‹ Œuvres de A. de Longpérier (volume 2)Chapitre 48 sur 128 · FBAPPÉ AVEC LE NOM DE HUGUES CAPET · texte numérisé non relu

FBAPPÉ AVEC LE NOM DE HUGUES CAPET

que l'on ne comçvenail pas, el que la tète de face du denier de Louis VI, dontje viens de parler était trop nette pour èlre méconnue comme l'eût très certainement été celle des grossiers deniers d'Adalbéron.

Un voudra bien me pardonner, j'ose l'espérer, d'être entré dans ces considérations, à propos de la monnaie demi-épiscopale de Hugues Capet ; mus il me semble que l'état actuel àa la numismatique du moyen ftge permet de traiter les questions de principe qui, en définitive, constituent la véritable archéologie, et à la solution desquelles on se prépare en publiant les monuments.

(Extrait du tome VllI de la Revue numismcUiquej 1843, pp. 52-62.)

Après avoir lu l'excellent travail de- M. Lecointre-Dupont ' sur rhistoire monétaire de la Normandie (1), on serait en droit de s'étonner de me voir reprendre ce sujet. Les uumismalisles auront en effet apprécié la critique érudite qui a présidé à la rédaction de ce mémoire; aussi, dois-je tout d'abord prévenir les reproches qui pourraient m'étre adressés, en disant que je ne viens nullement combattre des opipions si bien appuyées et si mûrement conçues. La découverte de quelques monuments nouveaux m'a seule engagé à étudier les monnaies de Normandie ; et, bien que je sois convaincu que M. Lecointre- Dupont n'a rien laissé à dire sur l'histoire de ces monnaies, j'ai pensé que la critique des pièces mêmes pouvait avoir quelque utilité, et c'est le résultat de mes observations que je vais soumettre aux lecteurs de la Revue.

Ou ne saurait, en général, apporter trop de circonspection dans l'examen des figures de monnaies publiées par T. Duby. J'ai déjà fait voir, en traitant de la numismatique de Reims, que quatre deniers des archevêques de cette ville, gravés dans le Traite des motmaies des barons j se réduisaient en réalité à un seul (2). Je crois qu'il est facile, au moyen d'un système d'élimination très prudemment appliqué, d'extraire de la pi. lxix

(1) Revue, 1842, p. 108.

(2) Revue, 1840, p. 340. — P. 10! du prcseul voluuic.

UOiN.NAIKS NORMA.NDKS. US

ceux d'entre les deniers normands qui ont dû véritableinctit exister, car il est évident que Duby, dans l'entière confiance qu'il accordait aux planches de M. de Bozc, a bien souvent agréé des dessins défectueux pour .des variétés de pièces qu'il connaissait en nature.

Le cabinet de la Bibliothèque Royale possède trois deniers normands dont l'authenticité est incontestable. Il est facile de les reconnaître dans les n" 4, 8 et 11 de la p!. lxix de Uuby. On apercevra au premier coup d'œil que ces figures, bien qu'elles n'aient pas tout le stj'lc que l'art moderne sait douner aux représentations de ce genre, ont un caractère d'Ingénuité, d'existence, si je puis m'exprimer ainsi, que l'on chercherait en vnin dans les dessins des sept autres médailles que contient la même planche. C'est là un trait qui rentre dans l'histoire éternelle des originaux et des copies, et je sais combien il est difficile, en celte matière, d'établir sa conviction sur des preuves positives, que chacun puisse adopter. Je n'ai donc nulle prétention d'imposer mon avis aux numismatistes, et c'est tout simplement mon opinion que je risque avec la hardiesse que donne une foi entière. Il me parait certain que M. deBoze a rassemblé sans critique des dessins difTéremment altérés de la même médaille, et que Duby a reproduit ces figures sans plus ample examen ; dès à présent, je les classerai ainsi :

N' 4 de Duby (existant au Cabinet du Roi). — N"2, copie.

— N" i, 3, 5, copies plus altérées.

V 6 (tirée de Ducarel).

No 8 (Cabinet du Roi). — .N"" 7 et 9. eopies.

N' 11 {idem}. — N" 10, copie.

Le dessin n° 4 de Duby a été fait d'apriiS la médaille uièuie

existait alors dans le cabinet de .M. de Boullungne ; les

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quatre frontons de temple, type que nous comprenons, depuis que M. Du Chalais a publié ce denier raansois (1), sont séparés l'un de Tautre par un petit intervalle, qu'il est facile d'omettre, si l'on n'y regarde pas avec soin, car le champ de la pièce présente une surface très irrégulière. Le dessinateur de H. de Boze a joint les quatre frontons, et Duby a vu là une variété de type.

