.

Outre le castilh, la coupe dont je reproduis ici un quart, représente en deux endroits un sujetassez bizarre. Un person-

nage marche sur les. mains, tandis qu'un autre l'accompagne en jouant d'un instrument à cordes. L'exercice auquel so livre ce cubistétère fut, dès la plus haute antiquité, le partage de certains baladins que l'on appelait aux jours de fêle afin de distraire les convives. Ils sont nommés plusieurs fois par Homère. « Ainsi les amis et les voisins du glorieux Ménélas s'abandonnaient à ta Joie du repas dans sa vaste demeure ; au milieu d'eux chantait un artiste divin, qui jouait de la cithare, et deux cubistétferes, réglant leurs pas sur la musique, sautaient devant l'assemblée. »

128 DESCRIPTrOX DE QUELQUES MONUMENTS ÉMAiLLÉS

Les deux autres compartiments de cette coupe sont remplis par des figures de musiciens qui tiennent des lyres et d'autres instruments difficiles à reconnaître ; ce vase ayant été fort usé, les parties de cuivre en relief ont perdu les traits de burin qui les mettaient en valeur, et les figures sont réduites à Tétat de véritables silhouettes. D'autres coupes émaillées, du même style, existent au Louvre, à la Bibliothèque Royale, chez M. le comte de Pourtalès et chez M. de Bastard. La Ravallière, Grivaud de la Vincelle et Willemin len ont fait graver plusieurs. Quelques-unes portent des armoiries, d'autres des sujets de chaise, de danse et de musique. L'usage de ces coupes, souvent discuté, n*a pas encore été décidément établi. Quelques antiquaires pensent que l'on se servait de ces vases dans les cérémonies de l'Église, soit pour présenter la communion sous les deux espèces, soit pour administrer le baptême. Il est certain que dans l'inventaire des ornements épiscopaux de Foulques, évêque de Toulouse, qui mourut en janvier 1231, on trouve larticlc suivant : Item^ in alio confinio, simt duo baccini^ qui sunt de opère iemovitico (1), et qu'il semble assez positif quQ c'étaient là dos bassins émaillés tels que ceux que je décris. D'un autre côté, il est difficile de rendre compte du choix malséant, pour des vases sacrés, que l'émailleur aurait fait de représentations si peu graves. Il paraîtrait plus probable que ces hanaps de peu de profondeur ont été imités, pour la forme du moins, des vases orientaux ou mauresques. La célèbre coupe sassanide, qui se voit à la Bibliothèque Royale, et qui, apportée en France fort anciennement, puisque, suivant la tradition, Charles le Chauve en fit don à l'abbaye de Saint-Denis, peut avoir servi de modèle aux orfè^Tes de notre pays, était un meuble de table, un vase à boire (2).

(i; Catel, Histoire du Languedoc ^ p. 901.

(2) Cette coupe composée de petils disques de verre coloré sertis d*or, passali à Saint-DeDis pour avoir servi au roi Salomon. Dom Germain Millet h croyait, en 1638, « enrichie de hyacinUies par le bord, et au dedans de grenats et d^esmeraudes très finrs, au fond d'un très bean saphir blanc, sur lequel e^i entaillée, à demy relief, la figure du dit roy, séant eu son throsne, tel que l'Eâcriture saluclc le représente au troisième livre des Roys, chap. 10* » Cette

DU MOYE.v ,\(;i:. Ii9

L« hauap publié par Grivaud de la Vîncelle esl toul couvert d CCUS80DS armoriés. L'écu du roi de France, aux (leurs de lis sans nombre, est au centre; autour sont rangées les armes de Dreux, de Bar, de France-Castille, de Navarre-Champagne, deNcvers{?} et de Bretagne{?).

Le Musée du Louvre possède deux petits écussons détachés, qui portent précisément les mêmes émaux do Dreux et de Navarre-Champagne.

