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RELIQUAIRE DE SAINT CHARLEMAGNE. \n
Aux deux extrémités Fartiste a placé Louis le Débonnaire et Othon UI.
Willemin avait dessiné deux de ces figures dans son ouvrage sur les Monuments français inédits^ et lorsqu'après sa mort M. André Pottier fut chargé de rédiger le texte qui devait accompagner les planches de ce livre, depuis longtemps publiées, ce savant n'examina probablement pas le monument même, et n'en put par conséquent reconnaître toute l'importance.
« Nous ne savons, dit-il en parlant du reliquaire, d'après quelle autorité on suppose qu'il a contenu un bras de Charlemagne.
« Des historiens et des légendaires peu dignes de confiance ont raconté avec des circontances assez merveilleuses quie, vers l'an 1000, Othon III, étant à Aix-la-Chapelle, avait voulu s'assurer de l'endroit où Ton avait mis le corps de Charlemagne, et qu'ayant fait ouvrir son tombeau, il en avait extrait la croix d'or qui pendait au cou du monarque. C'est peut-être le souvenir de cette tradition joint à la rencontre du portrait d'Othon sur ce reliquaire, qui aura fait supposer qu'il avait contenu des reliques de Charlemagne (1). »
M. Pottier fait observer encore que les catalogues du trésor de l'abbaye de Saint-Denis ne consacrent en aucune façon cette attribution.
Rien en effet n'est plus véritable, mais il eût, ce me semble, été nécessaire d'ajouter que ces catalogues, non seulement ne parlent pas des reliques de Charlemagne, mais encore ne font nulle mention du reliquaire dont j'ai donné plus haut la description (2).
Il suffit, pour répondre à ces observations, de soulever 'c
(1) Monuments français inédilSy p. 26, col. 2. M. PoUier, d'après lea deux figures doDt il a vu le dessin, pense que le reliquaire a été exécuté du x^ au xii« siècle, par des artistes grecs.
(2) On peut consulter non seulement le chapitre relatif au trésor des reliques dans ï Histoire de C Abbaye de Saint-Denis, par dom Bouillard; mais encore le catalogue publié par dom Germain Millpt en 1638 et l'article Abbaye dans le Dictionnaire de Paris^ par Hurtaut et Magny, 1. 1, p. 33.
couvercle du coffret; à Tinlérieur on lit ces mots, gravés sur une plaque d'argent, en majuscules du xi° siècle :
BRACHIVM SCÎ Z GLORIOSISIMI INPERATORIS KAROLI.
Ceci lève toute espèce d'incertitude, et montre que la tradition n'avait point tort. Nul doute, par conséquent, que ce meuble n'ait renfermé le bras du grand empereur, et je vais faire voir qu'il a été fait en H66, alors que Frédéric Barberousse ouvrit le tombeau d'Aix-la-Chapelle pour en tirer les restes de Charlemagne.
Dans cette hypothèse, la présence sur ce monument de tous les personnages impériaux dont j'ai précédemment indiqué la disposition, s'explique très facilement par leur connexion avec l'empereur français et le prince qui voulait honorer sa très glorieuse mémoire.
Je reproduis, dans l'ordre chronologique, les inscriptions qui sont tracées au-dessus de chaque figure, et je les ferai suivre de quelques détails sur les personnages 'qu'elles désignent, détails qui sont indispensables dans la recherche que je me suis proposée.
LVDOVVIClPERATOR PIV. Buste de Louis le Débonnaire.
Ce prince figure ici, non seulement comme fils de Charlemagne, mais encore comme ayant présidé à sa sépulture en 814, et fait exécuter son testament. Pendant longtemps, le nom de Louis a été écrit Hliidovvicus ou HlodovvicuSj mais du vivant même de Louis le Débonnaire, ainsi que le prouvent des deniers frappés à Rome, des oboles frappées à Reims, k Bourges, en Aquitaine, à Tours et à Melle, on supprimait l'aspiration. Le surnom de Pins, que nous traduisons par Débomuzire, se trouve sur des monnaies de Louis fabriquées à Rome et à Strasbourg. C'était une réminiscence du règne des Antonins. La couronne de Louis est surmontée d^une fleur de lis.
OTTO. MIRABiLIA MVDI. Buste d'Otton III.
Ce jeune empereur, qui mourut en Tan 1002, âgé de >'ingtdeux ans, et après dix-neuf années de règne, n'appartient ni
à la famille de Gharlemagne, ni à celle de Barberousse; mais, comme on Ta déjà vu, la tradition prétend qu'en Tan 1000 il avait pénétré dans le tombeau de Charlemagne, et qu'il s'était emparé de la croix d'or de l'illustre chef des Carlovingiens (1). Élève du célèbre Gerbert, qui fut aussi le maître de Robert, fils de Hugues Capet, Otton avait, comme le roi de.France^ acquis sous ce précepteur illustre une science peu commune de son temps, et qui le fit surnommer la merveille du monde» On remarquera que c'est par ce titre seulement qu'il est désigné sur le reliquaire. C'est donc simplement comme savant, comme l'antiquaire qui avait eu le premier l'idée d'examiner la sépulture de Charlemagne, que l'on a pu introduire ici Otton de Saxe, et cette circonstance me paraît confirmer pleinement l'opinion que la tradition rapporte.
FREDERICVS DVX SVAVORV. Buste de Frédéric tourné à droite, et armé d'une cotte de mailles.
Le premier duc de Souabe, de la maison de HohenstaufTen, fut Frédéric de Buren (1081-1106), qui épousa Agnès, fille de l'empereur Henri IV; c'était l'aïeul de Barberousse. Son fils (1106-1147) porta le même nom que lui avec le surnom de Borgne et de Grand preneur de villes. Je ne saurais décider auquel de ces deux princes l'empereur Frédéric aura voulu faire l'honneur de le placer sur son reliquaire. Entre son aïeul, auteur premier de la grandeur de sa famille, et son père, frère de l'empereur Conrad, tous deux illustres par leur bravoure, le choix a dû être difficile pour Barberousse, et la distinction demeure impossible pour nous.
Frédéric de Souab/î, père de Barberousse, était mort depuis dix-neuf ans à l'époque à laquelle je crois que la ch&sse fut faite, et le duc, représenté sur ce monument, est armé d'une cotte de mailles et d'un casque conique, absolument enfin avec l'attitude et l'ajustement donnés à Mathieu, duc de Lor-
(1) « An diesem obgesagten Ort aber bâter gerubetbiss in die 352 labr; Immitteis aber ist in Anno 1000, in Maio, Keyser Otto der 3 gen Aacb kouimeu, das Grab erœffnet, und den beiligeu Cœrper zwar bleiben lasseu, etc. n Jean Noppiu8, Âacher Cfvonick, p. il.