La croix de la monnaie de Guillaume, que possède le Cabinet, est cantonnée de quatre croissants ; l'un d'eux a reçu un coup qui Ta déformé, et le dessinateur de M. de Boze Ta pris pour une fleur de lis. — Duby a reproduit, sous le n* 7, cette pièce qu'il avait fait dessiner exactement, c'est-à-dire avec quatre croissants, sous le no 8.

Ces exemples suffisent, je l'espère, pour établir l'identité des monnaies dont il nous reste deux portraits différents. J'en viens maintenant au denier de Guillaume le Conquérant, gravé sous le n"" 6. Ce denier serait frappé à Lillebonne; mais M. Lecointre a mis en évidence un fragment des actes d'une assemblée tenue dans ce lieu, en 1080. Ce passage est très significatif : « Que personne en Normandie, y est-il dit, ne puisse faire monnoie hors des ateliers monétaires de Rouen et de Bayeiix.,. Si quelqu'un a monnoyé autre part, ou a fabriqué de la fausse monnoie en ces lieux, son corps a été à la merci du duc de Normandie. Et quiconque a fait monnoyer hors de ces ateliers, ou y a fait frapper de fausse monnoie, a forfait sa terre et son argent. »

Voici donc que vers la fin du règne de Guillaume le Conquérant, et lorsque depuis quatorze ans il gouvernait l'Angleterre, ce fait de fabriquer de la monnaie ailleurs qu'à Rouen et à Bayeux est assimilé au crime de fausse monnaie et entraine les mêmes peines. Comment expliquer cette jurisprudence si le duc-roi eût frappé de la monnaie à Lillebonne, ville dans laquelle il tenait précisément les États dont nous citons les actes.

(1) Revue j 1840, p. 437. M. Du Chalaië attribue avec toute raison ceUe précieuse monnaie aux premières années du x« siècle.

Examinous ensuite la monnaie telle que nous la connaissons par la gravure. Duby l'avait fait copier d'après le n'' 72 de Ducarel, qui lui-même ne Tavait pas vue, et ne l'avait publiée que d'après un dessin communiqué par John White. J'ai cherché en vain cette pièce en Angleterre, elle y est inconnue. Elle porte pour légende, autour de la tête, PILEM REX AN, et au revers : + N IVLIOBINA.

Le P est, comme on sait, la forme anglo-saxonne du W. Comment aurait-on en Normandie fait usage d'un caractère anglo-saxon, à moins qu'il n'ait été copié avec tous les autres traits d'un type déjà existant en Angleterre? Or, on n'a jamais publié de monnaie anglaise de Guillaume le Conquérant ou de Rufus, son fils, au type de la monnaie attribuée à Lillebonne. Aucune monnaie de ces princes ne nous montre leur nom orthographié avec un seul L. Enfin le type du prétendu denier normand est impossible à l'époque de Guillaume le Conquérant, et n'est guère plus acceptable pour son fils, car sa fabrique est moins ancienne que celle des deniers de Henri I", et le rattache aux premières monnaies d'Henri II (i). Enfin, dût cette déclaration soulever de vifs dissentiments, je dirai que je considère cette monnaie comme un denier anglais, mal lu, frappé par Etienne, et qu'il en résulte pour moi que le prétendu denier de Lillebonne n'a jamais existé que dans l'imagination de John White. Si l'on jette les yeux sur la pi. i, arg. (n^" 17, 19) de Ruding, enverra que les deniers d'Etienne, d'une fabrication très irrégulière, qui rend la lecture des légendes extrêmement difficile, sont absolument semblables, quant au type de la tête, au denier n* 6 de Duby. On conçoit très bien que l'on ait pris STIFEN pour PILEM, et ainsi s'explique l'absence d'un second L dans ce dernier nom (2). Le

(i) Rudiug., pi. suppl., Il, n» 5.

(2) Les inonûaieB de cette époque 8unt très aouveut si difficiles à lire, qu'elles «lonuent lieu à de fausses attributions; c'est ainsi qu'un denier, vendu à Londres en i834, et revendu avec la collection de M. HoUis, fut indiqué dans les deux catalogues et acheté deux fois comme une monnaie d'Etienne. Un article de la Chronique nunmmatique (1841, p. 146), a fait voir que cette pièce portait eu réalité le nom de Henri !«'.

revers, dans mon système, présenleraii un nom de monétaire, qu'il est difficile de rétablir lorsqu'on n'a pas la médaille sous les yeux, mais qu'on devine, rien qu'à considérer la forme générale de la légende, disposée comme celle des deniers de Cnutetd'Harold.