Ils sont absolument de la même taille que l'écu aux ai'uies de France que Charles V appendit en 1367 au beau camée dont il lit présent à l'église de Chartres ; et ils pai-aisscnt avoir été employés à un usage analogue; mais ils sont d'un émail bien plus ancien. Ce fut en 1234 que Thibaut, comte de Champagne, hérita du royaume de Navarre ; eni236 il maria sa fille Blanche à Jean de Bretagne, dont le père, Pierre de Dreux, se croisa et partit pour l'Orient. Ce fait historique fixe assez bien l'âge de ces monuments et par coutre-coup celui des autres bassins qui semblent sortir de la même fabrique. On u vu plus haut qu'en 1231 l'évèque de Toulouse en laissait deux à son église. Du reste, si l'on conservait le moindre doule sur l'attribution de ces vases émaillés à la première moitié du xiii° siècle, on n'a qu'à les comparer à la tombe de cuivre émaillée que saint Louis fit placer sur la sépulture de Jean de France, son liis, mort eu 1247. Les couleurs, les ornements, les armoiries, tout est identique.

prétendue figure Je Suloinoa i]'t;st nuire que celle ilc Coeroég l", ce dont il est Impossible tlu douter eu préseucs de Ja médaille d'or de ce roi, qui eiUtc duos le cubiuet de M. le duc de Blaca», et que j'ai publiée.— V. p. 73 du tome I liai Œuvres de A. de Loiigpêrier.

130 DESCRIPTION DE QUKLQUES MONUMENTS ÉMAILLÊS

C'est k la seconde moitié du siii" siècle que je rangerai kcoffre de mariage tout émaîllé à l'extérieur, que l'on peut admirer dans une des armoires du Louvre.

Sm* le grand côté antérieur, on voit un écu d'Angleterre entre deux écus de France anciens qui se détachent sur des médaillons formés de quatre cintres et de quatre angles, avec un champ vert autour de l'écu de gueules et un champ rouge autour des deux écus d'azur. L'écu du milieu est gardé par des figures fantastiques qui ont des tètes d'homme coiffées de capes et des corps velus de bétes féroces; l'une est année d'une petite targe ronde et brandit une lance ; l'autre levé sa massue d'une façon menaçante ; sous ces deux monstres e1 aux quatre angles du panneau sont des oiseaux bizarres à tètes humaines et k griffes de lion. La face opposée présente à peu près la même disposition d'ornements, si ce n'est qut' c'est un écu de France qui est placé entre deux écus d'Angleterre. Sur chacun des petits c6tés, les mêmes animaux gardent un écu de Franc* et un écu d'Angleterre. Le dessus montre quali-e grandes figures en pied de huil pouces de proportion, deux femmes cl deux hommes en costume du xiu* siècle.

Un des hommes, qui tient un oiseau divol sur le poing, soulève le voile de la femme qui est près de lui. Le reste du champ est occupé par des écussons do France et d'Angleterre et d'une famillidont le nom m'est inconnu. Voici cel écusson, qui se blasonne d'or à la croix vairée.

Au bord du couvercle règne une inscription sur fond bleu. J'en rétablis les vers de cette façon :

DOSSE DAME lE VOS AYM LEAUMANT: POR DIU VOS PRI QUE NE MOUBBLIE MIA.

VETSI MON CORS A VOS COMANDEMANT SANS MAUVESETE E SANS NULHE FOLIA.

On sent que ces vers composés en langue d'oil, et si analo-

ues à ceux de Thibaut de Champagne et du châtelain de Coucy, ont été transcrits dans une province où Tidiome avait une tendance méridionale. Ce serait un motif de croire ce coffret fabriqué à Limoges.

Il paraîtrait que vers le commencement du xiv" siècle la fabrication des émaux subit quelque modification. Le reliquaire donné à Tabbaye de Saint-Denis par Jeanne d'Évreux, veuve de Charles le Bel, est un des plus beaux échantillons de l'art de ce temps. L'émail est transparent. Le bleu et le rouge sont les seules couleurs dont on ait fait usage pour ce précieux meuble, dont Tàge est certain, puisqu'il porte l'inscription suivante :

€ette umage bonim céans mabame la Ho2)nc J[et)e IDeureux ^o^nt ht Jrance et ht Kauarre (Compagne hu Hog Cbarlee

k îfîfuiii' jour ÏDaunl lan m ta xxx ix.

Jeanne était en 1339 veuve depuis onze ans ; aussi ses armoiries, placées aux coins du socle que surmonte une belh* ligure de la Vierge, sont-elles d'Évreux seul, et Técussoii a-t-il la forme de losange.

J'ai cité ce reliquaire pour constater qu'avec le xui' siècle cessa l'emploi de cet émail opaque dont l'origine remonte aux temps gallo-romains. Il serait intéressant de retrouver la cause de ce changement de manière, et surtout de fixer Tépoque bien précise à laquelle il eut lieu. Peut-être ne serait-il pas difficile d'y parvenir si l'on dirigeait vers ce point les efforts si souvent heureux de la critique comparative. J'appelle toute l'attention des antiquaires sur ce sujet, qui mérite assurément d'être approfondi.

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