‹ Œuvres de A. de Longpérier (volume 2)Chapitre 54 sur 128 · PAR LES ROIS D'ARAGON · texte numérisé non relu

PAR LES ROIS D'ARAGON

arabe, comme à Montpellier, à Apt, en Castille où le roi Alphonse VIII frappait des marabothis^ soit le nom générique qui dans la langue de Makrisi signifie une monnaie, ainsi que jo vais lo faire voir.

Le mancus d'or est évalué dans la seconde constitution des cortès tenus à Perpignan en 1551 par le roi Pierre III d'Aragon, à seize deniers barcelonais de Tern,

« Sous de or, unsa, mancus, llivra, y altres especies de monedes ques fabricavan en estos constats en temps dels comtes, y lo valor de elles aportan nostres usarges, y comentadors sobre ells (1). »

J'avais publié dans le Numismatic Chronicle (2), une monnaie d'or qui présente, avec des légendes arabes assez bien imitées pour qu'on y retrouve la date de fabrication et toutes les formules religieuses, le nom du roi Offa de Mercie, écrit en latin : OFFA REX. Quelque temps après l'idée me vint que cette pièce d'or devait être le mancuse dont il est question dans les auteurs anglo-saxons ; et j'établissais mon opinion sur Torigine même du nom ; car înaîicusa, ou mancus, me parait être le mot arabe manconsch^ qui- veut dire une monnaie frappée (du verbe nacascha, cudere). Du moment qu'il était prouvé qu'un roi anglo-saxon avait copié le type arabe, il paraissait probable que les espèces musulmanes étaient en faveur dans l'île, et par conséquent le nom de ces espèces avait pu se répandre avec elles. M. Akerman, dans le même recueil (3), approuva complètement mon opinion et la fortifia de considérations tirées de la comparaison du poids de la monnaie musulmane avec celui du mancus, ainsi qu'il est indiqué par l'archevêque iElfric.

Au vui" siècle ce n était pas seulement en Angleterre que les dinars arabes étaient en circulation : Théodulfe, évèque d'Orléans, envoyé vers 798 par Charlemagne, en qualité de missus dominicus dans les deux Narbonnaises, se plaint de ce

(1) Bosch, Tiiols de Honor, p. 460.

(2) Vol. IV, 1841, p. 232. — P. 106 du présent volume.

(3) Vol. V, 1842, p. 122. — P. M2 du présent volume.

il2 MONNAIES FRAPPÉES POUR LE ROUSSILLON

que l'on a voulu le corrompre en lui offrant de Tor chargé ih caractères arabes :

late gravi numéro nummos fert divitis aitri quos arabttm sermo, sive chnractpr ami (1).

J'ai réuni quelques notions intéressantes sur ce sujet et jt' compte m'en servir pour la rédaction d'un travail sur la monnaie de la Narbonnaise au moyen âge.

« M. Bosch, dit encore Duby, parle comme en passant du droit de battre monnaie, accordé à la ville de Perpignan ; mais je pense qu'il ne faut pas confondre ce droit avec celui dont jouissaient les prélats, les seigneurs et quelques villes dont j'ai parlé jusqu'ici, et que ce n'est qu'une prérogative qui consistait à fabriquer Ja monnaie des rois d'Aragon, comtes do RoussîUon, dans l'Hôtel des Monnaies, établi par ces princes. Barcelone jouit de la même prérogative, en vertu de privilèges royaux qui lui ont été accordés en différents temps. Quelques lignes plus haut, Duby avait rappelé l'existence d'une monnaie dite de bino, qui, autorisée par privilège du roi, en 4528. avait encore cours en 1598 (2). Duby rapproche ce nom (fe éwio de celui de dupio^ donné à des sous fabriqués à Barcelone, en 1221, et il fait observer que la distance des époques s'oppose à ce que l'on confonde ces deux dénominations. Peut-être devrons-nous supposer que cette monnaie de binOy dont M. Bosch ne fait aucune mention, n'est que la monnaie de billo, dont le nom mal lu dans un manuscrit aura été reproduit par Xammar.

On connaît assez, au reste, les pièces de billon que Le Blanc a figurées à la suite des monnaies frappées pour Louis XIII. après la conquête de la Catalogne. Voici la description d'une de celles qui se trouvent au Cabinet des médailles de la Biblio thèque Royale :

PERPiNiANI VILLE. Écu en lozanges aux armes de Perpi-

(1) Sirmond, Varia Opéra, t. H, p. 1032. Ces vers curieux ont été tout récemment exhumés par M. Alexandre Hermand, qui les a cités dans son excellent livre intitulé : Histoire monétaire de la province d'Artois.

(2) Xammar, Civilis doctrina de antiquitate, etc^inclyta civitaiis Barcinonx, 1644. in-^o, p. 66.

PAR LES ROIS D'ARAGON. i73

gnan, timbré d*une couronne ducale. Dans le champ la date

1^. INTER NATOS MVLIERVM. Saint Jean debout, tenant un agneau; dans le champ PP. Billon.

Cette monnaie, dont il existe des exemplaires à la date de 1644, 1645 et 1646, est tantôt de cuivre saucé, tantôt de billon assez fin. On trouve dans le Voyage pittoresque de la France (1) que le chapitre de l'église collégiale de Saint-Jean, de Perpignan, faisait frapper nue monnaie de cuivre, nommée pallfas^ qui servait a payer à chaque bénéficier la rétribution des offices, et que cette monnaie (de l'espèce des méreaux) avait cours dans toute la ville. Mais le chapitre fut supprimé en 1602, et je viens de citer des monnaies de quarante-quatre ans postérieures. Je crois donc que les pièces au type de saint Jean sont distinctes des méreaux du chapitre, et qu'il faudrait y voir ces monnaies de la ville de Perpignan dont a parlé Xammar; supposition que la date 1898 et la légende Perpiniani villerQuA assez plausible.

(1) Proviuce tic Rousâillou, p. 40.

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