Après avoirx exposé ma façon de penser sur le denier de Lillebonne, j'enlèverai encore à Guillaume le Conquérant le denier du Cabinet de la Bibliothèque, que Duby a classé sous le n** 8. Cette pièce est d'un travail encore tout carlovingien. Les caractères sont nets et les grenetis bien formés; c*est sans contredit la plus ancienne des monnaies normandes qui nous restent. Elle doit donc être restituée à Guillaume P% Lotigue- Épée, qui succéda à RoUon, son père, en 927, et mourut en 942. Ces dates peuvent paraître trop anciennes pour une monnaie baronale; mais que l'on veuille bien se rappeler que j'ai fait connaître un denier de Guillaume, comte de Bourges, nécessairement antérieur à 927 (1), et l'on n'aura plus d'arguments à m'opposer.

Le denier au temple de Richard, qui, de la collection de M. Pagnon d'Yjonval, a pass*é dans le médailler de la Bibliuthèque Royale, gravé dans la planche de Duby, sous le n<» il, et attribué par cet auteur à Richard IV, Cœur-de-Lion, a été rendu avec toute raison à Richard P' par M. Lelewel. Quant à la monnaie n** 10 de la pi. ni des médailles anglo-françaises, publiées par le général Ainsworth, elle n'est pas plus attribuable à Richard P' qu'à Richard Cœur-de-Lion. J'ai adressé, à ce sujet, à la Société de numismatique de Londres quelques observations qui ont été agréées par nos confrères d'Angleterre. J'avais pensé, à l'inspection de la gravure d* Ainsworth, que cette monnaie portait pour légendes : + RICARD COMES et + ROD€S DVCO au lieu de H- RICARDVïo R€ et RODVM- DVCO qu'y avait vu le général. Dès lors ce n'était plus qu un denier de Richard 1®% comte de Rouergue (1096-1135), avec le même type que les monnaies de ses successeurs Hugues,

(1) Recucj 1839, \u 366. — P. 40 du présent volume.

MONNAIES NORMANDES. iiO

Henri et Jean (1). Vérification faite dans les cartons du British Muséum, il s'est trouvé que j'avais deviné juste, et, en enrichissant d'un nom la suite numismatique des barons de France, je fais disparaître toutes les difficultés que soulevait le denier neustrien de Richard Cœur-de-Lion.

Après avoir réduit ainsi le catalogue des monnaies norraandeSy il est temps de faire connaître celles qui m'ont été communiquées récemment.

La plus belle, comme la plus intéressante, est sans contredit un denier de Richard, de la collection dé M. le conseiller de Reichel, à Saint-Pétersbourg. On y lit au droit : + RCARD: MARCHIS autour d'une croix cantonnée de quatre points, et au revers : + ROTOMa : ROMANs ; dans le champ, ePs, monogramme à'episcopus, dont la lettre médiale pouvait encore exprimer le nom du Christ. C'est, je pense, ce qui lui a fait donner une grandeur supérieure à celle de l'E et de l'S. Saint Romain, évêque de Rouen dans le vu*' siècle, en a été Tapôtre et le patron (2); et il est singulier de voir son nom sans l'épithète sancttts (3). V. page 151, n*» 3.

Jusqu'à présent, ces monnaies de Normandie ne donnaient aucun titre aux princes dont elles portent le nom. Ici nous voyons Richard qualifié marquis. Ce titre convient parfaitement aux seigneurs de la Neustrie, car les marquis étaient, suivant la définition de Charles le Simple, ceux qui fines regni inentes, omnes, si forte imjruerent^ hostium arcerent incursus. Or, quoique les Normands eussentjouélerôle d'envahisseurs, ils avaient acquis par la concession royale le droit de se pré-

(1) Voyez le» monnaies de Hugues et de Jean, Duby, pi. cv, n«« 1 et 2, et le denier de Henri. Notice sur les monnaies françaises inédites du cabinet de M. Dassy, p. 37, no 73.

(2) Saint Romain, qui descendait des rois sicambres, commença à gouverner réglisc de Rouen vers 632, et mourut en 645. RoUon était enterré dans la chapelle de Saint-ilomain.

(3) Une monnaie de Lodève ne donne également que le titre d'episcopus à saint Fulchrau. (Duby, pi. xiv.) Voyez aussi Rev. numism., 1839, p. 40, le mémoire de M. Hiver sur les monnaies de Champagne. Cet antiquaire a émis l'opinion que la légende PETRVS EPISCOPVS des deniers de Troyes se rapportait à saint Pierre, patron de la cathédrale.

sonter comme défenseurs des frontières maritimes contre de nouvelles incursions. Au reste, la médaille de M. de Reichel nVst pas le premier monument qui donne ce titre à un prince normand ; Guillaume de Jumîège appelle Guillaume P** nutrf/uis. Dans une charte de Lothaire, datée de 965, nous trouvons le passage suivant: Richardus Northmantiomm marquiscs, cum attctoritate D, Johannis, S. H, sedis papXy restatiravit in melius locum S. Michaelis situm in maris pelago. C'est de Richard P' qu'il est question. Cependant les écrivains ne font pas tous usage de ce titre de marquis ; Frodoard nomme Roi- Ion, Guillaume et Richard, principes Northmannorum ; Raoul Glaber appelle Richard dux Rotomagorum, dans le VIII** chapitre de son deuxième livre, et cornes Rotomagorum dans le chapitre suivant ; Sigebert intitule cornes Richard II, en Tan 1006, et Guillaume le Conquérant, en Tan 1066. Dans la suite, le titre de duc a prévalu; mais il ne figure sur aucune des monnaies qui nous sont parvenues.

M. de Saulcy a enrichi sa belle collection des trois monnaies suivantes, dont la première est d'argent fin ; les deux autres sont de métal d'un fort bas titre.

+ RIHARDV(S). Croix cantonnée de quatre points.

1^. + AD3MC0RI. Croix haussée sur deux degrés ; dans

le champ O^, qui est probablement la fin de la légende; à moins que Ton n'y veuille chercher les initiales d'une invocation O crtix Sancta. On pourrait voir dans cette légende le nom de Caen, Cadomus; mais outre que dans la partie cassée, il devait se trouver plus d'une lettre, l'A qui précède le D est fort douteux. D'ailleurs, nous avons vu que les ducs ne toléraient d'ateliers monétaires qu'à Rouen et à Bâyeux et les contrevenants n'auraient pas mis sur les espèces qu'ils avaient à fabriquer un nom de localité autre que celui des deux villes autorisées. V. p. loi, n" 4.

+ RAaV«/> I. Croix cantonnée de deux annelets, d'une croîsette et d'un point.

iî. ...M...AC 01 +. Quatre frontons, au centre desquels est une croix cantonnée de quatre points. Ilsemble que dans la

i:S2 MONNAIKS NORMANDES.

légende si barbare du revers on voit la trace du Gratia Di rex du denier mansois au U'pe des quatre portails. Comment cette formule s'est-elle conservée à la place du nom de lieu qu'elle usurpe, c'est ce qui n*élonnera pas les antiquaires qui savent de quelle fa(:on se transmettent les types monétaires. V. page 151, n^ 6.

Le troisième denier de M. de Saulcy e^t extrêmement barbare; on y distingue cependant .1.. ADV....V, lettres qui ont pu appartenir au nom de Richard ; le portail ressemble à celui qui se voit sur les deniers des comtes de Soissons (1). Au revers il est impossible de déchiffrer les caractères usés qui entourent une croix cantonnée de deux points. V. page 151, n" 7.

L'aspect général de cette pièce, son rapport de fabrique avec les deniers dont j'ai pai*lé précédemment, rendent certaine son origine normande, malgré l'incertitude où laisse sa légende» sur le prince qui l'a fait frapper.

Il est très difficile de décider si ces différentes monnaies ont été frappées par les trois princes du même nom qui se sont succédé de 942 à 1021. Sans rien affirmer, je proposerais de classer à Richard P' les deniers de la Bibliothèque Royale et de M. de Reichel (page 151, n** 2 et 3), à Richard U la pièce avec une croix haussée (page 151, n® 4), et les deux deniers avec des frontons (page 151, n*' 5 et 6), enfin à Richard III la grossière monnaie au portail que j'ai décrite en dernier lieu (page 151, n* 7); son style et son titre conviennent parfaitement au XI® siècle. Maintenant que Ton a vu à quel degré de dégradation en était arrivée la monnaie normande avec le der-

(1) Je pense que c'est une pièce normande du genre de celle-ci que Hillin avait trouvée à Meulan, chez le citoyen Lévrier, et qu'il a publiée dans s«'!^ Antiquités nationales, accompagnée d'un incroyable commentaire dans lequel il s'efforce do faire lire autour du portail la légende Moneta MultentiuM. (Y. t. IV, pi. \ux, no 26.) Gomme la moimaie ne porte que sept caractères, il a fallu bien des suppositions pour arriver à y trouver deux longs mots. M. Lelewel {Num. du moy.^ge, t. I, p. 166), a cru pouvoir lire Mulinum sur cetli* médaille, qu'en conséquence il attribue à Melun. Mais le nom de cette ville était Meclidunum ou Melodunum ; d'ailleurs une simple comparaison avec la pièce que noua connaissons maintenant, prouve mieux ce que je suppose que la plus longue dissertation.

MONNAIES NORMANDES. 1o3

nier Richard, quelle possibilité resle-t-il d'attribuer à Guillaume le Conquérant le beau denier n*» 8 de Duby (V. page 1 51 , n" 1), que j'ai, comme on Ta vu plus haut, restitué pour tant de Aiotifs à Guillaume I"? à moins toutefois de renverser dans ce cas particulier la loi si bien établie et si féconde en heureuses applications, de la dégénérescence du type.

Je serais fort tenté de croire que Robert et Guillaume continuèrent à frapper des monnaies avec les anciens types; c'est aussi peut-être au règne de l'un d'eux qu'appartient le denier du musée de Rouen, qui porte d'un côté : 4"R0T0MAnr avec un portail entre deux croissants, et au revers ï/)C : {Sanctus), ROMAN autour d'une croix archiépiscopale entre deux croissants (V. page 151, n° 8). La monnaie anonyme était une invention fort utile lorsqu'on voulait conserver un type indéfiniment. On sait combien do temps durèrent à Lyon, à Vienne, îï Valence, les types et les légendes qui n'ont pas d'époque.

M. Lecointre-Dupont a, selon moi, parfaitement expliqué la raison de la cessation du monnayage en Normandie. Ce droit devait, en effet, être aboli du jour où les ducs reçurent de leurs hommes un impôt dont le produit surpassait les bénéfices du monnayage. Les frais de fabrication devant être considérables alors que le titre élevé des monnaies normandes les faisait mettre au creuset par les seigneurs voisins, les ducs étaient forcés d'en émettre continuellement de nouvelles.

En publiant des monnaies de Normandie, il est presque indispensable de garantir leur authenticité. La fraude qui parvint à répandre, il y a quelques années, de maladroites copies des planches de T. Duby, a laissé dans les esprits des doutes bien légitimes qui doivent naturellement retomber sur tout denier neustrien qui vient à se présenter. Il est important pour moi de combattre à l'avance ces soupçons, et je dois dire pour défendre mon jugement que, dès 1833, j'ai déclaré fausse la première monnaie normande qui me fut montrée, et que je n'ai cessé de protester contre l'admission dans les meilleurs cabinets de médailles de la plus misérable contrefaçon qui ait exercé l'industrie des faussaires de notre temps.

iU MONNAIES NORMANDES.

Si Ton reconnaît avec moi que ce que j*ai essayé d'établir au commencement de cet article, touchant les erreurs de Dubv, est juste, on plaindra les inventeurs du trésor de Paci-sur- Eure (1) d'avoir si fort manqué de critique ou d'avoir tellement peu étudié leur sujet qu'ils aient pu consacrer leur temps et leur talent à reproduire en métal, et à perpétuer par ce moyen, les moindres traces d'inhabileté des dessinateurs du xviii* siècle, et la preuve de l'excessive bonhomie de Fauteur du Traité de la monnaie des prélats et barons.

RÉCAPITULATION DES FIGURES. — Page 151 , n«* 4 , 2 et 5, Cabinet des antiques de la Ribliothèque Royale. — N® 3, Collection de M. de Reîchel. — N»» 4, 6 et 7, Collection de M. de Saulcy. — N» 8, Musée de Rouen.

(1) On se souvient que la base du roman que les iaussaires aTaient forgé comme passeport pour leurs monnaies, était une étiquette (que personne n*a jamais Tue}, écrite de la main de l'évèque de Blois, Grégoire, et aïnai conçue : Monnaies trouvées à Paci- sur-Eure. L*obole de Richard !«', frappée à LUlebonne, pièce vendue comme unique k plusieurs personnes (MM. de Saulcy et de Montigny en possèdent chacun une), n*est pas copiée, il est vrai dans Duby; mais le type en a été emprunté à une obole anglaise de Guillaume le Roux, dont j*ai pu voir de très belles variétés k Londres, dans la collection de M. Dodsiey Cuir, trésorier de la Société Numismatique.

OBSERVATIONS

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